OverGround : {BANNER_TITLE}
Page d'accueil
Quoi de neuf?
Politique et mission
Articles
Ressources
Glossaire
Foire aux questions
Nous contacter
 

Articles

Théorie | Art | Témoignages | Articles

Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

Jumeaux : Une exploration de la moralité des sentiments des fervents

par J.

L'argument suivant a été élaboré pour démontrer à ceux qui sont dégoûtés par les sentiments des fervents, qu'ils sont, en fait, dégoûtés par les personnes qui ont un handicap physique et c'est seulement parce qu'ils sont dégoûtés par de telles personnes qu'ils peuvent être dégoûtés par les sentiments des fervents.

Supposons qu'il y ait deux soeurs jumelles, Isabelle et Françoise, accomplies et bien éduquées, généreuses et attentionnées, identiques en tous points sauf un: Isabelle est une amputée. Des deux, je trouverai Isabelle la plus attirante, mais la plupart des gens trouveront le contraire; et parce que mon avis diffère du leur, ils le trouveront étrange, mystérieux même. Mais il ne dégoûtera les autres que s'ils estiment que le handicap d'Isabelle l'ait d'une façon ou d'une autre rendue répugnante, la disqualifiant d'être une partenaire désirable pour quiconque sauf un pervers, parce qu'il n'y aurait rien de répugnant dans mon attraction envers Françoise et la seule différence entre les deux est qu'Isabelle est une amputée.

Au coeur du dégoût doit se trouver la croyance que son handicap rend Isabelle répugnante de quelques façons. Je ne crois pas qu'il soit vrai que le handicap physique rende une personne répugnante et je ne crois pas que quelqu'un puisse produire un argument logique pour supporter la croyance que ce soit le cas. Si l'on soutient que mes sentiments sont répugnants et qu'il n'y a rien de répugnant en Isabelle, cela implique la chose suivante : je suis attiré par Isabelle, Isabelle n'est pas répugnante et donc, il ne peut y avoir aucune raison pour laquelle je ne puisse pas être attiré par elle, ainsi, il ne peut y avoir rien de mal concernant mes sentiments d'attraction et donc je ne peux pas être répugnant.

Ainsi, si vous croyez que les fervents sont répugnants cela entraîne logiquement que vous croyez que les amputées doivent aussi l'être.

Supposons qu'il y ait deux frères jumeaux, identiques en chaque vertu masculine et en tous points sauf un : Jean partage mes sentiments vis-à-vis des femmes amputées, mais pas son frère Gilles. Pour Jean, tout en Isabelle est adorable, pour Gilles tout en Isabelle est adorable sauf le fait qu'elle est une amputée. Puisqu'elles sont indiscernables en tout, sauf leur nom, les sentiments d'Isabelle envers elle-même détermineront qui elle préférera. Si la valorisation qu'elle a d'elle-même n'est pas atteinte par son handicap elle préférera Jean, mais s'elle l'est, elle trouvera aussi les sentiments de Jean étranges, mystérieux, peut-être pervers, voire répugnants et préférera Gilles.

C'est un scénario de conte de fées conçu pour illustrer les choix disponibles à une femme amputée confrontée à un aspirant fervent. Bien sûr, la femme aurait préféré ne pas devenir physiquement handicapée, de même que le fervent, mais le handicap est irréversible et aussi bien l'amputée que le fervent doivent vivre dans les limites que la vie impose.

La question que je pose est la suivante : Qu'est-ce qui est répugnant en principe des sentiments de Jean et de sa cour envers Isabelle, ou de mes sentiments? Isabelle devrait-elle préférer Gilles qui l'accepte malgré son handicap, à Jean qui jouit de chacun de ses aspects? Je ne crois pas qu'elle le devrait; une attraction sans réserve me semble avoir plus de valeur que l'acceptation réticente. Mais certains, et même peut-être beaucoup d'handicapés pourraient ne pas être d'accord et Isabelle également.

Pourquoi, alors, Isabelle pourrait-elle préférer Gilles? La réponse est aisée. Certaines personnes physiquement handicapées ont honte de leurs corps détériorés. Ils appartiennent à cette classe de personnes qui trouvent le handicap physique répugnant et le fait qu'ils aient eux-mêmes un handicap signifie qu'ils sont dégoûtés par eux-mêmes. Certains sont en colère de ce qui leur est arrivé et certains, même si le handicap n'est en rien de leur faute, se sentent coupables de ce qui leur est arrivé. De telles personnes ne sont pas heureuses et ne seront pas disposées à accueillir favorablement les attentions des fervents. En se méprisant, ils auront tendance à mépriser ceux qui les trouvent attirants et n'estimeront que les attentions de ceux qui ressentent un dégoût égal et ils ne tomberont amoureux que malgré le handicap physique. Peut-être que ces personnes dans leur compromis avec le dégoût, la colère, la culpabilité, peuvent être satisfaites. Mais avec le support, le dégoût peut être surmonté, la colère purgée, la culpabilité apaisée, et elles pourraient en venir à s'estimer comme l'égal du valide.

La réadaptation devrait aider les gens à résoudre ces émotions, mais malheureusement ce n'est pas souvent le cas et en fait, peut même agir pour les renforcer, en fournissant des aides dont les fonctionnalités sont limitées par le compromis avec l'esthétique, comme si le handicap était quelque chose de honteux, qui doit être caché autant que possible. En même temps que le rétablissement d'autant de fonctionnalités physiques que possible, la réadaptation doit aussi soutenir la personne handicapée dans le recouvrement du sens de sa valeur personnelle et de sa résolution du dégoût, de sa colère et de sa honte. Et avec une telle résolution, celles qui sont physiquement handicapées en viendraient à s'estimer suffisamment en tant que personne et en viendraient à accueillir les sentiments sans réserve d'attraction des fervents.

Avec un tel appui, Isabelle et Jean pourraient tomber amoureux et vivre heureux pour toujours.

Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

This site also exists in English  -  © OverGround 2017