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Les fervents sont-ils nécessairement des harceleurs sexuels?

par J.

Une des choses qui rendent les fervents extrêmement impopulaires parmi les membres de la communauté des handicapés est le harcèlement infligé à des femmes par des fervents insensibles et infatigables qui refusent d'accepter un "Non" comme réponse. Des femmes rapportent que des hommes les ont harcelées en leur envoyant constamment des courriers électroniques ou des lettres indésirables ou en faisant des coups de téléphone indésirables; et quelques femmes se sont vu infliger cela à maintes reprises. Souvent, la conséquence des activités des harceleurs est que nous sommes tous condamnés suite aux activités de quelques-uns et le terme "fervent" est devenu synonyme d'"harceleur sexuel".

C'est l'évidence, je pense, d'un manque de logique de la part de nos critiques et je crois qu'il est dans notre intérêt d'analyser le phénomène de harcèlement en détail. Dans le cadre de ce qui suit, je suis préparé à admettre que ceux qui se plaignent se sentent harcelés et que les harceleurs sont des fervents.

Si j'avais quelques choses contre les fervents en général, ma première conclusion serait probablement que ceux qui ont harcelé les plaignants étaient des harceleurs parce qu'ils étaient des fervents et que les harceleurs pourraient être évités en évitant tous contacts avec les fervents. Je devrais être désolé que, pour des raisons personnelles, des handicapées choisissent cette solution, parce que je crois que les rapports entre le fervent et la personne qui est le sujet de ses sentiments offrent une potentialité d'être très utile pour chaque personne impliquée et je crois qu'il serait dommage que cette potentialité soit limitée par les activités de ces quelques individus qui harcellent les handicapées.

En termes purement théoriques nous pouvons diviser les hommes en deux jeux de deux classes. Le premier jeu est composé de la classe des hommes qui ne harcellent pas les femmes; l'autre est la classe de ceux qui le font. Le deuxième jeu est la classe des hommes qui sont des fervents et la classe des hommes qui ne le sont pas. Les deux jeux de classes sont complets parce que n'importe quel homme est soit membre de la classe d'hommes harcelants soit de la classe d'hommes non-harcelants et est soit un fervent soit ne l'est pas. Il n'y a pas d'autres alternatives.

Les classes sont indépendantes parce qu'il existe des harceleurs qui ne sont pas des fervents. Une lecture superficielle des journaux fournit la preuve suffisante que quelques hommes harcellent les femmes qui ne sont pas handicapées, ce qui est la preuve que tous les harceleurs ne sont pas des fervents. Aussi, il y a les fervents qui ne sont pas des harceleurs : j'appartiens à cette dernière classe moi-même. Ainsi, si le but est d'empêcher le harcèlement, éviter les fervents évitera seulement certains des harceleurs, ceux qui appartiennent à la classe de fervents et la classe d'harceleurs : la classe des non-fervents harcelants ne sera pas exclue.

Il est possible de soutenir que la classe des fervents non-harcelants est une classe vide, ne contenant aucun membre, mais elle contient au moins un membre, moi. Et comme les membres de cette classe ne harcellent pas les autres, il n'y a aucun moyen de déterminer combien d'autres elle contient, sauf en leur demandant. De plus, le fait d'avouer être un fervent a pour résultat d'être évité comme la peste, harceleur ou pas, les gens vont se taire et seront donc indétectables.

Il doit être évident que la seule façon d'éviter les harceleurs est de rendre publique l'identité des harceleurs. Aucune personne raisonnable ne soutiendrait que tous les hommes qui trouvent les femmes attirantes devraient être évités même si ceux qui étaient aussi des harceleurs de femmes sont par ce fait évités. Le but ne serait pas atteint et il pénaliserait beaucoup de gens innocents.

Remarquez que je ne défends pas les harceleurs : le harcèlement, c'est mal. Ce n'est pas mal parce que la victime du harcèlement est une femme handicapée, ni parce qu'elle est une femme, mais parce qu'elle est une personne.

Il pourrait être argumenté que la présence de fervents parmi, par exemple, un groupe d'amputées leur causerait une angoisse mentale inutile, et que les tentatives des fervents pour s'engager dans des relations sociales de quelque type que ce soit avec des amputées soit considérer comme une forme de harcèlement. Il semble que certaines personnes atteintes d'un handicap physique ne peuvent pas envisager leur altération physique sans colère ou sans désespoir et beaucoup semblent être dégoûtées par l'altération physique qui leur est survenue.

Comment la présence de fervents va-t-elle se passer dans un tel groupe? Satir et Bizar apparaissent et disent : "écoutez, ce n'est pas aussi terrible que çà. Nous savons que nous sommes peu communs, mais votre altération physique ne nous dégoûte pas. Donc, vous avez un moignon (ou peut-être devrions-nous dire pour être politiquement corrects "un membre résiduel"?) mais nous ne le trouvons pas répugnant, nous pensons qu'il ajoute à votre attrait. Cela ne doit pas vouloir dire que nous sommes heureux que vous ayez eu à subir la douleur, la perte et l'atteinte à votre identité. Bien sûr, nous le regrettons, mais cela ne vous a pas privées de votre désirabilité ou de votre sexualité : vous ne devez pas vous sentir obligées de nous la dissimuler, ou de vous la dissimuler, ou encore, de tenter des exploits physiques pour nous impressionner de votre valeur en temps que personne. De tous les gens que vous rencontrerez, nous sommes les seuls qui ne diront jamais : "à part 'çà', elle est très attirante..." Est-ce là une attitude si répugnante?"

Bien sûr il y a des fervents destructifs, égoïstes et franchement désagréables; mais il y a aussi des handicapés épouvantables, des fanatiques qui condamneront tous les fervents des méfaits de quelques-uns. La plupart des membres de la communauté des fervents détestent les activités des harceleurs et les harceleurs sont d'habitude vilipendés et condamnés. Quoique ce soit compréhensible, ce n'est pas une réponse constructive. Nous nous devons d'essayer de comprendre les motivations de ceux d'entre nous qui harcellent et d'explorer les possibilités d'aider ces gens à exprimer leurs sentiments incontrôlables qui les poussent à se comporter très antisocialement d'une manière qui ne soit ni nuisible ni fâcheuse pour les autres et pour eux-mêmes.

Tout d'abord, il est important de considérer les causes du harcèlement. Qu'est-ce qui fait qu'une personne apparemment civilisée s'inflige à quelqu'un d'une telle manière? Il semble y avoir plusieurs raisons distinctes : l'une est le désir de trouver une partenaire, peut-être seulement une partenaire passagère, qui pourrait facilement être dominée physiquement; une autre est le désir du blasé d'essayer quelque chose d'un peu différent; une troisième est l'engouement physique irrépressible qui étreint certains hommes et les fait suivre des femmes. J'ai peu de sympathie pour les deux premières raisons, mais même ces gens, si leurs motivations et désirs sont sincères, pourraient être capables de trouver les complices pour leurs désirs. Je peux avoir de la sympathie pour le désir non récompensé parce que j'ai été amoureux à distance et sais ce qu'il ressent.

Quand j'avais environ 14 ans, une fille emménagea dans une maison de l'autre côté de la rue où je vivais. Elle était mince et belle, avec des cheveux châtains bouclés, et portait des lunettes à montures vertes. J'étais un écolier introverti fréquentant une école de garçons et elle allait à l'école des filles à côté de la mienne. Je ne parvenais pas à me décider de lui parler, mais je m'assurais d'arriver à l'autobus au même moment qu'elle et l'après-midi je retournais à la maison en marchant le long du trajet de l'autre côté de la route, languissant. Bien sûr elle avait un petit ami, un balourd de l'établissement secondaire local qui portait des jeans bleu glacier et des chaussures de pêcheur de bigorneaux. Il était si "cool". Je ne lui ai parlée qu'une seule fois, et la langue tordue de nervosité, me suis couvert de ridicule, mais cela ne m'a pas arrêté de la désirer.

Je ne défends pas les harceleurs : ce que j'admets c'est que si j'étais un harceleur ce serait la source de mon comportement de harcèlement. Mais alors comment un tel homme doit-il faire face à ses désirs? Si son désir est de former un couple avec une fille qui présente un type particulier d'anatomie, il doit se reconnaître qu'il a cette préférence, et que, s'il rencontre une fille proche de son idéal physique et qu'elle le repousse, il doit reconnaître que ce n'est rien de plus que son droit le plus élémentaire. Il doit aussi reconnaître qu'il ne doit pas persister de façon peu raisonnable, encore qu'il y ait cette tradition romantique bien implantée de l'héroïne impitoyable du début qui est gagnée par le héros à la fin, et il y a une ligne assez ténue entre la cour ardente et le harassement. Il doit se souvenir, s'il est repoussé, qu'il y a d'autres filles qui présentent les qualités physiques désirables et que peut-être il peut encore trouver une partenaire s'il cherche parmi celles-là, celle qui, approchée avec sensibilité et avec le respect de ses sentiments, pourrait être heureuse de former un couple avec lui. Quoiqu'il en soit, nous nous devons de répéter que cette attraction physique seule n'est pas une base suffisante pour un rapport d'amour à long terme.

Je crois que si nous sommes ouverts, tolérants et sensibles aux besoins de chacun nous pouvons être plus heureux comme amis que comme ennemis, et pas comme des classes d'individus : les classes d'individus ne deviennent pas amies; mais les individus appartenant aux classes peuvent devenir des amis et probablement être plus heureux ensembles que s'ils étaient séparés.

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