OverGround : {BANNER_TITLE}
Page d'accueil
Quoi de neuf?
Politique et mission
Articles
Ressources
Glossaire
Foire aux questions
Nous contacter
 

Articles

Théorie | Art | Témoignages | Articles

Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

Fascinants cauchemars : Voitures, mutilation, mort et... Sexe dans deux romans de J. G. Ballard

par J.

La Renaissance connaissait d'étranges manières d'empoisonner: l'empoisonnement par un casque et une torche allumée, par un gant brodé et un évantail garni de rubis, par un pommadier doré et une chaîne d'ambre. Dorian Gray lui a été empoisonné par un livre.

"La foire aux atrocités" est un roman d'une structure peu conventionnelle. Au lieu de retracer une histoire, c'est-à-dire présentant des événements impliquant des personnages comme ils se développent dans le temps, il suit une trajectoire, pour ainsi dire à angle droit du temps, ou peut-être même, à la surface d'une section du temps, et retrace une série d'événements qui révèlent les aspects d'un personnage par le biais d'existences parallèles.

Cette description brutte présente tous les inconvénients d'une explication de quelque chose qui est difficile à comprendre présentée d'une manière qui est également difficile à comprendre, de telle sorte que pour que la description ait un sens, et donc le roman également, plus d'explications sont nécessaires.

Ainsi, considérons l'histoire d'un caillou : des processus géologiques font qu'il se détache d'un morceau de roche et probablement s'en éloigne, tombant dans la mer dans laquelle il est roulé par le ressac limant ses pointes et angles vifs. Les siècles passant, le caillou est usé par le frottement et poli avant qu'enfin il ne se réduise en grains de sable. À chaque point dans son histoire le caillou aura une forme particulière et occupera une position particulière. Son histoire pourrait être représentée par une ligne montant d'un point et s'élevant de plus en plus haut au fur et à mesure que le temps passe. La hauteur de la ligne représente la dimension temporelle et l'histoire entière du caillou peut être représentée d'emblée comme une ligne montante et onduleuse dans quelque espace abstrait.

Ainsi, Considérons la vie d'une personne : le potentiel d'un individu se matérialise au moment où l'ovule est fertilisée. Dès ce moment, et pendant chaque moment suivant jusqu'à ce que la personne ne meure, elle a une position spécifique et unique dans le monde. S'il était possible d'enregistrer la vie de cette personne employant chaque pose d'une caméra le filmant en permanence, il est concevable qu'elle laisserait une marque sur le film alors qu'elle se déplace d'un endroit à un autre, et en traitant le temps comme une autre dimension de l'espace, la vie de cette personne serait comme une longue trace dans la dimension temporelle, une ligne errant dans le temps. Si nous devions couper au travers de la trace temporelle nous verrions la personne peut-être en enfant, peut-être en vieille personne, et dans la trace chaque partie de sa vie est immédiatement accessible. Il ne nous faudrait pas attendre pendant des années pour découvrir ce que la vieille personne sera et son enfance n'est pas irrémédiablement perdue dans l'histoire.

A priori, il est difficile de visualiser cela : Imaginons qu'un film soit tourné de la vie de quelqu'un et qu'ensuite chaque image du film soit empilée l'une sur la précedente. Si nous pouvions examiner la pile de côté, nous verrions une ligne de densité correspondant aux mouvements de la personne et si nous choisissons une image nous serions capables de voir ce que la personne faisait à un moment donné. Aussi compliqué que cela puisse paraître ce n'est qu'une partie de la représentation totale parce qu'elle ne tient aucun compte de la chance.

Quelques scientifiques croient que tous les événements possibles ont lieu dans l'Univers. Cela semble être contraire au bon sens. Si nous jetons en l'air une pièce de monnaie, elle retombe soit du côté pile soit du côté face. Si elle retombe côté face, elle n'a pas pu retombé côté pile, et vice versa. Les scientifiques croient que à l'instant de jeter la pièce de monnaie l'Univers, créant une fourche temporelle, se divise en deux Univers distincts, celui dans lequel la pièce de monnaie retombe côté pile, et un autre dans lequel elle retombe côté face. Tout ce qui existait dans l'Univers original est dédoublé dans les deux nouveaux Univers, ci-incluse notre conscience, qui se divise et se sépare en passant de l'Univers où la pièce de monnaie est retombée côté pile à l'Univers où elle est retombée côté face. Evidement, quelque soit l'Univers dans lequel nous nous trouvons, la pièce de monnaie est retombée sur une face et il est inconcevable que nous puissions prendre contact avec un autre nous-même, par exemple celui qui se trouverait dans l'autre Univers où la pièce de monnaie est retombée sur l'autre face, ni dans aucun des autres Univers qui se forment à chaque instant, fourche temporelle après fourche temporelle. Ainsi, quelle que soit la personne, l'histoire de la vie n'est pas une simple ligne dans le temps, mais un tronc compliqué qui commence à la conception et se sépare et se sépare encore en fourches temporelles, emenant dans les univers séparés de son existence tous les choix mutuellement exclusifs qu'il est possible de concevoir. Tous ces Univers existent en même temps, et à n'importe quel instant, ceux qui se sont embranchés récemment, bien qu'ils soient différents, partagent les mêmes caractéristiques générales, tout comme un groupe de brindilles résultant de la même branche occupe une position presque identique dans l'espace.

"La foire aux atrocités" peut être lu comme une série de sections étroitement liées par un système de bifurcation d'Univers du type décrit ci-dessus. Cette interprétation n'est pas unique: quelques fois, après une nuit agitée, on peut se réveiller avec le sentiment que l'on a fait le même rêve une douzaine de fois d'affilée et peut-être le roman doit-il être lu comme le même cauchemar vécu en série, mais avec des modifications, chaque répétition changeant le rêve un petit peu, les changements s'accumulant de telle sorte que les rêves se succèdent dans un ordre progressif, ou peut-être pourrait-il être lu comme le même cauchemar subi par différentes personnes. Je préfère l'interprétation des Univers bifurcants.

Voici pour la structure du roman : mais quel rapport y-a-t'il en "Sexe, mutilation, assassinat et mort accidentelle" et la nature de l'Univers. On peut voir les personnages principaux, Travis, Talbot, Traven, Tallis, Talbert, Travers, comme les incarnations d'un même individu original dans des univers ayant récemment bifurqué. Ils occupent tous des univers qui sont centrés sur le surréalisme, la mutilation et la science-fiction kitsch des années soixante. Les accidents de voiture et les morts accidentelles de vedettes du cinéma, la description de petits détails de l'anatomie, des éléments minuscules, tellement isolés de leur contexte qu'ils en sont presque méconnaissables, agrandis à une taille gigantesque, montrés sur des panneaux géants, dans un paysage dévastation ordinaire, Les faubourgs de Londres la nuit sous la pluie, formant l'équivalent au vingtième siècle des roues de charrette montées sur des poteaux dépeints dans "Le Triomphe de la Mort" de Brueghel et dans les cauchemars de Bosch. Les événements ont leur signification, mais c'est fugitif; il y a une logique, mais elle est cachée dans la nature sectionnelle du récit comme nous voyons le temps intemporel et paradoxal suggéré par les fourches différentes de l'univers originel qui a fait naître Travis, -ers, - en et le TalBert, -bot, -lis, comme dans un de ces jeux où l'on substitue une lettre à la fois et pour transformer un mot en un autre au travers d'une série d'autres mots intervenants suggérant des connexions tangentielles, rémanences de signification, par l'ordre de leurs lettres. Le travail est dense et impossible de récapituler : il n'y a aucun complot à décrire, rien à abstraire, même la citation déforme l'oeuvre parce que son effet réside dans le fait d'être lui-même. Il doit être lu comme un témoignages de ténèbres existentielles illuminées par des parallèles inattendues, par exemple :

Syndicat des Accidentés. Á la suggestion de la jeune femme, Travis était devenu membre du S.A., et à l'instar d'une trentaine de femmes mariées pratiquait la simulation de blessures. Plus tard, ils iraient faire des démonstration avec l'équipe de la Croix-Rouge. Tous les dégâts cérébraux et les hémorragies abdominales consécutifs aux accidents d'automobile pouvaient être "mis en scène" en moins d'une demi-heure, à l'aide de différentes résines colorées. Les brûlures par radiation pour être convainquantes exigaient une préparation soignée susceptible de nécessiter trois ou quatre heures de maquillage. Pour faire le mort, en revanche, il suffisait de se coucher à plat-ventre. Plus tard, dans leur appartement surplombant le zoo, Travis se lava mains et visage afin d'effacfer les blessures. Cette curieuse pantomime, mêlée à l'odeur aigre et répugnante montant, par la nuit d'été, des cages toutes proches, semblait n'avoir d'autre signification que de procurer la paix à ses deux compagnons...

Et plus tard :

Préceptes Orgasmiques. (1) Le transit disgracieux de la passagère se rapprochant de la portière; (2) la conjonction d'une tige d'aluminium et du volume de ses cuisses; (3) l'écrasement de son sein gauche contre le montant de la portière, son rétablissement lorsqu'elle lança ses jambes vers le sol sablonneux; (4) la superposition de ses genoux et de la face métallique de la portière; (5) l'effacement ellipsoïdal de la poussière lorsque sa hanche effleura l'aile avant; ... (11) la sueur recouvrant la peau d'une pellicule humide dans l'échancrure de son corsage; (12) la saillie et l'inclinaison de son pubis quand elle se glissa sur le siège du conducteur; (13) la rencontre de ses cuisses et du volant; (14) le mouvement de ses doigts sur les boutons chromés.

Ces deux extraits donnent un avant-goût du livre entier. Le premier, extrait de la première partie, s'arrête sur l'esthétique de la mutilation, le deuxième sur la juxtaposition de la chair et de la machine qui présage la fusion de la chair et de la machinerie dans "Crash!".

Nous reverrons "a saillie et l'inclinaison de son pubis" et "l'échancrure de son corsage" dans "Crash!", où ce à quoi il est fait allusion ici devient explicite. "La foire aux atrocités" est un livre difficile, aussi bien structurellement que dans sa préoccupation perverse des fusions et conjonctions peu probables, mais il est unique.

Le roman "Crash!" est beaucoup plus simple dans sa forme. C'est un récit normal linéaire, la description d'événements antérieurs précède la description d'événements ultérieurs. Par son contenu, il est plus complexe que "La foire aux atrocités" parce que la simple ligne du récit permet le développement d'événements le long d'une chaîne de causalités menant inévitablement aux conséquences. L'incident central est la blessure du narrateur dans un accident de la route qui tue le conducteur de l'autre voiture. Il est ensuite impliqué avec Vaughan qui est hanté par le sexe, la mort et les automobiles. La perspective qu'offre Ballard est la transformation de la personnalité par un traumatisme majeur. Significativement, le nom du narrateur fictif est le même comme l'auteur réel, Ballard. Après leurs accidents le gens ne sont plus jamais les mêmes. Ainsi, assez tôt dans le livre, alors que Ballard récupère de ses blessures aux jambes, décrit-il un autre patient.

Une de mes premières missions fut de collecter les échantillons d'urine d'une femme âgée de cette sale qui avait été renversée par un enfant à vélo. Sa jambe droite avait été amputée et elle passait tout son temps à plier une écharpe en soie autour du petit moignon, liant et reliant les extrémités comme elle le ferait indéfiniment de l'enveloppement d'un colis. Pendant la journée cette chère vielle sénilité faisait la fierté des infirmières, mais la nuit quand aucun visiteur n'était présent, elle était au lit, humiliée sur la panne et durement ignorée par le deux nonnes tricotant dans la pièce réservée au personnel.

Voici un passage caractéristique de la sexualité reconstruite célèbrée par le livre:

... J'ai tourné les pages suivantes. Vaughan avaient rassemblé un dossier photographique élaboré sur la jeune femme. J'ai supposé qu'il s'était trouvé par hasard sur les lieux de l'accident quelques minutes après qu'elle se soit encastrée dans l'arrière de l'autobus de la compagine aérienne... Les images suivantes montraient son extraction de la voiture, sa jupe blanche lourde de son sang. Son visage livide reposait contre le bras du pompier qui la sortait du bassin ensanglanté qu'était la place du conducteur comme quelque cultiste fou du Sud américain baptisé du sang d'un agneau... Le dernier groupe de photographies montraient la jeune femme dans un fauteuil roulant chromé mené par un ami sur la pelouse parsemée de rhododendrons d'un établissement de convalescence, propulsant elle-même son véhicule brillant à une réunion de tir à l'arc et finalement à la première de ses leçons au volant d'une voiture d'invalide... Les premières photographies montrent une jeune femme conventionnelle au visage symétrique et à la peau distendue démontrant clairement l'économie entière d'une vie confortable et passive, de flirts mineurs sur le siège arrière de voitures bon marché appréciés sans aucun sens des possibilités réelles de son corps... Trois mois plus tard, assise aux côtés de son physiothérapeute dans sa nouvelle voiture d'invalide dont elle tenait les pédales de chrome dans ses doigts forts comme s'elles étaient les extensions de son clitoris. Ses yeux connaisseurs semblaient parfaitement conscients que l'espace entre ses jambes estropiées était constamment sous le regard fixe de ce jeune homme musclé... Le corps écrabouillé de la voiture de sport l'avait transformée en une créature de sexualité libre et perverse...

Il n'y a rien ressemblant à ce passage dans tout le littérature occidentale. Ballard a transcandé la réponse conventionnelle à la blessure et l'a investi de la fascination et de la potentialité d'une deuxième puberté. "La foire aux atrocités" le laissait présager mais c'est seulement dans cette oeuvre "Crash!" qu'est proclamée la reconnaissance de la révision complète de la réponse à la mutilation physique accidentelle. La pitié et la douleur sont transformées en une acceptation non prévisible de la transformation involontaire imposée par les blessures conséquentes à l'accident de voiture. La femme, Gabrielle, est un emblème de ce qu'une personne peut devenir comme résultat de la maturité par cette deuxième puberté. Le processus de transformation est le centre réel du roman et le processus de passage est l'accident de voiture, où la vie, la mort et l'orgasme fusionnent dans un terrifiant moment de vérité. Le livre est une célébration du processus de devenir et l'accomplissement d'être devenu. Ballard fait l'amour avec Gabrielle et où d'autre?

... C'était moi qui lui faisait l'amour, sur le siège arrière de sa petite voiture, entouré par la géométrie bizarre des commandes pour invalide. Comme j'explorait son corps, cherchant à tâton ma voie parmi les attelles et les courroies de ses sous-vêtements, les galbes peu familiers de ses hanches et de ses jambes me menant vers d'uniques culs-de-sac, déclinaisons étranges de la peau et de la musculature. Chacune de ses difformités devenait une puissante métaphore pour l'excitation de nouvelles violences. Son corps, avec ses contours angulaires, ses jonctions inattendues de membrane muqueuse et de ligne de poils pubiens, muscle détrousseur et tissu érectile, était une anthologie mûrissante de possibilités perverses.

L'action du livre se développe à partir de la rencontre de Ballard avec Vaughan tandis qu'il est toujours à l'hôpital. Vaughan semble avoir un travail subalterne à l'hôpital, mais il pourrait aussi bien être un parasite, qui, portant un tablier blanc et se déplaçant dans les constructions d'un air suffisamment assuré, ne serait jamais inquiété. Alors qu'il est traîté par une prostituée dans une voiture de location garée sur le toit d'un parking au voisinage de l'aéroport de Londres, chaque détail de la scène rendant le vide existentiel d'insectes s'accouplant mécaniquement, Ballard ressent le flash d'un appareil photo et regardant vers le bas aperçoit les conséquences d'un accident impliquant un autobus d'une compagnie aérienne et un taxi. Sa photo avec la prostituée avait été prise par Vaughan qui, comme il se révélera plus tard, construit des dossiers photographiques de gens qu'il observait dans des accidents de la route. Vaughan est un personnage sanguinaire exsudant ses tendances sexuelles et au fur at à mesure que le roman se développe Ballard devient sexuellement attiré par lui de deux façons complémentaires. Vaughan domine Ballard par le vigoureux magnétisme homosexuel qui attire Ballard à lui employant l'attraction comme une arme, consciement, sans sembler avoir quelque compassion réciproque que ce soit envers Ballard. Mais l'attraction dominante à surtout à voir avec la copulation suprême, l'union que Vaughan projette d'infliger par l'intermédiaire d'un ultime accident de voiture joignant sa chair avec la chair de sa victime annoncée, inséparables dans la mort. C'est dans cette copulation ultime que Ballard doit jouer son rôle auxiliaire et l'action du roman porte les personnages inéluctablement vers ce sommet.

La majeure partie de l'atmosphère du roman tout entier est incarnée par cet événement. La nuit, la sordide banlieue désolée, le sexe sans passion et sans amour, le flash sordide de l'accident et l'obsession sexuelle pour les blessures sans signification. Le roman contient trois personnages féminins principaux, Catherine, la femme de Ballard, blonde, élégante, dégagée. Gabrielle, l'assistante social estropiée dont la transformation a déjà été décrite par la prose rhapsodique de Ballard, l'auteur, et Hélène Remington, la veuve de l'homme tué dans l'accident de voiture de Ballard le personnage. Ballard rencontre Hélène Remington tandis que tous deux sont à l'hôpital se remettant de leurs blessures, mais il ne lui parle pas. Ensuite, il va regarder l'épave de sa voiture dans la cour du commissariat de police et par coïncidence y rencontre Hélène Remington procédant à une démarche similaire. Ils se parlent et un flirt nait : ils font l'amour dans des voitures; Ballard est impuissant quand ils essayent de lui faire l'amour chez elle dans un lit.

À côté de Ballard le narrateur, les deux personnages principaux masculins sont Vaughan, sexuellement hanté par la chorégraphie de la mort lorsqu'elle se manifeste dans des accidents de voiture et Seagrave, le cascadeur. Le nom Seagrave présente une référence historique : c'est le nom d'un de ces gentlemen sportifs d'avant-guerre qui dépensaient leur argent à faire tomber les records de vitesse dans des courses automobiles, le major H.O.D. Seagrave, tué dans un accident de voiture (évidemment). Ballard rencontre Seagrave lorsqu'il participe avec Hélène Remington à un show d'accidents de voiture prémédités. Il observe Vaughan suivant Seagrave, prenant des photographies et filmant l'action. L'action dérape et l'accident qui a lieu n'est pas celui qui était prévu, laissant Seagrave sérieusement blaissé. Vaughan et Hélène Remington transportent Seagrave à l'hôpital dans la voiture de Vaughan, Ballard les suivant dans la sienne. Après quoi ils ramènent Seagrave chez lui et c'est dans le salon de ce dernier que l'estropiée Gabrielle est introduite.

... À côté de lui sur le divan une jeune femme aux traits anguleux roulait un autre joint... Ses jambes présentaient les traces de ce qui semblait être des cicatrices de bacille gazeux, de faibles dépressions circulaires sur les rotules. Elle avait remarqué mon regarda fixer ses cicatrices, mais ne faisait aucun effort pour joindre ses jambes. Sur le divan à côté d'elle reposait une canne de métal chromé. Comme elle se déplaçait j'apperçu que l'intérieur de chaque jambe était soutenu par des atèles chirurgicales en acier. De la rigidité excessive de sa taille j'ai supposé qu'elle devait également porté une sorte de corset. Elle roula la cigarette hors de la machine, me jetant un coup d'oeil ostensiblement soupçonneux. J'ai supposé que ce réflexe d'hostilité était causé par sa supposition que je n'avais jamais été blessé dans un accident automobile, à la différence de Vaughan, elle-même et Seagraves.

Peu de temps après Vaughan montre à Ballard l'album d'images retraçant la transformation de Gabrielle et la série d'images rapportant son propre accident.

Vaughan prépare une "liebestod", sa propre mort coïncidant avec celle d'Elisabeth Taylor dans un ultime accident de voiture qu'il projette d'avoir avec elle alors qu'on le conduit de l'Aéroport de Londres à son hôtel. La tentative échoue, Elisabeth Taylor en réchappe, comme il se doit dans notre Univers, mais Vaughan est tué. La sexualité du roman tout entier tourne autour du rapport entre les personnes et les voitures s'entre-défonçant. Les personnages sont liés les uns aux autres sans référence particulière au sexe. Le rapport entre Ballard et Vaughan a un puissant relent sous-jacent d'homosexualité, et entre Ballard et sa femme de sexualité subjuguée par l'intellect, les choses qu'ils se font étant dictées par leur intéllect plutôt que par leurs tripes. Les choses que Gabrielle fait sont reformées par les changements permanents de son corps par ses épouvantables blessures. Seagrave conduit et le cirque a Vaughan comme Monsieur Loyal. Le seul livre qui puisse approché "Crash!" dans l'épuisement logique des possibilités d'une obsession sexuelle est "L'Histoire d'O".

"La foire aux atrocités" fourni le schéma de l'univers de Ballard l'auteur, tandis que "Carsh" présente un fragment détaillé d'une petite brindille dans l'arborescence des opportunités. Parmi les différentes branches de l'arbre nous pouvons imaginer Balmer, Bullard, Bulmer, Baumann..., tous construisant leur destin, épuisant les possibilités du sexe, de la mort et des voitures.


Notes et références

La foire aux atrocités
James Graham Ballard (1969)
Éditions Champ Libre, 1976, pour la traduction française

Crash!
James Graham Ballard (1973)
Calmann-Lévy, 1974, pour la traduction française
Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

This site also exists in English  -  © OverGround 2017