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Qu'y a-t-il de mal à collectionner des images?

par J.

Sur ma table devant moi il y une photographie. Elle n'a rien de spécial; ce n'est juste qu'une photo issue de ces millions de copies couleur fabriquées en série, de la sorte de celle qu'on obtient quand on prend ses photos de vacances au labo et qu'on ne demande rien de spécial concernant son traitement. Elle montre une jeune femme avec des cheveux blonds. Elle porte un maillot de bain vert d'une seule pièce et elle est debout dans l'embrasure menant à la cuisine d'une maison ordinaire. Elle a l'air plaisant, fin de la vingtaine ou début de la trentaine, pas remarquablement jolie, juste une femme ayant un air plaisant. Si l'on regarde un peu plus soigneusement on pourrait penser que peut-être elle est un petit peu rondelette au niveau des hanches et que le maillot de bain lui va plutôt légèrement autour du buste. Elle ressemble à une fille agréable et elle a un beau sourire. On peut dire par son sourire que la personne prenant sa photo est son petit ami. Ses cheveux ont un air glacé, fraîchement lavés et elle porte un peu de maquillage autour des yeux. On peut dire qu'elle a pris un certain temps pour se donner un air agréable. Ce n'est pas un instantané spontané: c'est quelque chose de plus significatif. Elle est debout le dos à demi tourné vers nous et elle regarde vers l'appareil par-dessus son épaule droite. Les doigts de sa main gauche reposent légèrement sur le montant le bord de la porte. Elle porte une sandale à hauts talons à son pied droit et bien sûr elle n'a pas de pied gauche: sa jambe gauche a été amputée à mi-cuisse. Sa pose dissimule presque complètement son moignon: on peut juste discerner le bord arrière et la courbe de son extrémité. À gauche de la porte, s'appuyant contre le mur il y une béquille blanche.

La photo elle-même n'est pas en particulier bonne: elle a été prise en employant le flash incorporé à l'appareil et les ombres aux bords durs sont portées directement derrière elle. Le photographe a eu de la chance d'éviter l'effet de l'oeil rouge. Une chose pourtant fait que cette photo est peu commune: je ne sais rien de cette fille et la photographie m'a été envoyée comme un échantillon, l'une parmi tant d'autres que je pourrais collectionner si j'avais été enclin à le faire. Le taux en vigueur pour de telles photographies semble être environ 2$ l'unité. C'est une de ces redoutées photographies dont OverGround refusent noblement de faire la publicité ou d'avoir quoi que ce soit d'autre à voir parce qu'il y aurait quelque chose de moralement mal à le faire. Je ne suis pas convaincu. Cela soulève la question: Qu'y a-t-il de mal à collectionner des images?

Pour répondre à cette question il est nécessaire d'identifier les sortes de gens impliqués dans la production de photographies et de vidéos pour des fervents, et évaluer les coûts et bénéfices de chaque personne impliquée. Je crois qu'il n'y a aucune différence en principe entre la production de photographies et de vidéos donc je me limiterai à la discussion de la production de photos.

La vente des photographies des femmes amputées est un cas particulier du phénomène de la vente d'images de n'importe quels types de femmes. Si on peut démontrer que la vente d'images de femmes est inacceptable en principe alors il s'en suit automatiquement et sans autre argumentation que la vente d'images de femmes amputées est également inacceptable. En fait, j'irais plus loin que cela et suggérerais que tout autre critère soit indéfendable. J'ai argumenté par ailleurs qu'il était tout à fait mal pour des gens sains de traiter ou de considérer les handicapés différemment des autres personnes, sauf dans les aspects de la vie courante qui sont directement affectés par leurs handicaps.

La première chose qui doit donc être discutée est la question générale de la moralité ou de l'immoralité de vendre des images de femmes. Il n'y a aucun doute que beaucoup d'hommes aiment regarder des images représentent des femmes sexuellement disponibles et bien que quelques magazines pour femmes soient actuellement publiés, il semble y avoir beaucoup moins d'intérêt parmi les femmes qu'il y en a parmi les hommes. Je crois qu'il y a d'incontournables raisons pour lesquelles les hommes oridinaires trouvent de telles images intéressantes et ce, plus que les femmes trouvant interressantes les images d'hommes sexuellement disponibles.

Il y a un très grand choix de magazines pour les hommes publiant de telles images et ensemble ils satisfont une énorme variété de goût. La particularité la plus remarquable est que des magazines différents s'adressent à des hommes de classes sociales différentes, ou, pour être plus précis, à des hommes qui rêvent de filles appartenant à des classes sociales particulières. Dans certains d'entre eux, les modèles sont dépeints comme des filles du prolétariat, dans d'autres, de la bourgeoisie ou même des filles de la classe supérieure. Les filles sont habituellement photographiées dans des positions qui exposent leurs seins et leurs organes génitaux et la classe sociale est indiquée par les paragraphes de texte qui accompagnent inévitablement les images et par les accessoires et le décor inclus dans ces images. Pour le curieux, il est intéressant d'acheter un échantillon de ces magazines parce qu'ils fournissent une vue imprenable sur l'identité du mâle britannique. Le schéma remarquable est que les filles sont toutes minces, et plus haute est la classe sociale de l'acheteur cible, plus grands et minces sont les modèles choisis. (Bien sûr, nous sommes bien au-dessus de ces sortes de choses, ou si nous ne le sommes pas nous nous en tenons bien calmes.) Ainsi, si l'on rêve de Sharon on achètera un tel magazine et si l'on rêve de Lucinda, un autre. Ces magazines sont librement disponibles et aussi déshonorant qu'il soit de les publier, ce n'est pas illégal. Ils sont condamnés par deux groupes de puritains, le Mouvement Féministe et les Chrétiens, mais la plupart des personnes soit les ignorent soit les tolèrent. J'en arrive à la conclusion que si vraiment il est immoral de les tolérer, l'on doit aussi considérer l'impact que de tels magazines ont sur plusieurs groupes de gens incluant les modèles, les gens impliqués dans le processus de publication et les acheteurs.

Les modèles sont presque exclusivement de très jeunes femmes. Elles sont payées pour se déshabiller ou pour porter quelque type particulier de vêtements, et peut-être pour entreprendre quelqu'acte qu'elles n'auraient pas fait autrement et pour être photographiées ce faisant. Il peut y avoir un élément de contrainte, et dans ce cas le processus de photographie pourrait être immoral, en cela qu'une fille peut être amenée à entreprendre devant la caméra des actions qu'elle n'aurait peut-être pas voulu faire dans d'autres circonstances. En général, personne ne force directement une fille à enlever ses vêtements et à se laisser photographier. Il peut être argumenté que des filles peuvent être forcées dans le modelage de la même manière qu'elles peuvent être poussées de force à se prostituer. Mal équipée par la société pour gagner sa vie par d'autres moyens, une fille pourrait profiter de son apparence et s'en faire autant d'argent que possible. Il peut encore être argumenté qu'il est immoral de gagner sa vie simplement en étant quelqu'un plutôt qu'en travaillant comme la plupart d'entre nous y est contraint. Ce n'est pas tout à fait la même chose que d'être un roi parce qu'un modèle doit au moins disposer de la beauté physique qui le qualifie pour la vocation, mais à part çà, c'est presque la même chose: on est payé pour être soi et pas pour ce qu'on fait. Il pourrait être discuté qu'il est immoral d'accepter une vie échue d'un hasard chanceux, mais cela n'arrête pas des milliers de gens de parier sur les résultats du football chaque semaine dans l'espoir d'atteindre ce but précis. Les féministes soutiennent que les femmes ne doivent pas rendre leurs images disponibles aux hommes de cette manière parce qu'une femme le faisant se présente, et par assimilation, toutes les autres femmes également, comme un produit sexuel. Ils ajoutent qu'en étant un modèle elle souligne les aspects inéluctablement physiques du sexe en ouvrant son image aux hommes. Les féministes veulent souligner que d'autres aspects de la femme sont importants. La question la plus importante est: Les modèles sont-ils blessés? Certaines ont été blessées physiquement, en subissant l'augmentation de la poitrine ou d'autres procédés inutiles de chirurgie esthétiques, mais un modèle qui résiste à une telle pression n'est probablement pas blessé matériellement. Un modèle qui n'est pas payé assez peut chercher une autre sorte d'emplois. Moralement blessée? Peut-être. Un modèle peut devenir excessivement concerné par son aspect et peut être amené à penser qu'être un produit sexuel est un status désirable. Rétrospectivement, des années plus tard, elle peut en venir à avoir honte de ses indiscrétions. La pierre d'achoppement est: "seriez-vous fiers d'être un modèle vous-mêmes?". Ou "Voudriez-vous que votre fille soit un modèle? " et dans mon cas je pense que non, mais alors je ne voudrais pas non plus que ma fille soit un mannequin ou une actrice.

Le deuxième groupe à considérer est celui des clients. Sont-ils blessés? Dans quelques magazines les femmes sont soigneusement préparées: les jambes sont rasées, le maquillage est appliqué par des experts, les cheveux sont soigneusement préparés. Toutes les techniques présentationelles du photographe publicitaire sont alors employées pour rendre le produit appétissant; et quand la photo est prise, dans la chambre noire, les grains de beauté peuvent être peints, des yeux éclaircis, les dents blanchies. Certaines des images sont si manipulées que les modèles semblent avoir été pulvérisés d'un mince film de vernis donnant un effet qui ferait ressembler une poupée Barbie à un garçon manqué. Parce qu'ils se voient dénier l'accès sexuel aux filles, beaucoup de garçons adolescents se forment l'idée de ce que les femmes sont par ces représentations aussi glacées et artificielles. Pour eux, découvrir les femmes réelles, qui transpirent parfois et répandent une (merveilleuse) odeur de femme, qui ont des poils poussant sous les aisselles, sur les bras et les jambes, et parfois peut-être, un ou deux cheveux au bord de l'aréole, ou une faible moustache, pourraient leur faire comme un choc. Les images artificielles sont des stimulants pour le fantasme et le fantasme mène dans de nombreux cas à la masturbation. Un lecteur compulsif de tels magazines pourrait en venir à préférer le fantasme sexuel, et la détente qui s'ensuit, stimulé par les images, aux rapports sexuels avec d'autres personnes "moins que parfaites". Je n'ai aucune objection morale à cela, mais je pense qu'il est valable de découvrir par soi-même si le comportement autosexuel est plus agréable que le comportement allosexuel.

Le troisième groupe, celui des fournisseurs, tombe dans deux sous catégories. Il y a ceux qui sont commercialement motivés et il y a les réformateurs sexuels. Il n'y a pas grand chose à dire du premier groupe: ils fournissent un produit pour lequel il y a un marché. Le deuxième groupe est assez petit et pas toujours séparable du premier. Une publication qui combine les éléments des deux est le magazine Forum qui publie des conseils d'experts en problèmes sexuels aussi bien que des fictions et des articles conçus uniquement pour le divertissement. Il publie de temps en temps des photographies mais elles diffèrent sensiblement des photos habituelles de femmes dans les autres magazines.

La conclusion générale à laquelle on est forcé de venir est que l'entreprise entière est plutôt miteuse et les gens, seraient dans l'ensemble moralement plus confortables s'ils n'y participaient pas. Et si la publication de photographies de femmes amputées relevait de la même sorte d'activité alors la politique d'OverGround serait la bonne. Je soutiendrai que la politique peut être erronée dans quelques circonstances. Retournons à la photographie de la fille en maillot de bain.

Il n'y a aucun artifice commercial dans la prise et la présentation de cette photographie. C'est juste une fille ordinaire et elle s'est fait prendre en photo par son petit ami. Pour sûr, elle a probablement enfilé le maillot de bain spécialement pour la photographie et s'est faite aussi belle que possible; mais il n'y a aucune suggestion d'immodestie sexuelle, aucune suggestion de mise en scène; dans son manque de sophistication il y a l'intégrité. La première question à se poser est: cette fille est-elle exploitée d'une quelconque manière ou est-elle blessée par la publication de sa photo? Je ne crois pas qu'elle le soit. Une particularité commune des récits que des personnes font de leur expérience de l'amputation est que leur respect de soi est atteint et qu'ils perdent leur confiance en eux en ce qui concernes les questions sexuelles. Voici une fille rassurée tout d'abord par son petit ami du fait qu'elle est attirante et ensuite par la pensée que sa photo pourrait être collectionnée par d'autres gens, des étrangers, parce qu'ils pensent qu'elle leur semble attirante et cela peut simplement la rassurer qu'elle n'a aucune raison d'estimer disqualifiée de l'admiration des autres. Peut-être était-elle embarrassée d'autoriser la vue de son moignon. La pose le laisse presque complètement dissimulé. Qui peut dire? Peut-être qu'une admiration de la sorte qu'elle sait pouvoir recevoir pourrait lui permettre de se sentir plus en confiance à la piscine ou à la plage. Je ne crois pas qu'elle soit blessée et je n'objecterais pas que étrangers voyent une telle image de ma femme, de ma soeur, ou de ma fille.

L'acheteur: en quoi est-il affecté? L'acheteur est dans une position presque identique que celle de l'acheteur de magazines. Il achètera la photographie parce qu'il la trouve excitante et parce qu'elle lui fournit le matériel qu'il peut inclure dans ses fantasmes. L'acheteur de la photographie diffère de l'acheteur typique de magazine sur deux points: il n'a probablement jamais eu l'occasion de rencontrer et de lier amitié avec le type de femme envers qui il est le plus fortement attiré. Je peux avoir de la sympathie pour lui. J'ai cherché cette amie spéciale pendant des années, sans aucun succès, et la solitude et la conscience de l'échec de réaliser ce but rendent les palliatifs acceptables; et la deuxième différence est que beaucoup de personnes sentent qu'être attiré par les femmes qui sont amputées est en soi soit mal ou pire, malsain, et inhibe la tentative de vouloir former un rapport avec une partenaire potentielle même s'il s'avérait possible de le faire. De tels hommes, quoique menés par les mêmes désirs, trouveront dans le fantasme la seule façon de satisfaire leurs alanguissements.

Finalement, le producteur, le petit ami qui a prit la photo, est fier de sa jolie petite amie et la vente de la photographie peut lui faire un peu d'argent de poche, ou si la photographie est vendue par l'une ou l'autres des organisations quasi charitables qui les distribuent, ils auront la satisfaction de savoir que les profits ainsi obtenus seront employés au bénéfice d'autres amputés.

Personne n'a été blessé ou dégradé dans la production et la publication de cette photographie. Personne n'a agi immoralement, ainsi: qu'y a-t-il de mal à cela? Rien; et il n'y aurait rien de mal dans la publicité pour une telle photographie et rien de mal à sa vente non plus. Ainsi, la réponse à la question: Qu'y a-t-il de mal à collectionner des images? est: Rien.

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