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Célébrité unijambiste

par Carol Davis

Avertissement: Le site Internet de Carol Davis est maintenant fermé. Toutefois, nous considérons que son histoire reste assez passionnante que pour avoir sa place sur le présent site. (Note de l'éditeur)

Introduction

Carol Davis Il n'y a vraiment rien de très intéressant dans l'histoire de comment je suis devenue une amputée. Je ne fus pas traquée et blessée par un attaquant fou qui pulvérisa ma jambe avec un fusil. Je ne fus pas impliquée dans un accident, après lequel les médecins travaillèrent fébrilement pour sauver ma jambe écrasée. Non, tout ce qui me fit devenir un membre de cette unique "communauté de dames unijambistes" fut une bataille perdue contre le cancer.

En fait, je devrais plutôt en parler comme d'une bataille gagnée, puisque je suis toujours là - écrivant ceci - 15 ans après les évènements.

Je m'appelle Carol et, comme je l'ai déjà écrit, je suis une amputée. Ma jambe gauche se termine de manière abrupte par un moignon de quelque quinze centimètres de long. Cela me prit tout un temps avant de me sentir à l'aise en l'appelant mon moignon et j'avais l'habitude de l'appeler simplement "ma petite jambe". Mais pas mal de choses ont changé depuis ces premiers jours d'adaptation à mon statut d'amputée, et j'ai appris beaucoup de choses depuis lors. Une des choses que j'ai apprises était le fait que beaucoup d'hommes trouvent les amputées extrêmement attirantes à cause de leur membre manquant, et non pas en dépit de cela.

Quoique j'aie déjà raconté mon histoire dans une autre publication voici quelque six ans, c'était avant que je commence à produire des vidéos sur les amputées pour ces hommes qui trouvent les amputées particulièrement attirantes. Voici donc l'histoire de mon expérience de "célébrité" après avoir correspondu avec des milliers d'hommes à propos de leur attirance pour les amputées et ce que j'ai appris sur les hommes qui partagent cette attirance.

Ma vie avant l'amputation

Je suis l'ainée de cinq enfants et la seule fille. Mes jeunes frères étaient tous très sportifs et il m'était tout naturel de m'intéresser à la bonne condition physique. Avant que je ne perde ma jambe, j'étais fort active et pratiquais toutes sortes de sports, en ce compris les skis, la natation, le vélo et le patinage tant sur glace qu'à roulettes. Je faisais partie de l'équipe de natation de mon université et j'ai reçu plusieurs médailles pour mes performances en nage libre et en dos crawlé.

Après l'université, j'ai obtenu un poste de professeur de math et science. J'ai commencé à sortir avec un collègue enseignant avec qui j'avais fait du car-pooling. Les choses se présentaient bien et nous nous sommes mariés deux ans plus tard. Nous étions heureux ensemble et, quoique nous ayons certaines divergences de vue, pour la plupart du temps nous nous entendions très bien.

À l'été 1978, mon mari et moi fîmes un voyage en voiture jusqu'à la côte occidentale. Durant le voyage, je remarquai que mon genou gauche devenait raide après quelques heures en voiture. À l'époque, j'avais pratiqué des exercices physiques en abondance, aussi bien au club de santé qu'en faisant des excursions à vélo de quinze à trente kilomètres chaque jour. Si bien que quand ma jambe commença à me faire mal, je me dis que j'avais trop tiré sur un muscle, ce qui pouvait avoir été aggravé par le fait de rester trop longtemps dans la même position dans la voiture, et je ne m'en inquiétai pas trop.

Mais après notre voyage, l'état de mon genou ne s'améliora pas. Cela empira. Non seulement j'avais mal quand je faisais mes exercices habituels de saut à la corde, mais le simple fait de devoir me déplacer devenait une corvée. Monter des escaliers était particulièrement pénible. Ma jambe était devenue tellement faible et douloureuse que la montée d'escaliers me faisait sentir très vieille. Je me souviens d'avoir pensé que je me sentais infirme.

Je décidai de consulter mon médecin pour mon genou. Mon médecin me renvoya à un spécialiste de la circulation qui ne trouva rien d'anormal. Je fus renvoyée auprès de quatre différents médecins avant que l'un d'entre eux ne fasse faire toute une série de tests. Il crut voir quelque chose dans une radiographie et me conseilla de faire faire une biopsie. Il ne semblait pas trop préoccupé, si bien que je ne m'inquiétai pas davantage.

Une semaine plus tard, le médecin m'appelait pour dire que les résultats d'analyse étaient revenus du laboratoire et que je devrais passer le consulter. Dans son bureau, il me dit qu'il n'était pas trop certain de la signification de ces résultats et me conseilla d'aller à l'Hôpital Général du Massachusetts pour y passer d'autres tests. Il me dit que cet hôpital avait des médecins plus spécialisés dans ce domaine. Je marquai mon accord et il fixa un rendez-vous.

À Boston, les médecins répétèrent tous les tests que mon médecin avait déjà faits. Ces tests prirent une semaine et, le vendredi, en présence de mon mari et de ma mère, mon médecin me dit enfin ce qui n'allait pas. J'avais une tumeur maligne osseuse dans mon genou, la même sorte de cancer que Ted Kennedy Junior avait eue. On me dit que le traitement conseillé était une chimiothérapie, après amputation de la jambe atteinte. Ma jambe devait être amputée à mi-cuisse.

Sans trop savoir pourquoi, je ne fus pas assommée par les nouvelles que me donnait le médecin. Après avoir subi une semaine de manipulations diverses de la part d'une équipe de sept médecins, j'avais le sentiment croissant qu'il y avait quelque chose qui n'allait vraiment pas. Si bien que, quoique la nouvelle fût mauvaise, je ne fus pas aussi surprise que j'aurais pu l'être.

On me dit que j'avais le choix - que je pouvais refuser l'amputation de ma jambe. Mais on me dit aussi que, sans amputation, il y avait peu de chances que je vive plus qu'un an ou deux. Mon médecin me raconta qu'une de ses patientes, atteinte du même type de cancer, était décédée moins de deux ans après avoir refusé l'amputation de son bras. Il me dit que perdre une jambe ne serait pas aussi catastrophique qu'il n'y paraissait - que je serais capable de mener une vie quasi normale.

Un seul choix à faire

Mon choix était limpide. Je voulais vivre, même si cela signifiait perdre une jambe. Je donnai mon accord pour l'opération, qui devait se faire tôt le lundi matin. Cette nuit-là et tout le reste du week-end, je ne cessai de penser à ce qui allait se passer le lundi matin. Je regardais constamment mes jambes et remuais les orteils. En m'endormant, j'essayais d'imaginer ce que ça ferait de n'avoir qu'un pied - ce que ça ferait de n'avoir plus de genou gauche, plus de cheville gauche, plus de pied gauche. Je passai pas mal de temps à penser à cela pendant les deux jours qui suivirent.

Le lundi matin arriva et mon mari et ma mère marchaient à côté de moi, alors que j'étais transportée dans un lit roulant vers le quartier de la salle d'opération de l'hôpital. Là j'attendis seule dans le couloir, couchée sur mon dos, en attendant que la salle d'opération soit prête. Je me souviens avoir attendu longtemps - puis cela me frappa enfin. Ils allaient vraiment amputer ma jambe. J'allais me réveiller avec une jambe en moins ! Je me mis à pleurer. Une infirmière passant dans le couloir m'entendit pleurer et s'arrêta près de mon lit. Elle regarda les papiers attachés au pied de mon lit, qui indiquaient le type d'opération que j'avais à subir, puis les reposa lentement. Elle semblait comprendre ce qui me passait par l'esprit. Elle ne dit rien, mais avec la compréhension que seule une mère peut avoir, elle me tapota sur la tête et me tint la main. Cela sembla me consoler. De plus, après plusieurs minutes de larmes, mon nez était devenu fort encombré. J'avais peur que mon nez bouché ne provoque des complications pour l'anesthésie, si bien que je fis un effort pour cesser de pleurer et j'étais revenue au calme lorsque les infirmières vinrent me chercher.

Elles me firent rouler dans une petite salle et m'introduisirent une aiguille intraveineuse dans le bras. Ensuite, je me souviens qu'elles me déplacèrent dans la salle d'opération bien éclairée et je fus soulevée sur une table. Je me souviens d'avoir vu une infirmière injectant quelque chose dans l'aiguille intraveineuse et je perdis rapidement connaissance.

Ma nouvelle vie comme amputée

Quand je me suis réveillée, j'avais fort mal. J'avais l'impression qu quelqu'un me pinçait et me tordait les orteils et tirait de toutes ses forces sur mon pied. J'avais une impression de pincement dans mon mollet aussi. C'était presque insupportable.

Les jours suivants, j'oscillai entre conscience et inconscience. On me donnait des injections de morphine toutes les quatre heures et cela me donnait une sensation merveilleuse quand la drogue se répandait dans mon corps, semblant dissoudre la douleur. Après quelques jours, la douleur diminua lentement et les médecins commencèrent à remplacer la morphine par d'autres anti-douleurs. Cependant j'avais toujours l'impression que quelque chose tordait mes orteils et les tirait, ainsi que mon pied et qu'on me pinçait le mollet. J'essayais de déplacer mon pied gauche pour être plus à l'aise dans mon lit, mais mon pied ne voulait pas bouger. C'était une étrange sensation parce que je pouvais sentir mes orteils, mon pied et ma cheville coincés dans une position très inconfortable. Je devais regarder sous le drap de lit pour croire que ma jambe était réellement partie ! Ce que je voyais sous le drap était un énorme pansement là où ma jambe avait été. C'était bizarre - alors même que je regardais cela et que je pouvais voir où ma jambe s'arrêtait, je pouvais sentir ma jambe entière - mon pied, ma cheville, et même mes orteils.

D'aucuns peuvent avoir du mal à le croire, mais j'ai pu me lever et me promener quelques jours seulement après mon amputation. Les médecins avaient mis un plâtre autour des pansements et attaché un pilon métallique au plâtre. Avec l'aide de béquilles, dont je m'étais déjà servie avant l'opération pour éviter que mon genou ait à supporter trop de poids, j'étais capable de marcher sur le pilon. J'ai appris à circuler assez vite, quoique le plâtre fût volumineux et dût être attaché avec une inconfortable ceinture Velcro pour tenir en place.

Je me souviens très bien du jour où le médecin enleva mon pansement pour retirer les points de suture. Je n'avais aucune idée de ce à quoi allait ressembler mon moignon. Je ne regardai pas dans cette direction jusqu'à ce qu'il ait enlevé les points de suture. Ce que je vis était très enflé et la peau était douce et comme boursouflée entre les points, si bien que la fin était irrégulière avec un contour dentelé plutôt qu'une courbe lisse. Mon moignon avait une longueur de quelque quinze centimètres. Je ris et lui dis: "Vous auriez pu au moins la recoudre en droite ligne."

Il semblait choqué que je puisse plaisanter à ce propos - mais après quelques instants il rit aussi.

Je suis restée à l'hôpital un total de six semaines. Après l'amputation, je me rendis chaque jour au centre thérapeutique et d'entrainement pour les amputés récents. On m'apprit comment bander mon moignon pour le rendre apte à recevoir une prothèse. Je levais des poids et m'exerçais sur un engin pour renforcer la partie supérieure de mon corps. Je faisais aussi des exercices sur un tapis de sol pour renforcer ma jambe. Un de ces exercices consistait à ce que je me couche sur le dos pendant qu'un kinésithérapeute poussait mon moignon vers le bas, et je devais essayer de le lever. Il n'a pas fallu longtemps pour que je puisse lever mon moignon sans effort, et si grande que fût la pression mise par le kinésithérapeute, mon moignon ne restait pas sur le tapis. Je fus surprise de constater que mon moignon devenait si fort. Mon kinésithérapeute me dit qu'il fallait que mon moignon soit fort si je voulais être capable d'utiliser une prothèse de manière convenable. Un des exercices les plus pénibles fut de monter et descendre les escaliers: la première fois que je dus descendre les escaliers avec mes béquilles, j'étais terrifiée.

Cela m'a pris tout un temps pour m'adapter à mon nouveau corps sans jambe gauche. Le jour où je pus sortir de l'hôpital, mes parents me conduisirent à la maison et m'aidèrent à monter les marches jusqu'à la porte principale. Par malheur, la porte de tempête était verrouillée de l'intérieur et j'attendis dehors, debout appuyée sur mes béquilles pendant que mes parents faisaient le tour par l'arrière pour m'ouvrir la porte. Quand ils ouvrirent la porte principale, j'avançai - en m'appuyant sur ma jambe gauche absente ! Tout ce que j'ai pu faire, c'est de lever mon moignon et m'écrouler. Je suis tombée avec force, passant ma main à travers la porte de tempête en verre et me coupant vilainement la main. C'était une erreur tout à fait naturelle à commettre. Je pouvais toujours sentir ma jambe, et sous le coup de l'émotion de rentrer à la maison, j'ai perdu de vue qu'elle n'était plus vraiment là. J'étais gênée d'avoir fait une chose aussi idiote, mais après avoir passé six semaines à l'hôpital, je n'étais pas prête à y retourner pour une erreur aussi stupide, si bien que j'enveloppai ma main dans une serviette de toilette jusqu'à ce que le sang cesse de couler.

Mes épreuves véritables commencent

Après avoir quitté l'hôpital, j'ai commencé deux années de chimiothérapie. C'était bien pire que l'amputation. Trois jours après ma première séance, tous mes cheveux tombèrent. Mes cheveux tombèrent deux fois dans les deux années qui suivirent, mais ce n'était rien comparé aux nausées et à la faiblesse que j'éprouvais.

Et il y avait autre chose qui me troublait: mon mari se comportait autrement envers moi. Bien sûr, il avait été compréhensif et positif à travers toute mon épreuve. Mais il était évident que mon amputation avait changé notre relation. Notre vie sexuelle se termina quand ma jambe disparut. Il ne pouvait accepter le nouvel aspect de mon corps. Il ne voulait même pas en parler. Je ne puis même pas dire avec certitude que l'amputation de ma jambe était la seule raison pour laquelle il ne me trouvait plus désirable, mais c'était certainement un facteur important.

Mon mari commença à rentrer tard et à boire beaucoup. Il n'avait plus envie de me regarder. Je consultai à ce propos plusieurs médecins et ils me conseillèrent de lui laisser un peu de temps - qu'il pourrait probablement surmonter ses réactions. Il n'y arriva jamais et nous avons divorcé trois ans plus tard. Mon mari m'avait toujours dit qu'une des raisons pour lesquelles il m'avait épousée résidait dans mes "belles jambes" et il ne parvenait pas à accepter le fait que maintenant je n'en avais plus qu'une, et que je devrais me servir de béquilles ou d'une prothèse pour le restant de mes jours.

La réaction de mon mari à mon amputation m'avait laissé une cicatrice émotionnelle très profonde. Après notre divorce, alors que je me déshabillais un soir, je contemplai dans le miroir mon corps dissymétrique et mon moignon pendant hors du côté gauche de ma culotte et je pensai à quel point il avait dû trouver cela laid. Je compris qu'il n'avait pas plus pu changer son appréciation de mon apparence avec seulement une jambe et un vilain moignon, que je ne pouvais faire repousser ma jambe. Je pensais qu'il serait désormais quasi impossible d'avoir à nouveau des relations avec un homme. Je me sentais une femme incomplète - jamais aucun homme ne désirerait plus mon corps. Par bonheur, j'avais tort.

Ma famille et mes amis s'adaptèrent à mon amputation bien mieux que ne le fit mon mari. Au début, ils avaient pitié de moi et voulaient faire tout à ma place. Je dus les convaincre que j'étais capable de me débrouiller toute seule.

Mon amputation a fortement changé ma vie. J'ai dû réapprendre à marcher - avec une prothèse, d'abord avec l'aide de deux béquilles, puis d'une béquille et enfin d'une canne. Je me sers encore d'une canne quand je porte ma prothèse.

Mes nouvelles activités

J'ai commencé à me réintéresser au ski quelque six ans après mon amputation. J'avais skié quelques fois auparavant, quand j'étais encore valide, mais skier sur une jambe était une nouveauté pour moi. En fréquentant une école de skis pour handicapés, j'ai rencontré d'autres amputés et leur ai parlé. Nous avons discuté et appris l'un de l'autre bien plus que simplement skier. J'ai vu des moignons - aussi bien de bras que de jambes. Et personne ne semblait gêné de l'apparence qu'il ou elle présentait. Cela ne me prit pas beaucoup de temps pour que je me sente à l'aise dans mon costume de ski avec la jambe gauche du pantalon repliée et attachée. Cela en valait la peine. Skier était fantastique ! J'ai découvert un tout nouveau sens de la mobilité.

Bien sûr, l'équipement que j'utilise est un peu différent de celui d'un skieur normal. J'utilise une sorte de balancier à chaque bras. Chaque balancier se présente comme une béquille d'avant-bras avec un petit ski au bout inférieur. Une détente mécanique commandée par un fil à la poignée me permet de relever les skis de sorte que je peux me servir des balanciers comme de béquilles lorsque je dois marcher.

Cela me prit huit ans pour avoir le courage de sortir sans ma prothèse, ailleurs que sur les pentes de ski. En fait, je n'ai pas eu beaucoup le choix. J'avais projeté d'aller passer une semaine de vacances avec une amie en Floride. Les réservations d'avion et d'hôtel étaient déjà faites et la veille de notre départ, une fuite se produisit dans le genou hydraulique de ma prothèse. Cela faisait une vilaine tache noire sur l'enveloppe extérieure de la jambe, mais pire encore, j'avais du mal à marcher avec la prothèse et je craignais que cela ne s'empire. Mon prothésiste y jeta un coup d'il et me dit que je devais la lui laisser: cela prendrait quelques jours pour la réparer. C'est ainsi que je partis en vacances sans ma prothèse et me servis plutôt de béquilles.

En fin de compte, ce n'était pas plus mal. Cette semaine-là, j'ai marché sur la plage à pied nu pour la première fois en huit ans. Les mots me manquent pour décrire à quel point je fus émue de sentir à nouveau le sable humide entre mes orteils ! Mes béquilles s'enfonçaient un peu dans le sable tandis que je pleurais silencieusement de joie. Ce sont les petites choses de la vie qui ont tant d'importance, pensais-je.

Mais cette semaine devait être un autre tournant dans ma vie. Voilà que je me trouvais, en public, au milieu d'étrangers, sans ma prothèse. Ma prothèse - la seule façon que j'avais d'apparaître physiquement normale. Que devaient penser tous ces gens? Est-ce qu'ils ne sont pas gênés de me voir circuler avec mes béquilles? La vue de mon vêtement de coton avec la jambe de pantalon épinglée les fait-elle avoir envie de se détourner? À ma grande surprise, ils n'avaient même pas l'air de s'en apercevoir. Ils ne me fixaient pas ni ne me montraient du doigt, ni même ne se détournaient. Cela leur était égal. Je sentis que j'étais acceptée comme j'étais !

Dès que je me sentis à l'aise sans ma prothèse, il ne me fallut pas longtemps avant d'avoir assez de courage pour porter une légère robe d'été ou une jupe courte avec un dessus coloré. Après tout, nous étions presque à Pâques et il faisait plutôt chaud en Floride à l'époque.

J'aime vraiment beaucoup voyager. Que ce soit en avion ou en voiture à travers le pays, j'aime visiter de nouveaux endroits. Si je voyage seule, ce que je fais à l'occasion pour affaires, je porte ma prothèse - parce qu'avec des béquilles, je ne peux porter la moindre chose. Si je voyage accompagnée, je préfère laisser ma jambe chez moi et me servir de béquilles. C'est tellement plus confortable pour s'asseoir dans un siège d'avion sans avoir l'impression d'être coincée comme quand je porte ma prothèse. Je peux aussi marcher bien plus vite avec mes béquilles que je ne le peux avec ma jambe, et je me sens bien moins maladroite.

En été, j'aime nager, je me sens très à l'aise dans l'eau. Comme je l'ai écrit, longtemps avant que je ne perde ma jambe, je faisais partie de l'équipe de natation de mon université. Après avoir perdu ma jambe, cela ne me prit pas longtemps pour essayer de nager à nouveau. Je n'étais pas sure que je serais encore capable de nager, mais j'avais la natation dans le sang et je devais essayer. À mon grand soulagement, j'étais toujours capable de très bien nager. Au premier abord, je me sentis un peu de travers dans l'eau et mon équilibre était totalement différent, mais je me suis vite adaptée à la nouvelle façon de flotter de mon corps. Je dus aussi combattre l'habitude que j'avais de donner des coups "de pied" avec ma jambe manquante - cela ne m'aidait pas fort à avancer dans l'eau de pousser avec mon petit moignon. Je trouvai que ma vitesse et ma force dans l'eau avaient fort baissé avec seulement la moitié du pouvoir de poussée. Je nage un peu plus lentement, mais j'ai toujours plus d'endurance dans l'eau que la plupart des gens.

J'ai toujours aimé nager et apprendre à nager à nouveau avec mon nouveau corps ne fut pas si difficile que ça. Mais trouver le courage d'être vue dans un costume de bain fut une autre paire de manches. Un an à peu près après avoir perdu ma jambe, j'ai essayé de nager dans la piscine chez mes parents. Je portais un costume de bain d'une pièce, mais je portais aussi des blue-jeans au-dessus du costume de bain. Je n'avais pas épinglé la jambe vide du pantalon, mais l'avais laissé flotter dans l'eau. J'étais contente de nager de nouveau, mais je n'avais pas envie que personne ne voie mon moignon.

Puis vint l'occasion d'aller skier au Colorado. Je n'avais jamais skié au Colorado, mais j'en avais entendu parler comme d'une chose merveilleuse et c'était une occasion que je ne voulais pas manquer. Je savais que la station où nous devions séjourner avait un bain chaud à l'extérieur. Je n'avas pas envie de manquer les parties de baignade au chaud qui se déroulent parfois durant les soirées après une journée fatigante sur les pentes, mais j'avais peur de me montrer en costume de bain et de faire voir mon moignon, et je n'avais pas envie de porter un jeans dans le bain chaud. Alors j'eus une idée. Avant le voyage, je me rendis à un magasin de sport pour y acheter un vêtement de sport rouge solide - la sorte avec de longues jambes de pantalon et des porte-étrivières pour les pieds. Au lieu de laisser la jambe gauche du pantalon sans attache ou l'épingler dans le dos, je décidai de retourner la jambe du pantalon côté extérieur vers l'intérieur, puis d'attacher le porte-étrivière gauche à l'arrière du soutien-gorge que je portais en dessous. Je portais aussi avec cela une ceinture blanche. Cela avait bon air et je me sentais à l'aise dedans. Et cela ne dérangea personne non plus. En fait, je fus surprise de recevoir plusieurs compliments à ce propos ce soir-là. Ce fut peu de temps après, lors d'un petit voyage à Hawaii, que je pus me montrer dans un vrai costume de bain tout seul, d'abord dans un costume d'une pièce et ensuite dans un bikini. J'avais enfin surmonté ma timidité corporelle.

Tandis que j'étais à Hawaii, j'ai essayé la plongée sous-marine pour la première fois. Il fallait partir de la plage à Hanauma Bay et ce fut une expérience unique pour moi. Parce qu'il fallait se lancer à partir de la plage (et non d'un bateau), j'avais besoin d'aide pour entrer dans l'eau et en sortir, spécialement avec le lourd cylindre sur le dos. Les poissons qui vivent dans cette baie sont très beaux et très colorés. Je n'avais qu'un petit problème. À cause du poids du réservoir à air et de mon corps quelque peu dissymétrique, je tombais constamment sur le côté si je m'arrêtais de nager dans l'eau. Si bien que je devais sans cesse remuer la nageoire pour éviter de me renverser. Mais c'était toujours un grand plaisir.

On peut résumer mes activités par ces trois mots: ski, nage et emplettes: skier en hiver, nager en été et faire des emplettes tout le temps. L'expression "née pour acheter" me décrit parfaitement. Partout où je voyage, j'aime visiter les galeries commerçantes, les boutiques et les magasins artisanaux. J'aime acheter des cadeaux, des vêtements, et tout particulièrement des chaussures. J'ai toujours eu un penchant pour les souliers de dames et cela n'a pas changé - même après avoir perdu ma jambe. J'achète des souliers à talon plat si je projette de m'en servir avec une prothèse, mais je ne peux résister à l'air sexy et à l'agrément de porter des hauts talons, surtout avec une jupe courte. J'ai une paire de béquilles en palissandre que l'on a faites un peu plus hautes que normalement, de sorte que je peux porter un haut talon. Je me sens très féminine quand je peux m'habiller avec une jupe courte et un soulier à haut talon - quelque chose que je n'avais pas fait pendant huit ans après avoir perdu ma jambe.

Autres sentiments

J'ai dû apprendre à composer avec d'autres personnes et à accepter que l'on me fixe à l'occasion, quoique la plupart des gens soient polis. Les enfants sont très curieux. Ils me regardent souvent avec insistance dans les supermarchés et les galeries commerçantes, mais cela ne me dérange pas. De petits enfants me posent parfois des questions très mignonnes à propos de ma jambe. De jeunes enfants sont fort intrigués de ne voir qu'une jambe émerger de ma jupe ou de mon short. Parfois, ils se contentent de se baisser et de regarder vers le haut en essayant d'imaginer où mon autre jambe se trouve. Une fois, l'année dernière, comme je séjournais dans le Yellowstone, je me tenais debout devant un comptoir de magasin et une petite fille contemplait la jambe vide de mon short. Elle se contentait de regarder fixement jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que je la regardais. Finalement elle me demanda où était partie ma jambe. Je lui répondis qu'elle était devenue malade et que le docteur avait dû l'enlever. Elle opina, semblant comprendre, satisfaite de ma réponse. Puis elle demanda "Quand est-ce qu'il va vous la rapporter?" À ce moment, son père revint et la remmena, s'excusant auprès de moi et lui murmurant qu'il n'était pas poli de regarder fixement. Les adultes sont beaucoup plus coincés à ce propos que ne le sont les enfants. Je ne crois pas qu'il faille décourager les enfants de poser des questions. Je pense que si on permettait aux enfants de satisfaire leur curiosité à propos des personnes handicapées, ils grandiraient avec des attitudes beaucoup plus saines.

Bien sûr, c'est mon opinion en tant qu'enseignante. Au début de chaque année scolaire, quand j'ai devant moi une classe d'élèves de cinquième année, je leur dis que j'ai perdu une jambe et que je porte une prothèse. S'ils ont des questions à poser à ce propos, qu'ils ne se gênent pas pour le faire. Des tas de questions intéressantes m'ont été posées par des enfants, comme: Avez-vous mal? Pouvez-vous nager? L'enlevez-vous pour aller au lit? Qu'est-ce que vous ressentez? Est-ce que vous avez l'impression que vous pouvez toujours remuer vos orteils? Je leur réponds en toute franchise, sans jamais considérer une question trop idiote.

J'ai continué à être physiquement active. J'ai maintenant skié près de cent fois comme amputée et j'apprends aussi à skier à d'autres amputés.

Il y a quelques années, j'ai essayé de rouler à nouveau à vélo pour la première fois en neuf ans. Mon vélo à dix vitesses n'a qu'une pédale et la pédale a un cale-pied dessus de sorte que je peux aussi bien la tirer en l'air que la pousser. J'ai trouvé que rouler à vélo avec une seule jambe n'était pas vraiment difficile. Je dois me tenir à quelque chose pour garder mon équilibre quand je mets mon pied dans le cale-pied au départ, et je m'assure sérieusement, à l'arrêt, de m'appuyer et de descendre du côté droit du vélo, mais sinon rouler à vélo me semble tout à fait normal. J'ai roulé cinq kilomètres le premier jour que je suis remonté à vélo et je me sers souvent de mon vélo pour me donner de l'exercice. De plus, c'est très amusant.

8. Découverte des fervents

J'avais parlé avec un grand nombre de professionnels qui me préparèrent pour ma nouvelle vie comme amputée, mais rien de ce quiconque me dit ne me prépara à ce que je découvris plus tard de mon propre chef.

Ce fut alors que j'étais partie skier que je découvris qu'il y avait des hommes qui ne trouvaient pas repoussante la vue d'une femme amputée. Cela m'enchanta quand je constatai que, en fait, certains hommes considèrent une amputée comme attirante physiquement - et même très attirante ! J'ai eu bien du mal à croire cela pour commencer - comment quelque chose que je considère comme si vilain - mon moignon - pouvait-il attirer d'autres? Mais c'était vrai - une amie me montra un article de magazine traitant ce phénomène.

Se faire amputer est une expérience très traumatisante pour quiconque, mais je pense que c'est tout particulièrement difficile pour une femme à cause de l'insistance que la présente société met sur la beauté physique pour les femmes. Avec mes différentes vidéos, j'espère montrer à toute femme qui a subi ou est sur le point de subir une amputation, que non seulement la vie continue, mais qu'il peut y avoir autant de plaisir pour une amputée que pour une femme valide. Ce n'est pas parce que votre corps est différent qu'il perd son attirance et qu'il ne peut plus éveiller le désir. La beauté se trouve vraiment dans le regard du spectateur.

Encore que je ne partage pas beaucoup de vos sentiments et de votre fascination - je ne trouve en aucun cas mon manque de jambe "sexy" - cela me donne un sentiment spécial de savoir qu'aux yeux de beaucoup d'entre vous, je suis toujours une femme "complète".

9. Mes vidéos

En 1988, je me suis fait représenter dans ma première vidéo, "Dix Ans Après". Cette vidéo était un documentaire sur ma vie sur une jambe et comment je me débrouillais dans mes tâches quotidiennes. Dans ma deuxième vidéo, "Le Regard du Spectateur", je faisais connaître le phénomène d'attraction vis-à-vis des amputées, ainsi que ce que j'en pensais. Ma vidéo la plus récente, "À Votre Demande", est un résultat des suggestions provenant des milliers de lettres que j'ai reçues de ceux qui ont regardé mes vidéos durant les six dernières années.

Outre les vidéos qui me représentaient moi-même, j'ai produit deux vidéos d'autres femmes amputées, en ce compris une amputée tibiale nommée Tamra, et j'ai en chantier des productions pour au moins cinq autres femmes amputées qui désirent se faire voir dans des vidéos à intérêt spécial. J'ai récemment annoncé une sixième vidéo concernant une amputée des deux jambes nommée Carla.

Mes vidéos sont toutes exemptes de mauvais gout. Aucune d'entre elles ne fait voir des nus de quelque sorte qu'ils soient. Une des filles, une amputée nommée Debbie, décida qu'elle voulait se montrer comme modèle pour des sous-vêtements et elle reçut de nombreux commentaires favorables à propos des scènes provocantes de modèle. Tous les modèles qui se sont fait filmer dans les vidéos que j'ai produites ont reçu tous les bénéfices de vente de leurs vidéos, et Debbie a utilisé l'argent qu'elle a reçu pour s'acheter une prothèse de haute technologie, que sa compagnie d'assurance ne voulait pas lui payer et qu'elle n'aurait pas pu se permettre autrement.

Depuis que j'ai fait ces vidéos à intérêt spécial, j'ai appris un tas de choses sur les gouts de ces hommes spéciaux. Avec chaque bande vidéo que j'expédie, j'inclus un questionnaire demandant quelles scènes ils aiment ou n'aiment pas, de même que des suggestions pour des vidéos à venir. Quoique ces hommes aient tous la même attirance pour des femmes à qui manque un membre, leurs gouts varient largement quant à ce qu'ils désirent voir sur une bande vidéo. Certains hommes sont attirés par des dames auxquelles manque(nt) un ou les bras, d'autres ne s'intéressent qu'aux amputées multiples. Il est clair pour moi que, quelle que soit la silhouette que vous avez ou quel que soit le membre qui vous manque, il y aura toujours quelqu'un dans le monde qui vous trouvera attirante.

Comme j'essaie de contenter le maximum possible de mes clients, mes vidéos contiennent une grande variété tant dans mes activités que dans la façon dont je m'habille. Certains des hommes qui m'écrivent veulent me voir porter ma prothèse ou un de mes pilons, mais la plupart préfèrent me voir marcher avec des béquilles et me livrant aux activités quotidiennes qui me plaisent. Plusieurs de mes clients aiment les scènes où je présente différents vêtements - shorts, robes, pantalons, hauts talons et tout particulièrement des costumes de bain.

Questions, questions

Depuis que j'ai fait paraître trois vidéos me représentant et deux autres vidéos d'amies amputées, j'ai appris tout un tas de choses des nombreux hommes qui m'écrivent à propos de mes vidéos. J'aimerais partager avec vous une partie de ce que j'ai appris sur les hommes spéciaux qui trouvent les amputées si attirantes, et aussi répondre à quelques-unes des questions que l'on me pose le plus souvent.

Q. Pouvez-vous toujours sentir la jambe qui vous manque comme si elle était toujours là?

A. Je ne peux plus sentir ma jambe à moins que je me concentre dessus. Cela m'a pris près d'un an avant que ces sensations étranges s'en aillent. Peut-être mon cerveau s'est-il adapté au fait que cette partie de moi-même n'était plus la. Parfois, quand je suis couchée sur mon dos avec les yeux fermés, je peux sentir toute ma jambe - genou, pied, et même mes orteils. Cette sensation disparaît aussitôt que je tente de remuer ma jambe "fantôme".

Q. Quelle impression cela fait-il d'avoir un moignon?

A. C'est probablement la question la plus difficile à laquelle j'aie à répondre, parce que c'est une sensation très difficile à décrire avec des mots. En outre, avec les années, mon esprit s'est adapté à l'absence de ma jambe et cela donne une sensation différente maintenant de ce qu'elle était quand j'étais une amputée récente. Mon moignon me donne une sensation entièrement différente de celle de mon autre jambe. D'abord, c'est extrêmement léger. Je peux le remuer sans effort. Mon moignon est aussi beaucoup plus sensible au toucher que ma jambe normale. Il n'y a rien de tel que la sensation d'un massage de moignon par un monsieur bienveillant. C'est une sensation merveilleuse à expérimenter, mais impossible pour moi de décrire avec des mots.

Q. Cela vous dérange-t-il quand les gens vous fixent?

A. Plus maintenant. En outre, il n'y a pas tellement de gens à vous fixer, sauf de jeunes enfants, et je suis toujours prête à leur parler pour les aider à se sentir plus à l'aise à ce propos. Je ne veux pas que l'enfant pense qu'il y a quoi que ce soit de mal à poser des questions, et je me sens tout à fait à l'aise en parlant de ma jambe manquante avec des enfants. J'ai remarqué à l'occasion un type qui me surveillait à distance, mais maintenant je sais qu'il aime m'observer - sans avoir pitié de moi.

Q. Avez-vous oublié que votre jambe n'était plus là et essayé de marcher?

A. Oui, même un an après mon amputation, j'ai oublié et suis sortie de mon lit au milieu de la nuit, pour aller à la salle de bain. J'ai fait un pas avec ma petite jambe et me suis étalée. Par bonheur, je ne me suis pas blessée.

Q. Que pensez-vous de types qui trouvent les amputées attirantes?

A. Je trouve ça formidable. Je ne peux pas changer la façon dont je suis faite. J'aurai toujours un moignon, là où une femme normale aurait une belle jambe. Je me sentirai toujours un peu inférieure aux autres femmes qui ont deux belles jambes, mais ce fut un grand soutien pour mon amour-propre que de savoir qu'il y a un tas d'hommes qui me trouvent attirante juste comme je suis.

Q. Y a-t-il des AVANTAGES à n'avoir qu'une jambe?

A. Eh bien, il y en a quelques-uns, mais ils ne compensent pas les désavantages. L'un d'entre eux est que je peux économiser de l'argent sur l'achat de mes collants. Quand j'attrape une flèche dans une des jambes, je me contente de les retourner de sorte à avoir la flèche du côté de mon moignon et je peux toujours m'en servir.

Un de mes admirateurs m'a offert plusieurs paires de collants qu'il a fait faire pour moi. Ils ont un côté moignon coupé et fermé. Quand nous avons rendez-vous, il est tout excité par le fait que, quand je m'assieds, mon moignon est joliment enfermé dans un nylon moulant tandis qu'il repose sur le siège sous mon vêtement ou ma jupe. Je peux toujours capter son attention quand je remue distraitement mon moignon sous ma jupe ou mon vêtement.

Parmi les autres "trucs" que j'ai appris figure une autre manière de replier la jambe vide de mon pantalon. J'avais l'habitude de replier la jambe du pantalon sur le côté ou sur l'arrière et l'épingler à ma ceinture, mais j'ai découvert que si je retourne la jambe du pantalon côté extérieur vers l'intérieur, et que je le tire en haut vers l'intérieur, cela a meilleure allure.

Je peux aussi économiser de l'argent sur les souliers. Il existe des magasins de chaussures qui sont prêts à vendre deux différentes pointures aux gens qui ont des pieds de taille différente. Ces mêmes magasins vendent une chaussure simple pour la moitié du prix d'une paire. Il m'arrive aussi d'échanger des souliers avec l'une ou l'autre amputée de mes amies, qui a perdu la jambe droite plutôt que la gauche.

Un autre avantage d'être "handicapée" est que quand je vais prendre des vacances de ski, j'obtiens d'habitude un rabais sur mon abonnement aux remonte-pentes. De même, quand il y a de longues files d'attente aux remonte-pentes, je peux passer à travers la file de l'école de ski et je ne dois pas attendre trop longtemps. Oh, une chose en plus à propos de skier comme amputée - je n'ai jamais à m'inquiéter de croiser les pointes des skis !

Chaussures, chaussures

J'ai toujours aimé les souliers à haut talons, et cela n'a pas changé, même maintenant que je ne peux en porter qu'un. Je trouve qu'un soulier à haut talon améliore la forme de la jambe féminine. Plusieurs types m'ont dit que j'avais l'air plus "statuesque" quand je portais un seul soulier à haut talon. Porter un haut talon quand on n'a qu'une jambe peut parfois être quelque peu précaire, surtout en descendant un escalier ou un escalator. À des moments pareils, j'aime avoir quelqu'un qui m'accompagne et tienne une de mes béquilles pendant que je tiens la rampe.

Beaucoup des hommes qui m'écrivent éprouvent un fétichisme pour les souliers, surtout ceux à haut talon et à talon aiguille. La plupart des hommes qui m'écrivent se considèrent comme des "admirateurs de jambes" et ils disent qu'ils considèrent les jambes d'une femme comme la partie la plus attirante de leur anatomie. Des hommes qui m'écrivent, j'obtiens autant de compliments pour ma jambe restante que pour mon moignon.

Où sont les Amputées?

Plusieurs des hommes qui m'écrivent m'ont demandé où je trouvais les amputées qui apparaissent dans mes vidéos. Comme ces hommes le font remarquer, les amputées ne courent pas les rues.

Tout ce que je peux dire, c'est que nous sommes présentes. En ce qui concerne mes vidéos, la plupart des amputées qui y apparaissent m'ont été recommandées par quelques-uns des hommes qui correspondent avec moi. Ces hommes ont montré mes vidéos à ces dames et suggéré qu'elles pourraient se faire quelque revenu supplémentaire en se faisant filmer pour une vidéo à leur compte. Chacun des hommes qui a mis une femme amputée en rapport avec moi reçoit une copie gratuite de leur vidéo ou de leur ensemble de photos. En outre, je lui offre l'occasion d'assister avec moi aux prises de vues si cela leur convient.

Ceux qui fixent

Certains hommes m'ont demandé ce que je ressentais quand on me fixait du regard, et si cela me dérangeait. De tout temps je suis regardée fixement par des enfants. Ils sont si curieux. Ils ne peuvent pas comprendre que je n'ai pas de jambe gauche et cela les turlupine vraiment ! Certains des plus jeunes enfants vont en fait se baisser pour regarder sous la jambe vide de mon short ou sous ma jupe pour voir si je la cache là. D'habitue cela gêne leurs parents, mais j'explique que tout va bien et qu'il n'y a là rien d'autre que leur curiosité naturelle.

Je remarque à l'occasion un type qui semble me surveiller, mais si je regarde dans sa direction, il se détourne d'habitude et fait comme s'il ne me regardait pas. Je me demande parfois si ces "veilleurs" sont des fervents ou s'ils sont simplement curieux.

À de rares occasions, j'ai été approchée par un inconnu qui se contentait d'entamer une conversation, et j'ai eu aussi des contacts avec l'un ou l'autre de mes clients quand ils me voyaient dans un lieu public. Une fois, je me trouvais à l'aéroport en partance de la ville, quand un gardien de parking de l'aéroport m'approcha et me demanda si j'étais bien Carol Davis. Il me dit qu'il avait eu plaisir à me regarder dans mes vidéos et nous avons parlé ensemble pendant un petit temps.

Mes sentiments vis-à-vis des fervents

Une des questions que l'on me pose souvent est ce que je ressens à propos des "fervents".

À quelques exceptions près, presque tous les fervents que j'ai rencontrés, soit à des rencontres organisées ou à d'autres endroits, ont toujours été de charmants messieurs. La plupart d'entre eux ne sont pas différents de quelque autre personne que vous pourriez rencontrer. De même, la plupart des hommes qui m'écrivent semblent très intelligents, et j'ai plaisir à les écouter me décrire leurs impressions. J'essaie de répondre personnellement à chaque lettre, mais parfois je prends du retard. Donc, si vous m'écrivez, soyez gentil de me pardonner si je ne vous réponds pas tout de suite.

J'aimerais pouvoir dire quelque chose à ces hommes pour leur faire savoir qu'il n'y a pas de mal à trouver les amputés attirantes et désirables. Après tout, ce n'est pas eux qui sont la cause de mon amputation, alors pourquoi se sentiraient-ils coupables ou gênés?

Ce que j'ai appris des fervents et de leurs préférences

Laissez-moi partager avec vous certaines des réactions que j'ai reçues des hommes qui m'ont écrit, ainsi que de ceux qui ont répondu au questionnaire que j'ai envoyé avec chacune de mes vidéos.

Avant tout, la plupart des hommes sont attirés par les amputées fémorales [SAK = single above knee]. Près de 20 pour cent de ces hommes n'éprouvent d'intérêt QUE pour les amputées fémorales et ne sont pas intéressés par des femmes autrement amputées. Quelques-uns des hommes qui m'écrivent ont une préférence pour une amputation de la jambe gauche ou de la jambe droite et une petite minorité ne s'intéresse QU'à une femme amputée d'un côté spécifique (gauche ou droit). Un des hommes qui n'éprouve d'intérêt que pour une amputée fémorale de droite [RAK = right above knee] m'expliqua qu'il avait bien connu, quand il était petit garçon, une amputée à qui manquait la jambe droite. Il continua à me dire que, depuis cette époque-là, il avait fantasmé à propos de ce qu'il pourrait bien ressentir s'il était amputé et que c'était toujours la jambe droite qui manquait dans ses fantasmes.

Les doubles amputées fémorales ont aussi la cote chez ces hommes. Les amputées des bras et les amputées multiples - celles auxquelles manquent plusieurs membres - sont aussi considérées comme érotiques. Malgré le succès de la vidéo de Tamra, la plupart ne sont pas attirées par les amputées tibiales [BK = below the knee]. Toutefois d'après les réactions que Tamra reçut de ceux qui avaient vu ses vidéos, il y a des exceptions à la règle.

La plupart des hommes qui achètent mes vidéos s'intéressent seulement à me regarder faire des choses sans ma prothèse, que ce soit en me servant de béquilles ou en sautillant, ou même en rampant sur le sol. D'autres marquent plus d'intérêt pour ma prothèse et regardent comment je la mets et comment je marche avec elle. Cependant, ces derniers sont une minorité.

En plus du niveau d'amputation, certains hommes s'intéressent à l'équipement d'adaptation utilisé par l'amputée. Un nombre surprenant d'hommes qui m'écrivent font une fixation sur les béquilles que j'emploie. De ceux qui ont exprimé un intérêt pour les béquilles, la plupart préfèrent des béquilles allant jusqu'au-dessus des bras ou "axillaires". Ils me disent qu'elles ont l'air plus élégantes et qu'elles me rendent plus attirante. Certains des hommes préfèrent les béquilles du type canadien sous l'avant-bras. Il semble que la plupart des hommes qui préfèrent les béquilles d'avant-bras sont originaires d'Europe, parce que cette forme de béquilles y est plus habituelle.

Certains veulent me voir avec ma prothèse, et un TAS de clients veut me voir avec un pilon. Quelques-uns seulement sont fascinés par les chaises roulantes, mais j'ai été surprise de savoir qu'ils existent aussi. J'ai récemment été en contact avec quelques hommes qui sont attiré par des femmes portant des attelles aux jambes, et j'ai des projets pour faire une vidéo présentant une femme portant des attelles.

Même parmi le groupe le plus important préférant les amputées fémorales, il y a de subtiles sous-préférences. Certains hommes préfèrent des désarticulations de la hanche et d'autres préfèrent des moignons très courts, tandis que d'autres encore (quoiqu'en beaucoup plus petit nombre) préfèrent de longs moignons de cuisses.

Les pilons provoquent des réactions mitigées. Les hommes qui ont répondu à mon questionnaire étaient partagés en parts quasi égales entre ceux qui aimaient me voir porter un pilon et ceux qui ne l'aimaient pas. Une petite minorité d'hommes, à peu près 20 % d'entre eux, aimaient me voir avec ma prothèse, tandis que les autres préféraient me voir avec mes béquilles ou sur mon pilon.

En ce qui concerne les pilons - j'avais toujours pensé qu'ils ne servaient qu'à ceux et celles qui ne pouvaient pas se payer une véritable prothèse avec un genou articulé. Mais j'ai découvert qu'un pilon pouvait se révéler très utile pour accomplir les tâches ménagères. C'est beaucoup plus léger que ma prothèse et je n'ai pas à m'inquiéter de sentir mon genou lâcher prise quand je ne m'y attends pas. Je ressens beaucoup mieux où le bout se trouve et je ne dois pas me concentrer autant quand je marche avec lui, quoique je doive le balancer sur le côté en marchant, à cause de l'absence d'articulation. Le plus gros problème avec un pilon se pose quand je dois m'asseoir, surtout dans une voiture. Je me suis laissé dire que certains pilons ont une articulation qui peut être débloquée et pliée et que certains pilons peuvent même être simplement démontés pour l'emploi en voiture.

Les réponses que j'ai reçues à propos de mes pilons ont été ou bien très positives ou très négatives. Certains types sont absolument fascinés par la vue d'une amputée portant un pilon, et d'autres hommes l'ont en horreur tout aussi absolue. Il semble qu'il n'y ait pas de moyen terme à propos des pilons.

Comme je l'ai écrit, certains des hommes qui m'écrivent sont particulièrement intéressés par les femmes à qui manquent les deux jambes, surtout les doubles amputées fémorales [DAK = double above knees]. Toutefois, les hommes qui ont une fixation ou un fétichisme pour les béquilles ne s'intéressent pas en général aux doubles amputées fémorales, probablement parce que ces dernières ne peuvent pas utiliser des béquilles. J'ai récemment édité une vidéo représentant une amputée des deux jambes appelée Carla. Tandis que la plupart des amputées des deux jambes se servent d'une chaise roulante pour se déplacer, Carla se sert de deux prothèses. Certaines amputées des deux jambes, y compris Carla, peuvent marcher sur leurs moignons. Une autre amputée que je connais - Tina - qui, normalement, se sert d'une chaise roulante, peut de fait marcher très bien sur ses moignons en faisant de tout petits pas. Il se pourrait que Tina fasse l'objet d'une vidéo dans un proche avenir.

Quoique les amputées fémorales, simples ou doubles, soient de loin les plus populaires auprès des hommes qui m'écrivent, il existe aussi un intérêt pour les amputées des bras (aussi bien au-dessus qu'en dessous du coude) de même que pour des amputées tibiales [BK = below-knee], mais à un degré beaucoup moindre. Je ne sais pas pourquoi il en est ainsi, puisque les hommes qui sont fascinés par les amputées des bras semblent apprécier de la même façon qu'elles le soient au-dessus ou en dessous du coude. Il semble qu'en ce qui concerne les amputées de jambes, au moins il en reste, au plus l'intérêt grandit.

Simulateurs et aspirants

Beaucoup des hommes qui m'écrivent me disent qu'à un moment ou l'autre ils ont fantasmé sur la possibilité de devenir eux-mêmes amputés. Un nombre surprenant d'entre eux ont admis qu'ils avaient fait semblant d'être amputé dans le secret de leur domicile, en attachant leur jambe pour "expérimenter" les sensations d'un amputé.

Un relativement petit nombre d'hommes m'ont dit qu'ils aimeraient bien en fait devenir eux-mêmes amputés. Je connais aussi certains hommes qui ont réussi à se faire amputer et ils y sont parvenus par divers moyens, dont des scies à ruban, des fusils ou un train de marchandises. L'un de ces hommes a même eu son amputation faite par un médecin en clinique. La plupart des hommes qui ont le désir de devenir eux-mêmes amputés ont dit qu'ils n'auraient jamais le courage de faire quoi que ce soit de positif pour que cela arrive, mais que si un accident se produisait, alors ils se sentiraient capables d'accepter de vivre le reste de leurs jours comme un amputé - et même de s'en réjouir.

Pour conclure

Je ne parviens toujours pas à comprendre exactement quelle beauté ces hommes trouvent dans mon unijambisme, mais je sais qu'il existe BEAUCOUP d'hommes atteints de cette fascination particulière pour des femmes auxquelles manque un membre, et je suis très contente que ce phénomène existe. Après tout, je suis condamnée à vivre le restant de mes jours sur une jambe - pourquoi cela ne serait-il pas bien que des hommes m'apprécient juste comme je suis?

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