OverGround : {BANNER_TITLE}
Page d'accueil
Quoi de neuf?
Politique et mission
Articles
Ressources
Glossaire
Foire aux questions
Nous contacter
 

Articles

Théorie | Art | Témoignages | Articles

Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

Une lettre de Paul

Ceci est une version légèrement éditée de la première lettre que j'avais envoyée à J. en 1995 pour l'inclusion dans l'édition originale imprimée d'OverGround.

Laissez-moi me présenter: je suis né à Bruxelles (Belgique) en 1962 où je vis toujours actuellement, en fait à pas plus de 300m de l'endroit où j'ai vu le jour pour la première fois. Je suis célibataire et le français est ma langue maternelle.

J'ai obtenu un Graduat en Arts Plastiques Contemporains avec comme spécialité la photographie noir et blanc. Je ne l'ai jamais pratiquée à un niveau professionnel.

Comme métier, je réalise des spots TV exclusivement pour des disques et principalement pour la télévision belge, mais l'élément essentiel de mon occupation professionnelle est Chef de projet Internet. J'ai créé une petite société pour gérer cette affaire,... avec moi comme seul employé!

Pendant mes loisirs, je suis un pilote privé essayant de devenir professionnel (en suspend pour l'instant) et je fais du deltaplane, je fais également de la programmation (passionné par le MacOS). Et il se fait que je suis également l'actuel éditeur de OverGround.

Bien, voilà pour le contexte. Maintenant pour les raisons de ce témoignage :

Je ne me souviens pas exactement à quel âge je suis devenu un fervent, mais je me souviens clairement à quel moment j'ai pour la première fois consciement réalisé que j'étais attiré par les filles amputées et je n'avais pas 10 ans. C'était à la piscine publique de mon quartier (çà vous rappelle quelque chose?). Il y avait là une jeune fille d'une autre école, du même âge que moi, nageant dans un maillot de bain une pièce rouge, jouant et riant comme tous les autres enfants. Elle avait son bras gauche amputé au-dessous du coude. L'image est imprimée dans ma mémoire, claire comme de l'eau de roche. Elle était sur le plongeoir, balançant son bras et demi au-dessus d'elle pour plonger la tête la première, criant pour que ses camarades de classe admirent sa prouesse; elle a finalement plongé les pieds d'abord. J'étais pour le moins excité. Quelque temps plus tard, je l'ai rencontrée à nouveau dans une fête de quartier. Elle portait une jolie robe rouge à fleurs, pour autant que je me souvienne. Je ne pouvais pas m'empêcher de la regarder et je me suis finalement trouvé assis juste à côté d'elle. Comme j'étais un garçon timide (je le suis toujours, d'ailleurs), je ne pouvais lui dire ne serait-ce qu'un mot. Elle ne portait pas de prosthèse et employait son petit bras pour faire tout ce qu'elle avait besoin de faire d'une manière très naturelle. Elle était jolie et pleine de vie. Je n'avais pas vraiment de sentiment de pitié pour d'elle, car elle ne semblait pas fort se soucier de son handicap ni du regard des autres. De temps à autres, mais pas très souvent, je la croisais dans le quartier comme nous grandissions et devenions des adultes. Je l'ai revue il y a quelques années, faisant des courses. Elle était seule et avait maintenant un regard sérieux qui la rendait encore plus mystérieuse et attirante. Elle ne portait toujours pas de prosthèse et ne faisait rien pour cacher son petit bras, au contraire, ce qui est étonnant pour une femme. Je suppose qu'elle a dû conclure un jour que c'était plus pratique pour elle que le port d'une prothèse. Je n'ai jamais eu l'occasion de lui parler. Aussi, si ce moment hypothétique venait à arriver, je soupçonne qu'il ne produirait rien de plus qu'un incompréhensible "Woouhouhouwooou?". Peut-être lira-t-elle un jour ces lignes...

C'est le souvenir de cette première rencontre qui fait que je sois beaucoup plus intéressé par une femme à qui il manquerait un membre supérieur, comme elle. Néanmoins, une femme à qui il manquerait d'autre(s) membre(s) déclencherait le même intérêt, qu'elle porte une prosthèse ou pas. La prosthèse en soi ne me "déclenche" pas, c'est l'idée de ce qui y est attaché; je veux dire: la personne dans l'ensemble, pas spécifiquement le moignon. Je remarque que je rencontre rarement dans la rue une femme avec une amputation de jambe marchant sur des béquilles. Il semble que dans notre pays le port d'une prosthèse de jambe soit vraiment un must.

Cela m'a pris longtemps pour devenir un homme, sexuellement parlant. J'avais si peur de ne pouvoir fonctionner avec une fille "normale" que cela paralysait toute tentative de m'impliquer dans un rapport sexuel. C'est une des raisons (il y en avait d'autres, j'imagine, mais non reliées au présent sujet). Quand finalement çà arriva, juste après mes 30 ans (Yup, c'est tard, je sais...) et quoiqu'un peu difficile au début, tout fonctionna comme il se doit et j'ai progressivement remarqué que je n'avais pas à fantasmer sur quoique ce soit d'autre que la jolie fille avec qui je faisais l'amour pour obtenir un orgasme tout à fait satisfaisant. C'était vraiment rassurant.

Assez étrangement, je ne me suis jamais senti vraiment mal d'être un fervent, même encore aujourd'hui, bien que je ne connaisse le mot que depuis quelques années. J'étais plutôt étonné par ce sentiment étrange et puissant. La seule chose qui était vraiment ennuyeuse pour moi c'était de ne pouvoir "conclure" avec une fille pendant longtemps; le temps passant n'arrangeant rien. Mais c'est réglé maintenant.

Mais aussi, je n'ai jamais parlé de ma fascination à quiconque jusque récemment, pas même à mes amis les plus proches, sans parler des membres de ma famille ou mes petites amies. Donc, je suppose qu'il y avait bien quelque culpabilité de ma part, mais rien de vraiment grave. Juste l'embarras d'en parler.

Autour de 20 ans et pour plusieurs raisons, j'avais commencé une analyse, mais l'ai arrêté après six mois car je n'estimais pas que l'analyste soit digne de mes confessions, je ne lui ai jamais parlé de ma fascination, et en outre je ne m'estimais pas malade d'être quelque pervers sexuellement retardé, juste abasourdi, et ne voyais donc aucune raison de guérir quoi que ce soit. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. Cela dit, j'essayais de trouver quelque explication par moi-même, mais ne parvenais pas à mettre le doigt sur quelque chose de satisfaisant, jusqu'à ce que je découvre OverGround.

Quand j'ai lu l'article "épiphanies" sur le sujet, ce fut bien une révélation pour moi. La théorie de l'impression initiale, à coup sûr, est une façon intéressante de voir les choses et je suppose que d'autres études la valideront. J'ai aussi été très intéressé de lire qu'étant attirés par quelqu'un de l'autre sexe, ce quelqu'un étant très différent de nous, l'amputation ferait d'elle (ou de lui) un être encore plus différent. C'est certainement vrai dans mon cas, même en ce qui concerne les dames "complètes": j'ai toujours recherché une fille qui ne soit pas une autre de ces créatures divines issues de Elle ou Cosmopolitan. Elle doit avoir quelque chose de différent, vous voyez, mais pas nécessairement l'absence d'un membre. Cette théorie arrivait fort près de mes propres conclusions et peut-être était-ce là ce que cela sous-entendait après tout. Je vous les livre comme un avis non-autorisé :

Le pénis du mâle est souvent naïvement appelé "un membre". Les femmes manquant manifestement de cet attribut, l'absence d'un ou plusieurs membres réels nous rendrait la dame encore plus féminine.

Se pourrait-il que pour nous, les fervents, l'absence d'un membre soit un symbol renforçant la féminité de la femme, une sorte de super-féminité? J'ai lu quelque part que nous les mâles fantasmons sur les seins de la femme comme un symbole de leur derrière, hôte du vagin, de leurs lèvres comme le symbole du vagin lui-même. Et ainsi, pourquoi ne fantasmerions-nous pas sur le membre manquant chez une femme comme étant le symbole d'une absence de quelque chose "dépassant" là où nous les hommes avons un soi-disant "membre", même si cette absence est tout le contraire de rien. Et la cicatrice du moignon (n'importe quelle cicatrice du reste: voir la symbologie du nombril) renforcerait encore cet effet comme le symbole du vagin qui ressemblerait aussi à quelque cicatrice ?

Voici un extrait d'une chanson de Pierre Perret "Celui d'Alice" :

Que la cicatrice
si jolie d'Alice
jamais ne guérisse.

Avec le temps, je suis également devenu de plus en plus intéressé à l'idée de devenir un amputé moi-même. Je ne suis pas non plus arrivé à de solides conclusions à ce sujet, mais j'ai toutefois quelques indices.

D'abord, il y a la curiosité réelle et le besoin de ressentir moi-même ce que c'est vraiment d'être amputé, que ce soit physiquement, presque médicalement, dans ma chair et mes os et psychologiquement. À part la simple curiosité que j'ai de toute chose, je n'ai aucun intérêt sexuel pour le côté technique d'être un amputé, comme les prothèses, les béquilles, etc.,... J'ai un jour essayé d'attacher une de mes jambes et de sautiller dans mon appartement, mais je ne l'ai jamais refait depuis; prétendre n'ayant pour moi aucun intérêt.

Deuxièmement, je suppose que nous avons tous besoin être reconnus d'après un modèle idéal et satisfaisant de ce pourquoi nous pensons être validement reconnus. Pour moi, les handicapés sont de manière générale de vrais héros de notre temps, comme par exemple, les pompiers dans un autre genre de communauté. Je veux dire, ces handicapés qui font quelque chose de leur existence malgré leur handicap. Comme notre société n'est pas vraiment préoccupée de rendre la vie des handicapés plus aisée, il y a un réel accomplissement, souvent héroïque, à simplement vivre une vie normale ici-bas. L'intérêt pour les gens handicapés est aussi assez peu répandu, particulièrement dans les médias qui traitent souvent de ce sujet d'une manière honteuse. Il y a quelques mois, nous avons été inondés par les rapports des derniers Jeux olympiques d'été. Je vous laisse deviner combien de programmes ont été consacrés aux Jeux Paralympiques qui ont suivi, ce qui est un scandale, vraiment, mais pas le sujet de la présente.

Ainsi, mon désir d'être un amputé a certainement quelque chose à voir avec mon désir diffus d'être un héros, quelqu'un de spécial, au moins d'appartenir à une communauté que j'admire réellement. Cela peut sembler enfantin et immature, et probablement que ce l'est, mais j'ai toujours eu besoin d'être reconnu d'une façon qui soit conforme à mes modèles. C'est certainement la raison pour laquelle j'ai commencé à piloter un avion, à faire du deltaplane, à y réussir et être admiré dans cette entreprise.

Maintenant, il y a là une ambiguïté énorme (celle d'être un fervent et un aspirant) qui m'a frappée seulement au moment où je préparais cette lettre. Avertissement: cela devient plus sexuel que je ne l'avais pensé au début!

D'abord, je dois ajouter que, dans mes modèles de fantasmes, il y a d'autres éléments de l'anatomie d'une dame qui peuvent éveiller mon attention: la taille assez menue, des cheveux courts, peu de seins (mais pas trop peu), peu de derrière (idem), des jambes très fines, les poils pubiens rasés. Oui, c'est cela: je suis attiré par des femmes qui n'ont pas l'air si féminines que çà après tout. Se pourrait-il que je sois attiré par une femme ressemblant à un homme, ou pire, à un petit garçon? Se pourrait-il en fin de compte que je ne sois qu'un homosexuel ou un pédophile s'ignorant? Gasp! Cela pourrait expliquer le fait qu'il m'ait fallu si longtemps pour concrétiser une relation sexuelle avec une femme... Pas facile à admettre quand on a la trentaine (à l'époque de ces réflexions).

Je soupçonne que mon attraction pour la zone pubienne rasée n'a aucun rapport avec la question présente (à savoir: les filles ressemblant aux garçons) mais plus avec le symbole de la cicatrice du paragraphe plus haut. Qui a écrit "je la voulais rasée parce que seulement comme çà elle était nue"? Je pense que cela me correspond mieux. Remarquez combien c'est devenu à la mode ces dernières années dans les médias pour adultes. J'ai entendu dire que cela peut également être tout-à-fait agréable pour la dame, lorsque évidemment c'est librement consenti. Beep! Me voilà à nouveau surpris hors du sujet. Désolé!

Ajoutez à cela mon désir de devenir un amputé. Cela veut-il dire qu'au fond de moi-même je souhaiterais ressembler à une femme, que je souhaiterais être considérer tendrement par quelqu'un qui s'occuperait de moi avec amour et compréhension, pour devenir quelqu'un présentant les mêmes symboles externes que ceux-là mêmes que j'avais identifiés comme étant sexys et super-féminins? La réponse est certainement: Oui, moi aussi, j'estime aussi avoir des besoins d'être considéré avec tendresse, d'être compris sans avoir de manière permanente le besoin d'être celui qui montre le chemin. Mais pas de façon maternelle; j'ai horreur d'être materné. Cela sonne comme sortant de la bouche d'une femme, n'est-ce pas? Et à cet égard, je dois avouer que j'attends vaguement d'une femme qu'elle amorce elle-même le processus de flirt, pour changer, mais suis en quelque sorte déstabilisé quand cela arrive. D'autre part, je considère toujours mon engagement dans un rapport avec une femme de cette façon: l'attention tendre et amoureuse de la dame qui m'accompagne et avec laquelle je fais l'amour, mais pas d'une façon paternelle non plus. Une de mes petites amies m'a quitté pour cette raison, parmi d'autres: j'étais peut-être un peu trop tendre et attentionné, pas assez macho, vous voyez, mais étrangement précisément c'est cette raison qui l'avait initialement attirée vers moi...

Pour être vraiment, profondément, totalement, honnête avec moi-même, je n'ai jamais ressenti d'attraction sexuelle vis-à-vis des hommes ou des garçons, même amputés. Je suis positif à ce sujet. Et je suis certain de ne pas dire çà uniquement parce que j'aurais honte d'admettre être un homosexuel. J'ai quelques homosexuels dans mes proches relations dont l'un est décédé il y a quelques années de la grande maladie avec un petit nom et je n'ai jamais ressenti de dégoût envers les homosexuels, ni quelqu'attraction particulière du reste. Mais je suis positivement révulsé à l'idée de m'accoupler avec quelqu'un de mon genre. (Aucune offense pour ceux qui le sont)

D'autre part, le genre envers lequel je suis attiré est positivement féminin, qu'il ait l'air masculin ou non. Aucun doute à ce sujet non plus.

Et voilà la cerise sur le gâteau: je suis aussi passablement intéressé par le fantasme de femmes faisant l'amour entre elles, par les relations de lesbiennes, pour dire le mot. J'ai l'intuition que seules les femmes peuvent comprendre la libido profonde de la sexualité féminine et se fournir mutuellement la tendre attention amoureuse satisfaisante et excitante. Je pense que les échanges homosexuels sont beaucoup plus fréquents parmi le genre féminin et cela ne qualifie pas celles qui les pratiquent comme étant lesbiennes, à la condition qu'elles aient également des relations sexuelles satisfaisantes avec des hommes, ce qui n'est pas, à ma connaissance, réversible aux hommes. Ceci pour dire que je suis particulièrement intéressé et impliqué dans la satisfaction de la libido de la femme et de ses besoins sexuels (et de ses autres besoins aussi, évidemment) et c'est une des questions principales de mes relations avec une femme. Mais étant un homme, je soupçonne que je ne serai jamais capable de vraiment comprendre ce que c'est d'être une femme. Voilà, c'est cela, pour moi, la même chose s'applique à la compréhension de ce que c'est d'être amputé: un mystère aussi puissant que celui d'être une femme quand on est un homme (Et vice versa, j'imagine).

Pour l'homme, la femme est l'inconnu ultime, l'étrangeté totale, quelque chose qui, quoique la science inventera, restera toujours quelque chose qu'aucun homme n'expérimentera jamais. Et à nouveau, l'inverse est probablement vrai. Et si l'attraction envers les femmes amputées est une attraction envers un symbole puissant de super-féminité, "le membre" manquant, et parce que la féminité est en soi très fascinante, alors je suggère que désirer devenir un amputé moi-même est probablement une tentative désespérée quoique réalisable de comprendre ce qu'être une femme signifie quand on est un homme.

Serais-je une sorte d'"homme féminin", si cela existe? Je ne suis certainement pas du type macho. Est-ce possible sans être homosexuel? Je crois certainement que la réponse est oui. Je soupçonne aussi que cela explique pourquoi je suis un fervent ET un aspirant.

Peut-être que notre monde serait plus facile à vivre si nous pouvions sortir du tabou que nous, les hommes, avons également quelques besoins féminins, pour changer. J'en arrive à conclure que nous pourrions être beaucoup plus en l'équilibre avec nous-même si nous pouvions exprimer cela dans nos relations intimes avec les femmes; c'est à dire: ne pas avoir à jouer ce jeu macho tout le temps. Je crois que ce dernier paragraphe s'applique au genre masculin en général, fervent et-ou aspirant ou pas.

Paul
J'ai développé certaines de mes réflexions dans l'article "Le handicap comme symbole de l'autre ultime".

Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

This site also exists in English  -  © OverGround 2017