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Pourquoi les fervents se comportent-ils parfois si mal?

par J.

Quand j'ai fait état qu'un fervent n'est pas nécessairement une personne répugnante, j'essayais de persuader deux communautés en même temps. Beaucoup de fervents estiment qu'ils sont eux-mêmes répugnants : beaucoup d'amputés croient que les fervents sont des gens répugnants. Ce que j'ai démontré, c'est que les fervents ne sont pas répugnants par définition. Cependant, ce que certains fervents font, en pratique, suscite effectivement le dégoût. Deux sortes d'activités semblent être particulièrement répugnantes : l'une est la collection de matériel : les photographies d'amputées et leurs histoires; et l'autre est l'espionnage des groupes de discussion et et d'autres endroits où ils sont importuns.

Quelques fervents peuvent avoir honte de leurs sentiments, ou pour d'autres raisons, peuvent être incapables de les satisfaire de la façon évidente qui serait celle de chercher une amie ou compagne comme l'incomparable Isabelle. Pour eux, une manière de désamorcer le conflit entre ce qu'ils voudraient faire et ce qu'ils sentent devoir faire, consiste à substituer le fantasme à l'action en collectionnant les images de femmes amputées, en lisant et écrivant des histoires romantiques ou érotiques les mettant en scène, en échangeant un tel matériel avec d'autres fervents, ou même seulement en parlant à d'autres fervents de la beauté physique et de la désirabilité de ces femmes.

Ce comportement peut sembler déconcertant et étrange de prime abord, mais en substituant les mots "femmes" par "femmes amputées" et "hommes" par "fervents" et le comportement décrit devient pleinement celui d'adolescents torturés par le désir sexuel dans une société qui leur donne peu d'occasion d'exprimer leur sexualité et leur apprend rien du tout ou si peu de l'amour.

Le comportement de collecte des fervents a été critiqué comme étant répugnant, mais ce n'est en principe aucunement différent du comportement de collecte de l'homme qui souscrit à Playboy, qui ne jette pas ses vieilles copies et qui permet à ses copains de les lire. Si l'on peut croire que le collectionneur de Playboy est inoffensif alors on est logiquement enclin à croire que le fervent qui collectionne et fait circuler le matériel qui l'intéresse est également inoffensif. Bien sûr, on peut estimer que les deux types d'hommes se comportent horriblement : mais dans ce cas on ne peut pas logiquement conclure que le fervent est moralement plus mauvais que le collectionneur de Playboy. Autrement dit, s'il est répugnant il l'est parce qu'il est un collectionneur et pas parce qu'il est un fervent.

Les fervents qui n'ont pas honte de leurs sentiments veulent trouver des amies et des partenaires. Heureusement, la catastrophe de devenir une amputée est relativement rare, mais cela signifie qu'il est peu probable que les fervents rencontreront des amputées par hasard. Donc, les fervents doivent aller les chercher et un des endroits pour chercher c'est dans les groupes de discussion où ils se dissimulent pour épier (encore un mauvais comportement de fervents...) Parfois, un plus hardi fera plus qu'épier: il postera un message et cela provoquera assurément une réplique irréfléchie et une petite escarmouche incendiaire s'ensuivra qui ne fera aucun bien à personne.

Une raison de le faire, c'est que les groupes de discussion où les amputés se rassemblent sont des groupes de support mutuel partageant les informations sur les moyens de contourner le handicap physique. Par ce fait, on ne souscrit pas à ces groupes à moins d'être concernés par les problèmes du handicap et donc les abonnés sont probablement parmi ceux qui sont les moins compatissants de tous envers les fervents. Si un dame estime qu'être une amputée la fasse laide et handicapée, il est peu probable qu'elle soit compatissante envers quelqu'un qui affirme que pour lui cela la rend particulièrement attirante, ou croire même qu'il lui dise la vérité. Et s'il la dit, alors il doit y avoir quelque chose de bizarre en lui et elle ne pourrait jamais s'arrêter un instant et se demander si cela pourrait la rendre plus heureuse d'être considérée comme plus attirante plutôt que moins.

La querelle qui surgit est une réminiscence de ce qui arriva quand j'étais adolescent. Je fréquentais une école de garçons attenante à une autre pour les filles. Alors que les garçons avaient grandi, nous nous sommes mis à rôder à proximité de l'entrée de l'école des filles, l'après-midi pour les regarder s'en retournant à la maison. De temps en temps, un des jeunes gens, plus téméraire, criait un commentaire, probablement quelque chose censé être intelligent ou plein d'esprit, quelque chose pour attirer l'attention sur lui, et le silence lui répondait, une réplique écrasante, ou intensifiée par un échange de sifflets.

Les fervents épiants sont pareils à ces adolescents. Une fois que l'on fait abstraction du préjugé que les garçons (désolé, les fervents) sont des créatures répugnantes, on peut alors comprendre pourquoi ils épient aux portes des écoles de f... je veux dire dans les groupes de discussion, et quand on y pense, c'est tout à fait flatteur, vraiment, et l'un ou l'autre d'entre eux pourrait même s'avérer être tout à fait agréables après tout... Et si vous êtes amicaux peut-être arrêtera-il d'épier et se comportera mieux.

Voilà pourquoi certains d'entre nous sont des collectionneurs et pourquoi certains d'entre nous épient : nous ne sommes ni plus ni moins répugnants que d'autres hommes et certains d'entre nous peuvent même s'avérer être des compagnons tout à fait agréables ou des correspondants.

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