OverGround : {BANNER_TITLE}
Page d'accueil
Quoi de neuf?
Politique et mission
Articles
Ressources
Glossaire
Foire aux questions
Nous contacter
 

Articles

Théorie | Art | Témoignages | Articles

Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

Un cas de mauvais traitement

par K.

Lorsque j'ai discuté pour la première fois avec Margaret Child de la rédaction de cet article, je n'étais pas très sûr de la façon dont j'allais m'y prendre. Ce qui suit décrit ce qui m'est arrivé lorsque j'ai décidé de parler de mes sentiments au corps médical. Je considère le traitement que j'ai reçu comme épouvantable, non-pas par manque de ressources, mais par peur et manque de compréhension de la part de ceux principalement impliqués dans mon taitement. En temps que telle, j'espère, pour les autres, que mon expérience soit unique. Mais ce qui m'inquiète c'est que je suis sûr qu'elle ne l'est pas. Je ne ferai aucune excuse concernant le degré de cynisme qu'il m'en reste envers ceux qu'on appelle avec euphémisme "les professions qui ont objet de soigner". Toutefois, pour être juste, mes expériences plus récentes ont légèrement altéré cette opinion.

J'ai maintenant trente ans et j'ai été ce qu'on appelle aujourd'hui un aspirant depuis bien plus que vingt ans. Depuis l'âge de cinq ou six ans, j'ai le désir de voir ma jambe gauche amputée au-dessus du genou. J'ai vécu avec cela jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, n'en ayant fait part à personne. À ce moment, j'ai décidé d'en parler à mon épouse car le secret et l'isolement que cela imposait commençaient à être intolérables. Je lui ai dit et elle a bien réagi, vraiment compréhensive, plus que j'étais en droit d'espérer. Elle m'a encouragé à rechercher une certaine forme d'aide, de compréhension et peut-être même de traitement; et c'est également ce que je souhaitais. Cela peut paraître très naïf, mais après en avoir parlé à quelqu'un pour la première fois, je ne savais pas quoi faire, où aller, ou quoique ce soit d'autre concernant mon état.

En conséquence de quoi j'ai rendu visite à l'équipe de santé de la communauté locale. Ils furent bien. Ils n'ont pas prétendu comprendre, mais, au moins, ils ont été honnêtes à ce sujet. Après quelques semaines, cela a réellement commencé à me déprimer et je ne savais vers qui me tourner. Je me dois d'ajouter qu'à cette époque j'avais réorienté ma carrière et avais déménagé, de sorte que le niveau de stress était évidemment assez élevé. Finalement, l'infirmière que je voyais à l'équipe de santé de la communauté m'a persuadé de me faire admettre à l'institution locale pour malades mentaux comme patient volontaire.

A partir de là, les choses ont commencé à se détériorer très rapidement. L'équipe d'infirmières était bien et même les internes l'étaient. J'étais déprimé. C'est à peu près tout ce qu'il y avait à ce moment-là et tout ce dont j'avais besoin était un soutien. Je me rappelle très clairement avoir répété plusieurs fois que je savais que mes sentiments étaient irrationnels mais que je souhaitais simplement qu'on me dise que je n'étais pas bizarre et que vraiment j'allais bien mais que j'avais juste besoin d'un peu d'aide. Le consultant pourrait me dire et me dirait ce qui n'allait pas en moi mais il pourrait également faire quelque chose pour moi. Il souhaitait me traiter aux électrochocs (ECT Electro Convulsive Therapy), ce que j'ai refusé. Il a alors décidé de m'administrer certaines drogues. J'ai toujours été suspicieux aux sujets des drogues susceptibles d'altérer l'état mental, mais il m'assura que ce que je recevais n'était qu'une médication douce qui n'affecterait pas vraiment mon état de conscience. Je sais maintenant qu'il s'agissait d'un parfait mensonge.

Au moment même où je recevais ce traitement, j'ai été appelé à être le sujet d'une conférence de tous les médecins de l'hôpital du fait que mon cas était pour le moins inhabituel (autant pour la diminution de mon anxiété). Devant plus de vingt personnes il m'a été posé les questions personnelles les plus embarrassantes imaginables, et également certaines parmi les plus banales. Un docteur m'a même demandé : "Que feriez-vous si nous amputions la mauvaise jambe?" ce qui rencontra l'hilarité de ses collègues. Rien ne changea, et après un mois, j'ai été libéré sans explication, n'ayant reçu aucun autre traitement qu'un fort cocktail de drogues et aucune consultation en profondeur. La plupart du temps, j'étais dans un état de semi-stupéfaction.

Plus ou moins cinq mois plus tard, il m'est soudainement apparu au travers d'une brume l'état dans lequel je me trouvais lorsque j'ai essayé d'avoir une conversation avec un vieil ami et que je n'y parvenais pas. J'ai alors décidé que je ne prendrais plus de médicament et arrêtai sur le champ, malgré les protestations du consultant que je voyais lors de mes consultations de patient externe limitées à dix minutes tous les mois. Très rapidement, j'ai commencé à me sentir beaucoup mieux et, dans les six semaines, j'étais presque complètement revenu à une existence normale.

Quelques jours avant mon retour à mes études à l'université, la seule chose qui me gardait en mouvement, j'avais une consultation comme patient externe. J'ai décidé de ne pas y aller, mais à la dernière minute, j'ai changé d'avis déterminé à obtenir une quelconque forme d'explication de ce qui n'avais pas été en moi, maintenant que j'étais dans un état beaucoup moins vulnérable qu'avant. J'ai rencontré le consultant avec ma femme et l'infirmière qui m'avait traité lors de mon passage dans l'établissement et qui me connaissait maintenant en fait mieux que personne là-bas. Je lui ai fait passer un dur moment et je souhaitais qu'il me dise ce qui n'allait pas en moi. Il ne le pu. Je continuais à contester ses réponses (pour la première fois, j'étais en état de le faire) et finalement l'ai acculé. Il est entré dans une forte colère, me disant que je n'étais pas raisonnable, et sortit en coup de vent disant qu'il allait me faire admettre obligatoirement et me traiter aux électrochocs contre ma volonté si nécessaire. Sans doute sans surprise, j'étais très apeuré mais heureusement l'infirmière m'a défendu et me dit que je n'avais pas été irrationnel mais simplement ferme. Les deux personnes responsables de la décision de me faire interner rejetèrent l'idée très rapidement et je retournai chez moi avec la promesse d'entendre parler de quelqu'un dans les jours suivants qui essayerait de m'administrer une autre forme d'aide.

J'ignorais une chose à ce moment : juste avant que le consultant me rencontre il avait dit à ma femme qu'il ne croyait ce que je ressentais à propos de ma jambe. Il avait dit que j'avais inventé cela pour éviter de devoir aller à l'université. Lorsqu'elle m'a apprit la chose ma première réaction à été de colère. mais dans les secondes qui suivirent, elle s'est transformée en désespoir absolu. J'ai pleuré pendant des heures entières pendant des jours. J'avais été rempli de drogues, sujet à un interrogatoire public humiliant, isolé, traité aux électrochocs sur lesquels je n'avais aucun contrôle par un homme qui ne me croyait même pas! Cela me meurtrissait incroyablement.

La promesse d'un traitement consécutif ne s'est réalisée que près de trois mois plus tard, lorsque je reçus une brève mais ferme sommation à me rendre à une consultation comme patient externe avec le même homme. Comme je n'avais pas l'intention de m'y rendre, je répondis en posant certaines questions au sujet de mon traitement. Il ne répondit pas, ce qui m'enragea. J'ai donc écrit directement à l'autorité compétente demandant une réponse. Finalement, j'eu une réponse élusive m'assurant que toutes les enquêtes avaient été menées et que tout était en ordre, mais elle évitait soigneusement de me donner des réponses aux questions que j'avais posé. J'écris, encore et encore, mais à chaque fois ils éludaient les sujets spécifiques que j'avais soulevés. Finalement, après plusieurs mois, je leur ai donné l'ultimatum d'expliquer soit à moi ou soit à quelqu'un d'autre ce qui n'allait pas en moi. Mais à ce moment, j'étais convaincu que le traitement que j'avais reçu n'avait pas été aussi bon qu'il aurait du être. Tout ce que je souhaitais, c'est que quelqu'un dise "désolé". Au plus ils m'ignoraient, au plus j'étais déterminé. Dans les deux jours de mon ultimatum, je fus invité à rencontrer le directeur de l'administration de la santé pour en parler. J'ai obtenu mes excuses, mais évidemment, ils refusèrent de me les mettre par écrit. À ce moment cela suffisait, mais maintenant il s'agit toujours d'une source de certaines douleurs. Ils ne peuvent même pas s'excuser en bonne et due forme. Si cela n'avait pas été si douloureux, et si j'avais eu les ressources nécessaires, j'aurais voulu obtenir plus, mais je sais à présent que je n'aurais pas réussi.

C'était il y a près de deux ans, et depuis lors les choses se sont grandement améliorées pour moi. J'ai toujours des moments difficiles à la fin de chaque année, mais ils sont plus dus à ce qui m'était arrivé qu'à l'aspect aspirant. Je crois qu'il y a plusieurs raisons qui ont fait que j'ai survécu, et à certaines étapes ce fut aussi sérieux que cela. L'un d'elle fut mon propre caractère, mais la plupart sont à mettre au crédit de ma femme et de deux amis proches qui ont tous été superbes, et je leur dois tous beaucoup. Le corps médical, lui, a fait beaucoup de dégât. J'aurais bien plus profité de simples conseils et soutiens que d'être le sujet de leurs propres desseins. À la base de tout, ils n'étaient intéressés que dans une condition possible, ils avaient oublié que j'étais une personne.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Depuis lors, certaines choses sont apparues à la lumière qui ont alimenté mon contentieux vis-à-vis du corps médical, m'autorisant à affirmer qu'elle est puissante, dangereuse, dans certains cas totalement incompétente, et par dessus tout virtuellement inexplicable. Au moment où j'avais été pour la première fois à l'hôpital et avais rencontré tous ces docteurs, j'étais en quelque sorte une première pour eux, et c'était en 1989. Beaucoup de ces individus se considèrent sans aucun doute comme éminents dans le domaine psychiatrique. Mais si cela est le cas, pourquoi aucun d'entre eux ne connaît les articles écrits par Dwight Dixon, John Money et d'autres, quelque temps auparavant, ou au moins pourquoi n'ont-ils pas fait ne serait-ce que l'effort de les trouver?

Depuis lors, j'ai rencontré la personne qui avait formé le consultant de qui j'étais le patient. Il me confirma que les procédures dont j'avais été le sujet n'étaient pas raisonnables. Le consultant avait décrit mon état comme ayant l'illusion que ma jambe n'était pas là. Ce qui est rigoureusement faux et prouve que durant toute la période où il m'a traité il n'a jamais réellement écouté ce que je lui disais.

Juste pour mettre un peu plus en avant la paranoïa dont vous pensez que je souffre, laissez-moi vous donner deux autres exemples des résultats potentiellement dangereux des réseaux médicaux.

Il y a quelque temps, j'ai approché une organisation de conseils très réputée. Ils pensaient qu'ils pourraient m'assister à long terme, mais devraient d'abord consulter un superviseur. Le superviseur rappela. Il était docteur et dit qu'ils ne pourraient pas m'aider et que je devais consulter mon généraliste. J'ai expliqué que mon généraliste, quoique me soutenant, avait admis qu'il ne pouvait m'aider mais cela n'eu pas d'effet : il a juste répondu "désolé".

Le second incident suit des lignes similaires avec une autre organisation de conseils. Lorsque la personne chargée de mon cas revint après avoir consulté son superviseur son attitude avait complètement changé. Après une heure d'une première interview, elle avait été très positive et pensait qu'ils pourraient m'aider. Lorsqu'elle revint elle fit marche arrière affirmant qu'ils ne pourraient pas m'aider. Lorsque je lui demandai pourquoi, elle me répondit que son superviseur avait pensé que ce n'était pas l'approche la plus efficace. Toutefois, elle avait involontairement mentionné le nom du superviseur. Je lui ai demandé de le confirmer et il s'est avéré qu'il s'agissait d'un de ces mêmes docteurs qui s'étaient si mal conduits dans le passé. En fait, ils ne m'ont pas seulement privé d'un traitement médical par leur manque de connaissance deux ans plus tôt, mais m'ont ensuite dénié les bénéfices et soulagement qu'un bon service de conseil aurait pu offrir.

Si j'ai quelque conseil que se soit à donner c'est d'une grande circonspection. Je crois que si vous avez à être impliqué avec la profession vous devez absolument être très clair sur le fait que vous n'êtes pas un cas unique. Faites en sorte qu'ils vous écoutent et comprennent clairement ce que vous dites.


Note

Depuis la rédaction de cet article le corps médical en Angleterre est devenu plus conscient des besoins des aspirants, en partie suite à la diffusion d'un programme en juillet 1994 qui a porté le cas des aspirants à l'attention du publique en général et de la profession en particulier. Un article intitulé "Les Aspirants à la Télévision" au sujet de cette émission a été publiée dans OverGround. Ce programme a attiré l'attention de certains membres du corps médical. En conséquence de quoi, OverGround a publié une invitation à tous les aspirants de participer comme sujets dans la recherche d'un psychologue et d'un chirurgien. Un témoignage d'un homme qui a accepté cette invitation a été publié dans OverGround : "Exploring The Wannabe Phenomenon".

Cet article par courriel Cet article par courriel Imprimer cet article Imprimer cet article

This site also exists in English  -  © OverGround 2017