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Contre le soit-soit-isme : une manière de trouver l'amie spéciale

par J.

Les statistiques médicales montrent qu'il y a environs 66000 amputés en Grande-Bretagne. Parmi eux, environ 52000 sont amputés de la ou des jambes. En termes les plus crus, cela réprésente un peu moins d'un amputé par mille habitants. De ceux qui ont perdu une jambe ou les deux, environ la moitié, soit 26000, a eu la jambe amputée au-dessus du genou. La grande majorité d'entre ceux-ci est constituée de personnes âgées qui ont perdu un membre à cause de maladies circulatoires. Une répartition détaillée par âges et par sexes des statistiques essentielles de la population Britannique des amputés est disponible, mais une évaluation brute soulignera qu'il est peu probable que plus de dix pour cent des 26000 amputés soient des femmes jeunes, disons 2600, et la proportion pourrait être aussi basse qu'un dixième de cela, soit 260 dans l'ensemble de la population. Prenons un chiffre moyen de 1000 pour toute la Grande-Bretagne. Maintenant, quelle proportion de jeunes femmes mariables ne sont-elles pas à chaque moment déjà engagées dans une relation à long terme? Mon estimation est que la proportion doit être autour de 5 pour cent. Une nouvelle estimation est que la plupart des personnes trouvent les femmes amputées beaucoup moins attirantes que le reste de la population féminine. Ainsi supposons qu'à tout moment 15 pour cent de la population cible soit disponible pour former un couple. Le total se réduit à environ 150. Il s'agit de chiffres assez crus, mais je crois que nous serions dans le juste en estimant que la population est probablement de plus de 15 et de moins de 1500. De manière générale, le fervent est confronté au problème de trouver une femme dans une population d'au moins 370 milles. Cet argument est développé dans le contexte de mon propre désir de rencontrer et d'offrir mon amitié à une femme qui serait parfaite pour moi. Pour d'autres personnes attirées par les membres d'autres groupes, les statistiques seront différentes, mais le problème reste le même. Une des particularités les plus importantes de la fervention est qu'elle est déclenchée par des personnes qui appartiennent à un très petit groupe, des personnes qui ne se rencontrent par hasard que très rarement.

Si une femme amputée veut trouver quelqu'un qui soit un fervent, ses problèmes sont du même ordre. Il n'y a aucune possibilité d'estimer la taille de la population d'hommes qui trouvent de telles femmes particulièrement attirantes. Peut-être que la seule preuve disponible pour son évaluation est de regarder les petites annonces dans Forum. J'ai l'impression purement subjective qu'il y a quelque chose comme quinze annonces de fervents cherchant des femmes amputées par annonce de femmes amputées cherchant un partenaire. Cette évaluation est extrêmement crue, mais c'est la seule solution à laquelle j'ai pensé pour deviner la taille de la population des fervents. Il n'y aura probablement pas plus de 50 fervents par amputée (Il n'y a vraiment aucun moyen d'être sûr), mais même s'il y en a autant, il reste extrêmement peu probable qu'une femme amputée rencontre par hasard un homme qui soit un fervent. Si le fervent et l'amputée doivent trouver le partenaire idéalement complémentaire, ils devront se chercher d'une manière systématique. En effet, la petite annonce d'un fervent sera probablement inutile, non seulement parce que les femmes à qui l'annonce est adressée vont probablement ne pas être tentées d'y répondre, en admettant même qu'elles l'aient vue, simplement du fait de la circulation limitée des périodiques spécialisés dans lesquels figurent de telles colonnes et qui autorisent que de telles références explicites puissent être faites de la recherche d'un ami qui soit un amputé.

Si le fervent doit trouver son amie spéciale, il doit aller la chercher dans le genre d'endroit où il est le plus susceptible de la trouver, c'est à dire, un endroit qui pourvoit particulièrement, voire exclusivement, aux besoins des amputés et c'est le seul endroit où il a une chance de la trouver. Le seul endroit pour sa recherche est donc le centre local de fabrication de prothèses. Dans ce cas, la recherche est vraiment directe. Tout ce que doit faire le fervent, c'est de trouver le prothésiste local et d'afficher un avis sur un panneau public. Dans une société ouverte ce serait facile. Tout ce qu'il doit faire c'est inscrire ses vertus et ses désirs et attendre que quelqu'un y réponde. Mais ce n'est pas aussi simple. Nous savons tous qu'il est très difficile d'admettre, même à ceux qui nous aiment et qui sont pourtant les personnes les plus habilitées à se rappeler nos vertus les plus conventionnelles, que nous trouvons les amputées attirantes. Il est difficile de s'approcher des étrangers constituant le personnel du centre de fabrication de prothèses et de leur demander la permission de poster l'avis. Les membres des professions "assistives" estiment souvent qu'ils ont un devoir de protéger les handicapés de l'exploitation. Cela peut s'étendre au sentiment qu'ils doivent protéger les handicapés des déprédations des non-conformistes "sains" qui auraient des projets sexuels les concernant. Les docteurs semblent avoir une vision normative particulièrement puritaine de ce que constitue le comportement sexuel approprié pour les handicapés physiques: aucun. Tout cela rend peu probable que le fervent utilise l'approche ouverte et s'il le fait, peu probable que l'approche ouverte soit acceptable par les autorités responsables (je ne sais pas. Je suppose que je devrais essayer. Il se fait seulement que je n'ai pas les tripes...). De toute façon, l'approche ouverte ne va probablement pas être couronnée de succès. Répondriez-vous à une petite annonce pour coeur solitaire épinglée par quelque type bizarre dans la salle d'attente d'un toubib?

Il ne devrait bien sûr n'y avoir aucune objection au souhait de prendre contact avec les amputées visées dans le but de mener une recherche sur le comportement vis-à-vis des handicapés, ou dans le cadre d'une campagne pour améliorer l'accessibilité des handicapés aux bâtiments publiques et aux endroits de divertissement, ou sous quelqu'autre prétexte que l'on pourrait expliquer comme ayant un rapport avec la responsabilité sociale. Il n'y a aucune objection au fait de prendre contact avec les handicapés physiques tant qu'ils sont traités comme des objets de recherche ou de compassion : il y en a que quand ils pourraient devenir les sujets de rapports amicaux, amoureux, voir même sexuels, des rapports qui sont perçus comme étant une menace de laquelle ils doivent être protégés. La question que l'on doit se poser est : doivent-ils être protégés? Mais c'est la mauvaise question. Aussi fort que l'on essaye de faire éclater le corset des conventions qu'il enserre toujours la pensée. La question n'est même pas : "veulent-ils être protégés?". La question est : "Voulez-vous être protégés?".

Le fait de prendre contact avec une femme amputée dans le but de se lier d'amitié avec elle peut se réaliser sous le prétexte de faire sa connaissance en temps qu'objet de recherche : "je voudrais vous parler de votre expérience, en temps que moins valide, de l'usage des équipements collectifs d'Edimbourg." dit James, les sourcils humides de transpiration, les yeux exorbités, à Jenny, une jeune femme unijambiste qui s'est offerte de participer à l'enquête. Et après que la discussion soit achevée : "Maintenant que c'est terminé, j'espère que vous ne refuserez pas, mais j'aimerais vraiment vous offrir une tasse de café...". Et voilà l'occasion de devenir amis; il se peut qu'ils ne le deviennent jamais, mais ils ont eu leur chance. C'est un scénario assez commun, incarné partout par de jeunes hommes haletants de luxure mal contrôlée, hypnotisés peut-être par une jolie poitrine sous un pull-over serrant : "... Non, vraiment, J'admire votre esprit..." dit John à Jane. Chacun comprend la différence entre ce que la société nous fait dire et ce que nous voulons dire. Et la dame, même si elle porte un pull-over qui lui va très bien, n'est pas un produit sexuel et préférerait vraisemblablement ne pas être perçue uniquement comme tel. Il est probable qu'elle préférerait ne pas être recherchée uniquement pour son corps, aussi joli soit-il et aussi agréable soit-il d'être admirée, mais aussi d'être aimée comme une personne, et peut-être même, être admirée pour son esprit. Et l'homme, bien que concerné surtout par le sexe à cet instant précis, admettra dans des moments plus calmes qu'il y a plus dans l'amour que la simple friction des corps, être heureux qu'elle ait une personnalité agréable, voir même admirer son esprit. Je suggère qu'il n'y ait aucune différence fondamentale entre les deux exemples : tous les deux sont moralement répréhensibles en cela que ce qui est dit n'est pas l'entière vérité. En fait, cela ne peut pas du tout être la vérité, mais la réponse de la société à leur comportement va probable être différente. Dans le premier cas, l'immoralité pourrait être perçue comme beaucoup plus grave que pour le deuxième. La tentative d'induire en erreur une femme handicapée est perçue comme plus grave que la tentative d'induire en erreur une femme qui ne l'est pas. Je ne crois pas que ce soit le cas. Si la femme était handicapée mentale, ce seraient tout à fait différent, mais la perte d'un membre ne va probablement pas affecter ses facultés mentales. Et bien sûr, la plupart des femmes sont assez éveillées pour ne pas être induite en erreur en premier lieu, et, en outre, les tentatives de ces hommes de les induire en erreur vont probable manquer de conviction. Des relations sociales concernées par les sujets sexuels sont toujours un contrepoint de ce qu'est dit et ce qui est signifié.

Il semble donc que le seul moyen que le fervent ait de prendre contact avec les femmes envers qui il est le plus fortement attiré soit par la déformation de son intérêt envers elles et ce n'est en principe en rien différent de la sorte de déformation d'intérêts que beaucoup d'hommes font de leurs intérêts vis-à-vis des femmes, particulièrement pendant la première période de la cour.

Les amputées sont dans une meilleure position pour trouver des fervents pour peu qu'elles le souhaitent. Les lecteurs de OverGround et de Fascination seraient enchantés de prendre contact avec elles, mais le problème éternel consiste en ce que les amputées dans l'ensemble ne trouvent pas le phénomène de fervention fort attirant et la première tâche du fervent sera de prouver que ses autres vertus compensent largement sa marotte bizarre et peu attrayante.

Pour éviter complètement la déformation de ce qui est considéré comme attirant, il faut jeter un oeil sur ce que je suggère de nommer le "soit-soit-isme" : c'est le point de vue que le fervent devrait artificiellement séparer en deux catégories distinctes son intérêt pour les femmes amputées pour, à un moment, être intéressé par elles soit uniquement comme les sujets de recherches sociales et anthropologiques, soit uniquement comme des sujets pour l'amour et l'amitié. La vie, je crois, est plus complexe que cela et les interactions sociales plus subtiles. Si John avait dit à Jane ce qu'il pensait, à savoir : "comment vos seins sont beaux... Je voudrais me retrouver nu devant vous immédiatement et faire l'amour ici...", il est fort probable qu'elle lui eut répondu favorablement, particulièrement lors des premiers jours de leur rapport, que s'il avait dit : "Non, vraiment, c'est votre intelligence que j'admire!". Même si elle ne croit pas entièrement sa sincérité, elle peut croire que son intelligence est admirable et se contenter de ce qu'on l'admirera encore à l'avenir. De même, si James avait dit ce qu'il pense, à savoir : "Le fait que vous n'avez qu'une jambe ajoute à toutes les autres choses qui m'attirent en vous... Je voudrais me retrouver nu devant vous... Etc. .." Jenny aurait été moins susceptible de lui répondre favorablement, parce qu'a priori Jenny doit peu probablement considérer avec faveur quelqu'un qui soit attiré en partie parce qu'elle est une amputée. Je crois que nous devons éviter le "soit-soit-isme" : ne pas le faire me semblerait avilir les handicapés, en se basant, comme il le suggère, sur la supposition implicite qu'ils soient moins sensibles que le reste d'entre nous et incapables de résoudre l'énigme transparente de l'extraction de la signification des conventions du flirt ou de la cour.

Bien sûr, la plupart d'entre nous ne rencontrent pas le ou la partenaire idéal(e), ou plutôt, nous rencontrons des partenaires dont les autres vertus plus que compensent le fait qu'ils n'appartiennent pas au type physique le plus désirable. Je suis avec bonheur marié depuis plusieurs années avec une femme qui m'aime et qui accepte, quoiqu'avec quelque regret, le fait que j'ai la bizarrerie de trouver les femmes unijambistes confusément attirantes. J'ose affirmer que l'homme typique, quelqu'un qui ne serait pas pas un fervent mais marié à une femme amputée, a des sentiments correspondant aux miens vis-à-vis de sa femme, à savoir : que toutes les autres choses qu'il y a en elle font plus que compenser son handicap; et bien sûr il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'il trouve d'autres femmes attirantes.

Il est dit que ce que les femmes veulent le plus c'est l'amour sans sexe et ce que les hommes veulent le plus c'est le sexe sans amour. Parce que je suis marié et suis fidèle à ma femme, je peux offrir à la femme idéale exactement ce que le stéréotype affirme qu'elle souhaite, l'amitié, la tendresse, la douceur amère du languissement insatiable, dans le contexte de mes obligations ininterrompues, envers ma femme. Pour une femme célibataire, ce que j'offre pourrait sembler limité, incomplet et insatisfaisant, l'offre d'un homme qui veut obtenir quelque chose sans rien donner; mais pour une femme amputée, mariée à quelqu'un qui n'est pas un fervent, un homme qui regrette son handicap, une amitié telle que celle que je peux offrir pourrait devenir un supplément à son existence comme il le serait à la mienne. Les choses seraient parfaites si son mari et ma femme formaient une amitié complémentaire et correspondante. De cette manière, personne ne serait trahi et personne ne serait perdant. Cela ressemble à un libretto de Lorenzo da Ponte. Ce qui est triste c'est que les gens comme nous ne se rencontrent jamais.

Il y a une consolation pourtant : la recherche! (Non vraiment, c'est la manière dont vous interagissez avec le milieu social qui m'intéresse (soupir!).) Ainsi, pour conclure, j'aimerais demander aux femmes amputées qui vivent en Ecosse (ou n'importe où d'ailleurs), et intéressées de m'assister dans ma recherche au sujet des attitudes sociales envers les handicapés, de m'écrire afin que nous puissions nous rencontrer, discuter de ces questions et ensuite, peut-être, pourrions nous aller quelque part prendre une tasse de café ou un verre...

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