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Une perspective particulière

"Je me la rappelle distinctement. Elle était dans un rang d'élèves avec vingt ou trente autres filles, toutes parées d'un uniforme bleu de l'école du couvent local et se ressemblant toutes, sauf que l'une d'elles n'avait qu'une jambe et employait une paire de béquilles de coude en aluminium. J'avais six ans à l'époque, mais j'ai su immédiatement qu'elle, et beaucoup d'autres femmes comme elle, exerceraient sur moi une profonde fascination. Des décennies plus tard, je suis toujours aussi intéressé, mais pas plus proche de savoir pourquoi."

Quiconque ayant lu Forum, ou, il y a plus de dix ans, Penthouse, peut reconnaître cette citation comme l'une des nombreuses lettres de gens, surtout des hommes, qui partagent cette fascination. Peut-être êtes-vous passés sur de tels articles, les écartant comme étant vraiment bizarres, ou peut-être, êtes-vous restés accrochés sur l'expression "a perdu une jambe" et avez lu alors avidement.

Qu'importe; vous pensez maintenant à l'une des plus persistantes, l'une des moins étudiées et comprises, et de plusieurs manières, la plus unique de toutes les préférences sexuelles... souvent connue sous le nom de "fétichisme d'amputées".

Ce n'est pas, à strictement parler, un fétiche.

"La manie Monopède" est une allitération agréable mais l'utilisation du mot "manie" porte certaines connotations qui émettent des frissons le long de la moelle épinière de chacun, et en particulier de l'un de ces types. Et cela, parce qu'aucun d'entre eux ne pourrait jamais être appelé "un maniaque". En effet, l'exhibition de ce fantasme des plus privés est généralement retenue par un mur de culpabilité si fort que personne, pas même la conjointe ou l'épouse ne sont conscientes de leurs penchants particuliers.

Peut-être est-ce naturel, argumenteriez-vous... Après tout, ce n'est pas bien de dévisager les handicapés, n'est-ce pas, Johnny? Et la découverte d'une personne attirante mène inévitablement à de nombreux regards languissants. Donc, quelqu'un qui trouve les amputées attirantes, mais qui est soumis aux mêmes conditionnements que le reste d'entre nous, est assez certain de se retrouver assailli par la culpabilité, horrifié par sa libido mal élevée et convaincu que la découverte d'icelle signifiera certainement l'ostracisme, voire même l'établissement spécial pour les gens très très perturbés.

Le résultat est qu'il en est si timide qu'il n'en discutera jamais avec quiconque ne partageant pas son intérêt, avec pour corollaire le fait qu'il n'aura en réalité aucune idée réelle de que les gens pensent.

Mais, si vous étiez celui qui ne partage pas cet intérêt, que feriez-vous si quelqu'un devait remarquer, tout à fait négligemment, "je voudrais rencontrer une fille à qui il manque une jambe", avec exactement la même intonation que s'il disait reconnaître sa préférence pour les brunes?

Vous en mordriez-vous les pieds d'embarras? Vous n'êtes certainement pas si intolérants, ou manquants de curiosité... Après tout, vous connaissez assez bien cette personne, alors pourquoi dit-elle cela?

Vous ne ririez probablement pas, ou n'attireriez pas l'attention des autres à sa révélation, parce que c'est évidemment à vous qu'il parle, pas aux autres. Encore que...? La simple possibilité scellera sa bouche à jamais, mais tout est dans sa tête. Il ne sait pas comment vous réagirez et il préférera rester silencieux, malgré un profond désir de parler de ses préférences.

Le problème est que peu de chose soit connu de ce que l'on appelle aussi "l'admirateur d'amputées", une autre appellation commune, et ce, bien que le sujet soit couvert de manière régulière quoique sporadique dans certains médias dont on retrouve la trace jusqu'aux années 20, comme "London Life" (La Vie Londonniène) par le biais du courrier des lecteurs ou occasionnellement de nouvelles dont la série se prolongea pendant plus de 20 ans, avec une éclipse durant la Guerre, reprenant dans le magazine canadien "Bizarre" dans les années 50, réapparaissant dans Penthouse dans les années 70 et que l'on retrouve maintenant dans les pages de courriers des lecteurs de Forum.

Toujours est-il que presque rien n'est connu en termes démographiques ou comportementaux de l'attitude de la société envers lui, ni des gens qui sont le sujet de son "hobby"... Et ce n'est pas un hobby non plus, ni une passion, ni une possession, ni aucun des autres termes employés.

Il y a toutefois une caractéristique qui le diffère : presque personne n'en parle, ou n'en fait quelque enquête sérieuse. Par exemple, Krafft-Ebbing n'y fait qu'une seule fois référence, dans la même liste qu'une demi-douzaine d'autres fétiches, dont un est le bandage. Et quoi, n'est pas plus ou moins la même chose, à un autre niveau? En un mot, non.

Cela dit, le bandage est un fétiche très commun, qui a reçu une énorme attention et durant toutes ces années, il n'y a pas eu un seul rapport qui mentionne les amputées, ce qui suggère que les enthousiastes du bandage n'y attachent aucun intérêt; pas peu, aucun. En admettant même qu'ils l'aient fait, en temps que population, on attendrait une distribution normale des préférences qui iraient d'"acceptable" à "passionné".

Au contraire, dans le seul sondage approprié de gens qui ont un intérêt non-platonique pour les amputées, l'intérêt exprimé pour le bandage était considérablement moins marqué que dans la population générale. De quoi il est raisonnablement sûr de conclure que la sympathie vis-à-vis des amputées n'est pas une forme de fétiche de bandage, quoi qu'il y paraisse de prime abord.

Un argument comportementaliste qui a été avancé suggère que ce soit le résultat d'une "empreinte", que la personne ait vu une amputée à quelque période cruciale pendant laquelle ses préférences sexuelles sont initialement programmées. Ce qui ne marche pas parce qu'un nombre significatif de ces gens annonce qu'ils étaient conscients de leur intérêt "dès la première vision" (comme le témoigne la citation ci-dessus, qui est un souvenir réel) et parmi ceux-là, une grande partie rapporte que l'événement était arrivé bien avant la puberté.

À moins que "l'empreinte" ne soit quelque chose qui puisse avoir lieu plus ou moins n'importe quand, auquel cas on ne peut pas y donner la signification accordée par ses partisans, nous ne pouvons pas accepter cette théorie.

Simplement, les années de 4 à 8 ans ne sont pas psychologiquement intéressantes; juste une période prolongée de croissance et d'apprentissage, sans changements hormonaux significatifs, certainement rien de comparable avec la puberté pendant laquelle des changements majeurs ont lieu qui font que "l'empreinte" n'est pas seulement plausible, mais pratiquement certaine.

Il y a une théorie Jungienne plutôt compliquée partant des polarités Animus/Anima, Mère/Père, Introverti/Extraverti qui soutient que le complexe [Mère extravertie forte exigeante]+[Père introverti passif acceptant]+[enfant Introverti]=[Crainte de l'Anima] pourrait mener à un intérêt pour les amputées, en partant du principe que les hommes sont attirés par les incarnations physiques de leurs Animas et que le susdit complexe peut produire une anima qui altérait d'une quelconque manière la rendrait moins menaçante. La théorie se tient dans quelques cas; une anima unijambiste en est le résultat et comme suggéré, un fervent est attiré par n'importe quelle fille qui est un reflet de son anima.

Comme je l'ai dit, c'est compliqué, n'est-ce pas? Et à mon avis, pas très convaincant, entre autres, parce que beaucoup, et probablement même la plupart, des fervents sont parfaitement capables d'avoir un rapport complètement normal avec des femmes non amputées. Ainsi où cela laisse-t-il l'anima? Cela Signifie-t-il que parfois mon anima est une amputée et parfois elle ne l'est pas? Et s'il en est ainsi, qu'est-ce qui provoque son changement?

Il ne reste pas grand-chose en fait, si ce n'est la génétique et cela approche soupçonneusement près d'une sorte de théorie scientifiquement dérivée de la prédestination et je ne poursuivrai pas dans cette direction, pour la simple raison qu'il est impossible de le prouver d'une façon ou d'une autre, sans le manuel complet des règles du génome humain et il n'existe pas encore.

Cela ne doit pas vouloir dire que le fantasme d'amputées diffère à tous égards complètement de toutes les autres diversités sexuelles. En fait, sauf le mystère de sa psychogénèse et le manque d'attention qui lui est accordé, il apparaîtrait que les activités et les images employées dans la pratique du bandage et la vie fanstasmique des fervents soient remarquablement semblables.

En fait, la plupart "de l'action" pour ces individus consiste à s'abandonner aux fantasmes, dont quelques-uns mènent à la rédaction de nouvelles d'amateur ou le dessin de croquis bruts. A part les femmes unijambistes montrées dépeintes par de tels matériels, ceux-ci ne sont pas perceptiblement différents de la littérature pornographique à bon marché imprimée dans les années 50 et 60.

Les histoires professionnellement écrites sont beaucoup plus rares et sont rarement imprimées, circulant souvent sous forme de photocopies de dixième génération. Il existe au moins une source "de matériel d'amputées" dont les photographies peuvent être obtenues et de temps en temps des amputées sont montrés dans des films, mais à part çà, c'est tout. Autrement dit, pas seulement moins d'attention que les autres fétiches, mais très sensiblement moins.

C'est peut-être encore plus marquant dans le comportement de ces dames qui offrent de "réaliser tous vos fantasmes". Mais pas celui-là; çà elles ne le feront pas. Elles ne veulent pas même en parler! Et pourtant, selon tous les rapports, elles feraient presque toute autre chose que vous lui demanderiez.

Du fait de ce manque évident d'acceptation par les gens en général, il est même plutôt surprenant d'apprendre que parmi les membres mariés de l'enquête, plus de la moitié des épouses et petites amies connaissaient l'intérêt de leur conjoint et plus de 25 % avaient à l'occasion joué à "on disait que".

Et quoi? Il ne semble pas qu'elles fussent excessivement embarrassées, n'est-ce pas? La connaissance du fait est une chose, la participation tout à fait une autre et suggère qu'en fait, les gens ne trouvent pas la confession particulièrement révoltante.

Et pourquoi devrait-elle l'être? Après tout, les malheurs arrivent et si quelqu'un doit perdre un membre, il est passablement injuste de la déclasser comme "défraîchie" et de la priver d'une vie sexuelle par cette seule cause. Qu'y a-t-il de si choquant dans le fait que quelqu'un admet que cet événement n'a pas réduit sa faculté d'être attirante? Est-ce que c'est pire que d'avouer que c'est la couleur de ses cheveux, que d'admettre que les particularités anatomiques puissent déclencher quelqu'un?

Pour le genre de personnes qui pensent qu'ils connaissent toutes les réponses, alors peut-être que ce l'est. Ceux qui peuvent accepter qu'ils n'ont pas toujours raison peuvent être capables d'accepter que d'autres n'ont pas toujours tort. Dans ce cas, la réponse devrait être : "Non, ce n'est pas mal... différent oui, mais pas mal".

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