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Désirs incompatibles

par J.

Chaque fois que je vois une femme qui a perdu un membre, je ressens en moi une détonation de tendresse et de désir : je me languis d'être avec elle, d'être intime avec elle, de la chérir. Il y a un élément de désir érotique dans mes sentiments, mais c'est seulement un élément du désir d'offrir ce que je définis comme "l'amour de l'amitié", pas l'amitié habituelle amplifiée, mais l'amitié surpassée et transmutée. C'est un sentiment tout à fait différent de l'amour que je ressens pour ma femme : il ne l'amoindrit pas, il lui est pour le moins complémentaire. C'est presque comme si de telles femmes appartenaient à un troisième sexe, attirantes à couper le souffle, mais d'une manière qualitativement différente des autres femmes. J'espère pouvoir un jour trouver quelqu'un avec qui partager cette émotion dévorante, qui accueillerait cette fervention. La sorte de rapport qu'implique mon désir met douloureusement en évidence les incompatibilités qui peuvent sous-tendre beaucoup d'autres types de rapports. Ainsi, une discussion des incompatibilités entravant la formation de rapports entre les femmes amputées et ceux qui les désirent est également valide pour d'autres types de rapports sexuels où un partenaire est fortement attiré par les particularités anatomiques de l'autre.

J'ai été très étonné quand j'ai constaté que mes sentiments n'étaient pas uniques. Depuis lors, j'ai lu tout que je pouvais trouver de cette sorte d'attraction et j'ai bientôt découvert que mes sentiments étaient partagés dans mesure plus ou moins grande par bon nombre d'hommes. Tandis que l'existence de l'attraction a été reconnue, personne ne semble avoir pensé à une explication plausible de son origine. Pourquoi se fait-il que tant d'hommes trouvent le corps féminin mutilé si attirant? Il pourrait être discuté que les hommes qui détestent les femmes pourraient désirer la mutilation de leurs corps. Cette suggestion semble ne pas être soutenue par les faits : par exemple, Louise Baker décrivant sa propre expérience de femme unijambiste parle d'un ami en ces termes:

Il était aussi, j'en suis personnellement convaincue, l'homme le plus profondément aimable et doux qui ait jamais vécu. De plus, lui et sa femme, également très sympathique, et aussi étrange qu'il puisse paraître pour l'époque, étaient des collectionneurs mineurs de filles unijambistes. Je dis "mineurs" parce que j'ai depuis rencontré plusieurs conservateurs de collections beaucoup plus énormes de telles curiosités. Cette collection peut sembler être une forme de folie, mais si elle l'est, le syndrome tout à fait inoffensif afflige invariablement des gens extrêmement agréables.

Quelques études universitaires suggèrent que les hommes présentant cette préférence ont tendance à être attentifs, plutôt qu'agressifs; et peut-être est-ce significatif : peut être que de tels hommes, sentant que le stéréotype masculin limite leurs occasions d'exprimer des sentiments et comportements d'attention vis-à-vis de femmes complètes peuvent estimer qu'une telle expression pourrait être plus acceptable vis-à-vis de femmes qui sont moins capables que la moyenne de faire face aux exigences physiques de la vie quotidienne. Serait-ce le cas, ce sentiment devrait alors être exprimé envers toutes les femmes handicapées plutôt que, semble-t-il, principalement envers les femmes qui ont perdu des membres. En outre, il y a quelque chose de plus que l'expression d'une tendre attention : il y a habituellement une sensation de désir physique passionné, voir même obsédant, une des raisons de l'attraction ayant été classifiée comme fétiche par les psychologues. Pour le fétichiste, il doit y avoir quelque chose du corps féminin unijambiste qui agit comme un stimulus érotique extrêmement puissant.

Il a été revendiqué que la cicatrice d'amputation pourrait être interprétée comme un symbole de la vulve : cela me semble être invraisemblable parce que je suis sûr que le nombre des individus qui ont eu l'occasion d'observer un moignon de suffisement près que pour voir exactement à quoi il ressemble sera relativement limité pour une variété de raisons : Quelles occasions, dans le cours normal des événements, y aurait-il pour un examen minutieux aussi détaillé? Quel pourrait être le motif du désir d'observer le moignon dans un tel détail sans quelque motivation préexistante? Quelle probabilité y a-t-il pour qu'une dame expose son moignon de telle sorte que l'admirateur potentiel puisse fortuitement l'observer? Au contraire, les femmes qui ont perdu des membres font habituellement des efforts considérables pour déguiser le fait. En tout cas, il doit y avoir beaucoup d'hommes qui trouvent des femmes unijambistes très attirantes, mais qui n'aient jamais été liés assez intimement que pour avoir eu l'occasion d'observer étroitement un moignon. Je l'ai certainement fait. Dans le souvenir de mon expérience limitée, la cicatrice de l'amputation s'était effacée en une fine ligne blanche qui ne ressemblait en rien à une vulve. Cette théorie a donc quelques sérieuses difficultés.

Un aspect du désir qui n'a pas reçu beaucoup d'attention est lié à la possibilité que le moignon peut être perçu comme une imitation du phallus. Il y a des ressemblances évidentes : le pénis est essentiellement cylindrique dans la forme et surgit à l'aine. Sans pied, ou dans de nombreux cas, sans genou, le moignon d'une jambe surgit aussi à l'aine et est essentiellement cylindrique dans sa forme. Peut-être cela prête-t-il à la femme unijambiste une ambiguïté sexuelle et la rend attirante aux hommes qui ont des inclinations bisexuelles, des inclinations qui sont soit supprimées soit peut-être non reconnues par leurs propriétaires. Certainement, comme imitateur du phallus, le moignon de l'amputation, par sa taille, pourrait être classé comme un super-stimulus de la sorte discutée ci-dessous. Cette idée est tirée de la théorie de Tinbergen des déclencheurs.

Tinbergen, un éthologue, suggère que le comportement des animaux est habituellement déclenché non pas par la totalité des ingrédients sensoriels disponibles dans des circonstances particulières, mais par certaines particularités choisies de l'environnement qui stimulent les individus pour qu'ils se comportent de façons particulières. Les mouettes à chevrons préfèrent être assises sur de grands oeufs plutôt que sur des petits. On peut expliquer cette préférence en termes évolutionnistes si on le souhaite : de grands poussins sains sortent de grands oeufs, donc les mouettes ont évolué pour préférer les grands oeufs. Si on présente à une mouette couveuse des oeufs normaux et en même temps de très grands cubes peints de la même couleur que les oeufs des mouettes, c'est-à-dire vert kaki avec des taches noires, les mouettes préfèrent être assises sur les cubes.

Un tel comportement apparaît parce qu'il est déclenché par seulement quelques particularités du stimulus, l'oeuf, et en particulier sa taille et sa coloration, mais pas sa forme, et de grands oeufs, des oeufs si grands et si exceptionnellement formés qu'ils ne pourraient en aucun cas avoir été pondus par une mouette, sont préférés aux oeufs réels. La préférence de beaucoup d'hommes pour des femmes dont les seins sont anormalement grands a été expliquée par l'identification de la possession de seins comme un déclencheur de comportement sexuel chez le mâle humain et les seins extrêmement grands comme des super-stimuli qui déclenchent le comportement. Une particularité de ce comportement est que les individus qui sont les plus sexuellement désirables peuvent en fait physiquement moins bien convenir que d'autres individus moins désirables, de même, peu de poussins sont éclos de cubes en carton peint que d'oeufs plus petits mais réels. Cette théorie a été proposée comme explication du fétichisme associé aux surfaces du corps; l'excitation sexuelle suscitée par le port de caoutchouc ou de cuir étant expliquée par la substitution de la peau réelle par un super-stimulus qui présenterait dans une forme sexuellement augmentée ses propriétés de stimulation. Donc, peut-être que le désir que les hommes se sentent pour des femmes qui ont perdu des membres a un rapport avec le corps unijambiste féminin comme un super-déclencheur de sentiments érotiques. Cela ne semble pas être fort possible; mais il peut y avoir quelque évidence circonstancielle pour corroborer ce point de vue.

Une preuve d'une telle explication est fournie par une particularité commune des rapports sur l'origine de l'attraction qui est que son initiation est souvent associé à la vision, étant petit enfant, d'un individu avec une jambe seulement marchant avec des béquilles. Il se peut que dans la prime enfance il y ait un interrupteur qui défini les préférences sexuelles et que cet interrupteur soit déclenché par la différence physique : peut-être l'enfant identifie-t-il les membres du sexe opposé non pas par la possession par les membres de ce sexe d'attributs anatomiques particuliers, mais plutôt par la différence physique entre lui ou elle-même et les autres gens, la préférence sexuelle étant formée pour le plus différent. Une particularité d'une telle règle est qu'elle est également appropriée aux deux sexes; mais certains individus, ceux qui sont physiquement aberrants, peuvent faire que l'interrupteur soit actionné de manières peu communes et inattendues. Donc, la vue d'une personne unijambiste peut actionner l'interrupteur en faveur des gens unijambistes, exactement de la même manière que les grands oeufs cubiques sont préférés par les mouettes. Il y a des difficultés avec cette vue. Il y a beaucoup de modèles s'éloignant de la moyenne de normalité physique et ils n'ont pas tous le même effet de transformation. Qui a-t-il de si spéciale dans l'amputation?

Une particularité du développement des préférences physiques semble être une préférence pour la symétrie. La laideur est souvent associée à l'asymétrie, la beauté avec la symétrie. La femme unijambiste portant une jupe et marchant avec des béquilles peut donner une impression de différence saisissante et de symétrie plutôt que d'asymétrie, dans quelques cas, la démarche possédant même grâce et élégance : Louise Baker, déjà citée, apprenant enfant à marcher avec des béquilles : "avant que madame Ferris (son institutrice) me confère un diplôme de son jardin d'enfants, elle m'avait fait marcher avec une tasse pleine d'eau dans une main et deux livres sur ma tête". Certainement, un des thèmes récurrents dans le matériel publié par les admirateurs de telles femmes est le plaisir pris dans l'observation des femmes unijambistes marchant avec des béquilles. La symétrie physique obtenue en portant une prosthèse devrait alors rendre les femmes plus désirables; mais en général il n'en est rien et ce pour deux raisons : d'abord elle déguise la différence physique marquée qui a déclenché l'attraction en premier lieu, et la seconde, la démarche de la personne marchant avec une prosthèse, est toujours dans une mesure plus ou moins grande asymétrique. (On se demande combien de prothèses pourraient permettre à la personne qui la porte de réaliser l'exploit de Louise Baker d'équilibrer des livres sur sa tête en marchant.)

Si cette explication de l'attraction est correcte elle implique que le nombre d'hommes attirés par les femmes unijambistes soit probablement fortement lié au nombre de femmes unijambistes employant des béquilles. L'hypothèse pourrait être évaluée statistiquement en examinant la fréquence du désir de femmes unijambistes par des hommes d'âges différents et rapproché au nombre et à la proportion de femmes unijambistes dans la population qui portaient des prothèses réalistes dans les périodes correspondant à l'enfance des hommes. C'est mon impression qu'avec le développement des technologies prosthétiques, une proportion de plus en plus importante de femmes unijambistes emploient des prothèses. Je m'attendrais donc à ce que la proportion des hommes trouvant les femmes unijambistes attirantes soit plus petite dans les tranches d'âge plus jeunes. Je m'attendrais aussi à ce que la proportion d'hommes dans toutes les tranches d'âge trouvant les femmes à qui il manque un bras attirantes soit plus petite que la proportion qui était attirée par les femmes unijambistes, tenant même compte du nombre plus petit de femmes manchotes dans la population, les femmes manchotes étant évidemment plus asymétriques que les femmes unijambistes. Quelqu'un a probablement fait toute ces recherches, mais je n'ai pas l'inclination d'en analyser les résultats. De toute façon, ceci n'est pas censé être un article universitaire mais une perspective personnelle.

Le contexte psychologique du développement de l'attraction envers les femmes unijambistes ne constitue qu'une moitié de l'histoire entière. L'autre moitié doit avoir à faire avec les conséquences psychologiques de souffrir d'une amputation et de son effet probable sur la capacité d'une personne de former des rapports avec une autre. Celles-ci doivent nécessairement varier et sont probablement plus complexes pour une variété de raisons : peut-être la plus importante de ces raisons est que l'accident de l'amputation peut arriver à une personne à n'importe quel âge et pour une variété importante de raisons. Le temps et la cause joueront un rôle énorme dans la détermination de la réponse de l'individu à cette infortune. Une classification brute pourrait être de séparer les individus en classes de deux âges, enfance et adolescence, et maturité sexuelle et vieillesse, et séparer les causes de l'amputation en accident et maladie, quoique probablement les causes ne soient pas très importantes pour la présente analyse.

À première vue, on pourrait penser que l'amputation dans l'enfance et l'adolescence va probablement avoir l'influence la plus marquante sur la personnalité. Cela peut ne pas être le cas parce que ce qui arrive quand on est jeune semble faire partie du cours naturel des choses et on n'a pas encore appris les attitudes qui sont devenues habituelles chez l'adulte. Par conséquent, on peut être moins affecté par le sentiment de perte et parce qu'on a moins fermement fixé les attentes de la permanence de soi et des réponses des autres à la perte. Il pourrait être discuté que l'impact de la perte d'un membre peut avoir une importance moindre chez les individus qui ont déjà formé des rapports basés sur d'autres sources d'attraction et dans ce cas elle peut être perçue seulement comme un malheur qui doit être contourné de la façon la plus appropriée. Mais l'adulte sera beaucoup plus conscient des changements que la perte aura non seulement sur ses capacités physiques, mais aussi sur ses rapports avec d'autres gens. Peut-être le plus malheureux de tous est l'adolescent.

Pour l'adolescent, dès le début, les effets sur la formation des rapports vont probable être sévères et il se peut qu'il y aura quelque élément de fétichisme impliqué dans les rapports sexuels qui se développent. Si les partenaires ont de la chance, le fétichisme de l'un sera déclenché par l'amputation de l'autre et s'ils ont encore plus de chance, ils pourront échapper aux problèmes des rapports se formant qui sont discutés ci-dessous. Mais il est probable que la fille unijambiste aura des difficultés à former des amitiés qui contiennent une composante sexuelle avec des garçons. Louise Baker note que la période où son amputation lui a causé le plus de problèmes fut son adolescence.

Quel que soit l'âge, les particularités communes de la réponse vont probablement être au stigmate de la difformité physique, mais cela va probablement être rendu plus difficile par la persécution des enfants vis-à-vis de l'anormal. Et le désir naturel de se conformer aussi étroitement que possible à quelque norme physique perçue va probablement être associé à une conscience exagérée du degré d'échec qui est inévitable dans la poursuite de ce but. La réponse émotionnelle à la perte doit nécessairement être un regret plus ou moins durable et un désir de compenser autant que possible les inconvénients physiques d'être limité dans sa mobilité. La conscience des stigmates va probablement jouer un rôle dans la limitation de la confiance en soi de l'individu dans la formation de liaisons sexuelles et la difformité elle-même peut réduire le nombre de candidats disponibles pour cette activité. Le désir naturel de la personne unijambiste est d'être aussi normale en apparence et en capacités que possible. C'est dans la perception de ce que cela entraîne qui mène aux incompatibilités les plus fondamentales entre les femmes unijambistes et ceux qui les trouvent attirantes.

Pour l'admirateur, il se peut que la symétrie de la démarche ait une importance plus symbolique que le mécanisme physique par lequel elle est obtenue, si marcher avec des béquilles est interprété, à un niveau émotionnel intuitif, comme la possibilité d'une démarche plus symétrique et donc plus naturelle que la marche avec une prosthèse, tandis que la différence physique évidente de n'avoir qu'une jambe a en soi une résonance attractive de super-féminité. Au contraire, l'apparence de normalité, celle d'avoir deux jambes, la maximalisation de la mobilité et de la fonction même aux dépens d'une démarche boitante obtenue à l'aide d'une prosthèse, constitue probablement ce que la femme unijambiste percevra comme la compensation la plus acceptable de l'incapacité causée par son handicap.

L'analyse superficielle suggérerait que les partenaires évidents dans un rapport d'amour semblent être le fétichiste et l'amputée; mais bien sûr c'est faux à cause de l'incompatibilité profonde qui pourrait se trouver au coeur même du rapport. La femme unijambiste souhaiterait être désirée pour sa normalité, pour la minimisation qu'elle a réalisée des inconvénients d'avoir une seule jambe. Le fétichiste aussi, probablement, estimant la femme unijambiste pour ses attributs normaux, l'estimera pour la cause même de ce qu'elle essaye de déguiser et en la mettant ainsi en valeur, soulignera perpétuellement son échec de la déguiser efficacement. Alors que le fétichiste la perçoit dans ce qu'elle a de mieux, de plus désirable et de plus beau, incontestablement la marche unijambiste avec des béquilles, elle préférera d'habitude la symétrie alternative de la prosthèse et trouvera presque certainement les préférences de son admirateur désagréable à un certain degré. Un exemple parallèle pourrait être le dégoût que beaucoup de femmes qui possèdent de gros seins ont pour le type d'hommes qui désirent les femmes qui ont de gros seins.

Il y a quelque raison à ce dégoût : il serait peu raisonnable de s'attendre à ce qu'un rapport durable soit uniquement basé sur l'excitation sexuelle provoquée chez un partenaire par quelque attribut anatomique particulier de l'autre. Un tel rapport pourrait être accepté par la femme comme le mieux de ce qu'elle pourrait espérer, son amputation semblant la disqualifier d'autres rapports plus désirables, mais il y a d'autres facteurs contribuant qui font que la formation de liaisons soit si difficile. Il semble qu'il y ait beaucoup plus de fétichistes qu'il y a de femmes unijambistes à flirter. En conséquence de quoi, lors des rares occasions qu'a un fétichiste de rencontrer une femme unijambiste, il se doit d'agir de manière décisive s'il veut avoir une chance de se trouver en relation avec le type de femmes qui déclenchent son désir sexuel à sa mesure la plus pleine. Le fétichiste est affamé de ce rapport. En voyant la femme, dans la rue ou quelque autre place publique, la probabilité de la rencontrer dans son cercle social habituel étant extrêmement faible, tout ce qu'il peut espérer c'est d'essayer de l'emmener avec lui. Cela exigera de la hardiesse, manquera presque certainement de finesse et devra nécessairement échouer : sans surprise, la plupart des femmes ne veulent pas être emmenées et trouveraient la tentative offensante. Une des plaintes récurrentes faites par des femmes unijambistes est l'attention inopportune qu'elles reçoivent d'hommes étranges. Des hommes inconnus se sont approchés de mon amie dans la rue à de nombreuses occasions et elle déteste cela. Une difficulté supplémentaire peut avoir être liée à la reconnaissance par lui même des sources de son désir fétichiste. Il peut le rationaliser dans l'offre d'une faveur sexuelle à quelqu'un qui a peu d'occasion de s'exprimer sexuellement et il pourrait donc s'attendre à ce qu'elle fasse peu de discrimination dans l'acceptation des propositions sexuelles qui lui sont faites. Une telle rationalisation est extrêmement stupide et il n'est pas étonnant que cela rende le problème encore pire. Reconnaissant cela, une personne sensible ne ferait pas la tentative. Et l'occasion de se faire une amie est perdue.

Il y a toujours la possibilité de faire de la publicité dans les magazines de contact, ou les colonnes pour coeurs solitaires, mais cela va probablement également échouer parce que, pour les raisons données ci-dessus, la femme unijambiste est peu encline à trouver attirant le type d'homme qui est attiré par les femmes unijambistes.

Y a-t-il une issue? Pas vraiment, à moins que les deux parties ne reconnaissent les sortes d'accidents qui leur sont arrivés. L'accident d'être un fétichiste est moins visible que l'accident de perdre une jambe; mais il a aussi son tribut émotionnel, une composante insolvable du désir, combiné dans de nombreux cas avec un sentiment de culpabilité ou de honte. Pour le fétichiste, il y a le besoin d'offrir l'amour, la tendresse, l'implication émotionnelle et la passion érotique, toutes déclenchées, a priori, par une chose que l'autre veut à tout prix oublier. Lorsqu'un rapport se développe, et pour peu qu'il se développe et se poursuive, d'autres liens d'intérêts et d'affections partagés se développent qui lient n'importe quel rapport durable. Pour la femme unijambiste, donc, la période passagère du commencement du rapport, la période qui souligne les aspects sexuellement excitants de son handicap, est la période pendant laquelle elle trouvera les attentions du fétichiste les plus désagréables. Quoique cela puisse être une phase passagère, son action pour l'éviter va probablement la priver d'un type de rapport qui pour les deux partenaires est peut-être la plus sûre source durable d'affection et de tendresse.

J'ai souvent pensé à tout cela, pour d'évidentes raisons, et je me résigne au fait qu'il est maintenant presque certain que je ne jouirai jamais du type de rapport le plus satisfaisant que je puisse jamais imaginer. C'est triste, mais la vie est souvent triste. J'ai pensé à la thérapie, mais je ne veux pas être changé. J'aime cette vague de désir qui me submerge lorsqu'au détour d'une rue j'aperçois une femme unijambiste, même si elle porte une prosthèse cosmétique. Je peux accepter le sentiment de vain regret qui me vient alors que je passe devant elle et que je ne lui parle pas, le voulant pourtant, mais ne sachant pas quoi dire qui ne soit ni stupide ni ridicule. "Si seulement les choses avaient été différentes..." pourrions-nous tous deux dire, avec quelques sentiments. Ainsi, il n'y a pas beaucoup d'espoir pour moi; mais ces pensées pourraient faire leur chemin et aider d'autres à comprendre les sentiments compliqués qui lient et pourtant séparent les femmes unijambistes des hommes qui les admirent.

Pour une femme qui a eu le malheur de perdre un membre, le rapport normal qu'elle pourrait s'attendre à avoir serait celui qu'elle aurait avec quelqu'un qui aurait préféré que la perte ne lui soit jamais arrivée et les partenaires de partager une attitude commune vis-à-vis de son handicap. Au centre du rapport physique il y aurait le sentiment de regret que si seulement le malheur n'était pas arrivé les choses seraient même meilleures. Une telle femme pourrait être intéressée par l'exploration de ce que cela fait de partager une relation avec quelqu'un qui, malgré les incompatibilités que j'ai décrites et en regrettant le malheur qui lui est arrivé, l'a trouve infiniment plus attirante que ses soeurs bipèdes, un rapport dans lequel elle serait trouvée attirante non pas malgré son amputation et son handicap, mais pour cela aussi.

Bien sûr elle n'aurait aucune difficulté à trouver un partenaire potentiel même si elle ne peut pas le trouver parmi son cercle immédiat de connaissances : elle pourrait placer une petite annonce dans une colonne pour coeurs solitaires et être certaine de recevoir un tas de réponses. Si seulement je pouvais avoir cette chance...

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