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La ferveur est-elle un fétiche?

par J.

Chez les espèces sexuellement dimorphes, un des deux sexes initie habituellement le comportement d'accouplement. Chez les mammifères, les mâles choisissent généralement leur partenaire potentiel dans la population des femelles, et c'est ce qui arrive dans beaucoup de sociétés humaines. Parmi les êtres humains, dans les sociétés où les individus sont libres de choisir leur partenaire sexuel, où les mariages sont conclus par attirance mutuelle, par amour plus que par arrangement, c'est généralement l'homme qui choisit d'approcher une femme en particulier, et sa raison pour l'approcher doit, en premier lieu, être une réponse à au moins un élément qu'il perçoit à distance et qu'il trouve attirant. Par contre, la femme considère un homme se présentant à elle comme partenaire potentiel, et peut l'accepter ou le rejeter en réponse à des éléments qui dépendent d'interactions, ou qui ne sont perceptibles que quand elle est proche de lui.

Bien sûr, les déclarations du paragraphe précédent sont de super simplifications, mais ils décrivent en termes généraux la façon dont beaucoup de gens s'assemblent pour former des partenaires sexuels. A cause de la dissymétrie dans le comportement d'accouplement des sexes, les éléments qui attirent les hommes vers les femmes sont vraisemblablement différents de ceux qui attirent les femmes vers les hommes. S'ajoute à cela une confusion supplémentaire dans le fait qu'il semble que des caractéristiques féminines que des hommes trouvent attirantes peuvent être très différentes de celles que des caractéristiques féminines que les femmes elles-mêmes s'imaginent être attirantes. Le contraire se trouve être également vrai: les aspects masculins que les hommes s'imaginent être attirants sont très différents de ceux que les femmes trouvent attirants.

Une des principales différences entre les réponses mutuelles des hommes et des femmes semble être l'importance de l'apparence comme un élément déterminant de l'attirance sexuelle: elle semble être plus importante pour les hommes que pour les femmes. En comparaison, les femmes semblent être beaucoup plus sensibles, et beaucoup plus affectées, par de subtils éléments olfactifs que les hommes. Il est possible que les différences entre les hommes et les femmes, en ce qui concerne l'importance de l'apparence physique, soient moins réelles qu'il ne semble. Les hommes sont relativement libres d'exprimer ce qu'ils ressentent en ce qui concerne les sujets liés au sexe: les femmes, par contre, sont supposées être plus réticentes et discrètes sur le sujet. Il se peut qu'une femme trouve les éléments détectables à distance presqueaussi importants en choisissant un homme qu'un homme en choisissant une femme, la différence étant qu'il est acceptable pour un homme d'admettre qu'il est affecté par ces éléments alors qu'il est moins acceptable pour une femme d'en faire autant. Les différences dans le comportement de cour des hommes et des femmes peuvent de ce fait être renforcées par des conventions sociales. Quoique je sois sûr que les conventions sociales ne soient pas seules responsables de ces différences. Si elles l'étaient, il n'y aurait pas de raison particulière pour attendre d'un sexe plutôt que d'un autre qu'il soit l'instigateur du comportement de cour, et dans aucune société en particulier, aucun sexe plutôt que l'autre ne serait prédisposé à prendre le rôle d'initiateur. Ainsi, dans approximativement la moitié des échantillons de différentes sociétés, les femmes seraient supposées initier la cour et dans l'autre moitié ce serait les hommes. Quoiqu'il existe des sociétés dans lesquelles ce sont les femmes qui font la sélection, ces sociétés sont une petite minorité de celles étudiées. Cette évidence supporte l'hypothèse qu'il y a des différences biologiques sous-jacentes qui déterminent la façon dont la cour est menée.

Les hommes sont supposés variés dans l'importance qu'ils portent à l'apparence physique comme étant un élément déterminant de l'attirance sexuelle de partenaires potentiels. Dans l'esprit de chaque adolescent mâle, lorsqu'il approche l'âge adulte, se développe un modèle, un idéal, et il trouve les femmes attirantes en fonction de leur conformité avec ce modèle. Le développement de ce modèle peut prendre beaucoup de temps : il y a des évidences, par exemple, qu'une attirance pour les amputés peut être ressentie dans la prime enfance et peut contribuer à former le facteur dominant dans le développement du modèle d'attirance du fervent. Il n'est pas certain que cette prime expérience détermine les grandes lignes du développement des modèles de préférences des autres hommes. Je soupçonne qu'il est généralement vrai que leséléments importants des modèles qui identifient le partenaire idéal soient déterminés étonnement tôt dans la vie. Toutefois, ce n'est qu'à l'adolescence que le modèle commencera à affecter jusqu'à un certain point un comportement objectivement observable. Il est probable que les modèles varient dans leur spécificité, certains hommes ayant des préférences assez pointues, d'autres ayant des goûts plus "catholiques". Le succès à trouver des partenaires potentiels dépendra de deux facteurs : la spécificité du modèle, et la fréquence à laquelle apparaissent les femmes se conformant au modèle dans la population des femmes en général. Je suggère qu'étant attirés par des gens présentant des stigmates, les fervents ont des modèles qui résident à l'extrême des variations de tels modèles. Pour le fervent, le modèle qui évoque le plus haut niveau d'attirance est très précisément spécifié, et la proportion de population qui se conforme au modèle est très faible, ainsi, il n'est pas surprenant que, dans la très rare occasion où il rencontre une personne se conformant à son idéal, il soit sujet à un sentiment d'adoration, et soit attiré très fortement par la personne. Sauf si le modèle pour la sélection de partenaires dépend fortement de l'apparence du partenaire idéal, il n'y a pas de possibilité pour une personne de devenir un fervent, et ceci est, je crois, la raison pour laquelle la grande majorité des fervents est masculine, une conséquence de la dissymétrie biologique entre les sexes dans la cour. Certains aspects de cette attirance, particulièrement le stimulus très précisément spécifié et l'intensité de l'attirance, semblent avoir des affinités avec le fétichisme, mais je crois que le phénomène de ferventisme est fondamentalement différent du phénomène de fétichisme.

Quand j'ai commencé à argumenter au sujet de l'attirance que certains ressentent envers d'autres personnes qui sont amputées, j'utilisais le terme "fétichisme d'amputation" car les quelques références que j'avais trouvées dans la littérature portant sur les déviances sexuelles se referaient à cette catégorie de personnes, une catégorie à laquelle je me sentais appartenir.

Plus tard, je suis tombé sur le terme "fervent". Je n'étais pas très impressionné par le terme "fervent" car il impose une signification technique spécifique sur un terme parfaitement ordinaire dont tout le monde connaît la signification. Sur des bases esthétiques, j'étais épouvanté par le terme "ferventisme" qui, je suppose, doit être entendu comme étant la pratique d'être un "fervent". S'il doit y avoir "fervent" je pense qu'il doit y avoir de la "fervention", signifiant les sentiments qu'éprouve le "fervent" envers celui ou celle qui portent le stigmate envers lequel il ou elle est attirée. Ainsi, il y a une distinction claire qui peut être faite entre l'action qu'un fervent entreprend, qui est décrite par le terme "ferventisme", et les sentiments du "fervent" qui sont décrits par le terme "fervention". Il est clair que la catégorie des fervents compte plus de membre que la catégorie des fétichistes d'amputation. S'il fallait composer un mot grec approprié pour définir la fervention, en l'habillant d'une robe d'académicien avec une couronne de laurier au front, je suggérerais stigmaphorophilie, qui pourrait signifier : "attirance pour les gens qui présentent des stigmates". Une formulation alternative pourrait être stigmaphilia, signifiant "attirance pour les stigmates", plus court, plus facile sur la langue, mais un terme inopportun qui pourrait impliquer que la fervention est un genre de fétichisme, ou le stigmate est l'attracteur prédominant et non le stigmaphore, c'est-à-dire la personne portant le stigmate. J'ai entrepris cette digression pour fonder l'argument que de tous les termes qui ont été proposés pour décrire le ferventisme, fétichisme d'amputation est le moins approprié, et que le ferventisme est quelque chose d'assez différent d'un fétichisme.

Pour analyser cette proposition, il est important de déterminer ce qu'est supposé être un fétichisme sexuel. À une extrême Gosselin et Wilson offre la définition suivante :

Le fétichisme peut être défini comme une forme de comportement par lequel l'activité sexuelle ou les fantasmes sexuels se focalisent de manière inhabituelle sur une partie du corps ou un objet plutôt qu'à une personne comme étant un tout.

À l'autre, Meissner affirme :

... le fétichiste tend à faire une fixation libidineuse sur un objet qui a fini par symboliser une partie du corps d'une personne par ailleurs aimée. Le fétichisme est en conséquence un état mental qui mène la personne à adorer ou aimer un tel objet matériel qu'il tient pour posséder une puissance magique ou présentant un intérêt obsessionnel spécial. C'est la fixation d'un investissement obsessionnel sur un objet ou une partie du corps qui est inopportun pour des besoins sexuels normaux mais qui est requis par la personne pour atteindre une gratification sexuelle.

Cette définition, exprimée dans un jargon impénétrable, glisse huileusement de l'anthropologie à la psychanalyse, nous laissant impressionnés mais pas plus éclairés pour autant. La définition de Gosselin et Wilson a le mérite elle d'être facile à comprendre. Ils admettent qu'il existe un nombre de restrictions spécifiquement en relation avec les sentiments suscités par l'objet fétiche, en notant que Binet observait autour dans les années 1890 que l'objet fétiche n'apportait pas nécessairement de gratifications sexuelles dans le sens d'une stimulation génitale directe, mais peut produire une sorte d'adoration, une volonté de le posséder, de s'unir avec lui, l'apprécier avec tous les sens, que le sujet peut faire l'expérience non pas d'une excitation érotique, ou pas seulement d'une excitation érotique, mais quelque chose de similaire à une agape, l'amour sous tous ses aspects, une sorte de festin de l'amour. Une similarité entre le fétichisme et la fervention est l'intensité de l'émotion qui est évoquée.

Les définitions publiées du fétichisme ne sont pas satisfaisantes parce qu'elles ne semblent pas basées sur une analyse logique exhaustive des causes de l'excitation sexuelle et de leurs interactions. En considérant un exemple particulier, il est possible d'explorer la contribution de différents stimuli à l'excitation sexuelle d'un sujet et d'arriver à une définition du fétichisme objective et incontestable. Prenons un exemple : Supposons qu'un homme soit fortement excité par la présence d'un stimulus particulier, une femme portant des sous-vêtements en cuir. Pour analyser l'influence des sous-vêtements sur l'excitation, le stimulus peut être divisé en trois catégories: dépressif, neutre ou non pertinent, et excitant. Le stimulus dans le cas sous analyse peut-être répertorié par une paire ordonnée de symboles, appartenant au groupe - symbolisant "dépressif", 0 symbolisant "neutre" et + symbolisant "excitant". Faisons en sorte que le premier symbole de la paire représente les sous-vêtements, et le second la femme. Donc, la paire ++ signifie que, les stimuli étant présentés ensemble, aussi bien les sous-vêtements que la femme contribuent à l'excitation, alors que 0+ signifie que les sous-vêtements sont non pertinents et que la présence de la femme est excitante. L'excitation peut-être provoquée par la combinaison des réponses suivantes: +-, +0, -+, 0+ et ++. Les deux premières combinaisons semblent typiques d'un fétichiste excité par les sous-vêtements, où la présence de la femme portant les sous-vêtements soit déprime l'excitation ou lui est non pertinente. Des trois autres combinaisons, il est dit que celle qui est normale, celle que l'on rencontre le plus chez les hommes est ++; mais, pour moi, la combinaison qui exprime le mieux mes sentiments est -+ "...la beauté, comme la vérité, est à son mieux dans la nudité." Il peut être argumenté que la combinaison ++ indique une variante de fétichisme parce que l'excitation est rehaussée par la présence de sous-vêtements, qui n'est pas pertinente au processus d'une relation sexuelle. Les hommes qui sont excités par la combinaison de stimuli peuvent être assignés à des catégories différentes en affirmant le degré de leur excitation en réponse aux stimuli présentés ensemble ou séparément. Une telle analyse ne peut être menée si le stimulus ne peut être divisé en deux entités différentes, et c'est une des raisons pour laquelle je crois que le ferventisme est fondamentalement différent du phénomène de fétichisme. L'activité sexuelle dirigée vers des personnes, ou provoquée par la présence de personnes, semble pour moi être fondamentalement différente de l'activité sexuelle dirigée vers des objets. En principe, une analyse partielle peut être obtenue en comparant le degré d'excitation produit par l'observation de l'excitation d'un sujet en présence, une à la fois, de deux femmes qui sont jumelles identiques, mais l'une d'elles étant devenue amputée (fort peu probable; mais il s'agit d'une expérience imaginaire). En utilisant la même convention que précédemment, avec "femme" comme première condition, et "femme amputée" comme deuxième, l'excitation peut être provoquée par -+, 0+ et ++. Je suggère que les deux premières conditions peuvent être perçues comme étant la preuve d'une sorte de fétichisme, alors que la dernière est la preuve d'une fervention. Il est important de ne pas minimiser les différences entre ces analyses, car les conditions ont à faire avec des attributs particuliers des personnes, plutôt qu'à des additions contingentes comme les vêtements. Si aucune des deux jumelles était une amputée et qu'une des deux se soit teinté les cheveux en blond, personne ne verrait -+, ou 0+ comme une préférence pathologique, après tout, les hommes préfèrent les blondes.

En utilisant le premier exemple comme modèle, le fétichisme peut être définit comme une excitation sexuelle provoquée par des stimuli dont l'efficacité n'est pas affectée ou même réduite par leur connexion avec le partenaire potentiel. Par opposition, la fervention est l'attirance d'une personne vers une autre portant des stigmates. Ces deux conditions diffèrent fondamentalement : Le fétichisme ayant à voir avec l'excitation provoquée par des objets; la fervention ayant à voir avec l'excitation provoquée par des personnes. Il est assez vraisemblable qu'un même stimulus provoque soit un comportement fétichiste soit de la fervention. Supposons que le stimulus soit les cheveux roux (et pourquoi pas?). Le fétichiste est attiré par les cheveux roux pour ce qu'ils sont, préférant aller jusqu'à couper une mèche et la chérir en privé, le fervent trouvera, toutes choses étant égales, les possesseurs de cheveux roux particulièrement désirables, des personnes particulièrement désirables parce qu'elles ont des cheveux roux. Les sentiments d'extases des fétichistes et des fervents peuvent être similaires en intensité malgré le fait que les relations qui provoquent ces sentiments soient différentes.

Les expériences ont été conçues pour explorer les origines des comportements fétichistes en développant chez les sujets des comportements fétichistes en laboratoire. Il a été démontré que le classique conditionnement Pavlovien peut mener au développement d'excitation à la vue de la représentation d'objet qui avant le conditionnement ne provoquait pas d'excitation. Rachman et Hodgson ont mené des expériences en utilisant des images de femmes et l'image d'une botte. Le conditionnement avait lieu seulement si le stimulus inconditionné (l'image d'une femme) était présenté avant le stimulus conditionné (l'image d'une botte). Les changements produits par l'expérience avaient lieu par étapes, dans les premières l'excitation était produite uniquement par le stimulus inconditionné, ensuite par le stimulus conditionné présenté juste après l'inconditionné, et, finalement, quand le stimulus conditionné était présenté en l'absence de l'inconditionné. À ce point l'expérience était terminée. En terme de représentation symbolique le sujet a été conditionné par l'état ++, le premier symbole représentant la femme et le second la botte. Un tel état, je l'ai dit, n'est que marginalement fétichiste. Pour appartenir à une catégorique de fétichiste l'état du sujet aurait dû être -+ or 0+. En d'autres mots, les images de femmes devraient déprimer ou laisser indifférente l'excitation du sujet. Pour produire l'un ou l'autre de ces effets, l'expérience aurait dû être menée une étape plus loin. Les sujets auraient dû être conditionnés de telle sorte qu'ils ne soient plus excités par les images de femmes. Les procédés de conditionnement pour produire ces effets sont bien connus et il est possible, quoique probablement peu éthique, de conditionner l'aversion requise envers des images de femmes nues.

Ce qui n'est pas clair toutefois c'est de savoir si l'aversion envers des images de femmes pourrait se transposer en une aversion pour des images de bottes. Si ce n'était pas le cas, et si les bottes gardaient leur propriété d'exciter les sujets, je crois que l'expérience de conditionnement serait un modèle acceptable des effets du fétichisme, quoique pas acceptable comme modèle de ses causes; mais si à ce stade de l'expérience les images des bottes déprimeraient également les sujets, et c'est ce que je crois qui se passerait, l'expérience ne serait pas un modèle acceptable. Comme modèle des origines du fétichisme, l'expérience est déficiente car elle ne prend pas en compte les faits que les comportements fétichistes peuvent s'établir bien avant la puberté, bien avant que des individus puissent être excités par des stimuli inconditionnels tels que des images de femmes. Cette expérience est également critiquée par Gosselin et Wilson op. cit. qui argumentent qu'il n'y a pas de preuve que le fétichisme soit causé par l'excitation ayant eu lieu durant l'association coïncidente de stimuli appropriés et inappropriés. Ils préfèrent le modèle de La Torre, qui avait mené l'expérience suivante :

Il a été demandé à deux groupes d'hommes de sélectionner des partenaires potentiels à partir d'images de femmes. Plus tard, les membres d'un groupe ont été informés que les filles étaient intéressées de les rencontrer, les membres de l'autres que les filles ne l'étaient pas. Ensuite, il a été soumis aux membres des deux groupes des images des parties de corps de femmes, de sous-vêtements, et de femmes entières. Il leur fut demandé de jauger les photos en fonction de leur degré d'attirance. Les hommes rejetés trouvaient les images de parties de corps de femmes et de sous-vêtements plus attirantes que les images des femmes entières, les hommes acceptés trouvant les photos de femmes entières plus attirantes. La Torre concluait que cela mettait en évidence que le rejet pouvait mener une personne au fétichisme. Je ne suis pas entièrement convaincu par le choix de La Torre des stimuli expérimentaux. En conséquence de l'analyse ci-dessus, je crois qu'il est raisonnable d'argumenter que la préférence des soupirants rejetés pour les photos de parties de corps de femmes ou de sous-vêtements n'est que marginalement fétichiste, quoique pour être juste, les différences dans les préférences étaient significatives. S'ils avaient préféré des photos de vélos ou de bottes en caoutchouc ou de téléviseurs j'aurais été plus convaincu. Il n'en reste pas moins que les découvertes de La Torre sont suggestives. Des sentiments de rejet peuvent affecter des enfants bien avant la puberté et une des explications du fétichisme chez l'adulte est la persistance à l'âge adulte de l'équivalent de la serviette ou de l'ours en peluche comme substitut maternel. Le fétichisme peut donc surgir de la confusion des attributs d'objets pour les attributs qui peuvent être pris pour identifier un individu comme un candidat de parent potentiel. L'activité sexuelle du fétichiste est autosexuelle, provoquée par des stimuli obtenus de l'objet libérateur. Cette activité pourrait avoir une composante dipienne dirigée vers la représentation d'un parent hypothétique identifié par les attributs libérateurs de l'objet fétiche.

Pour un fervent, la catégorie de partenaires sexuels la plus désirable est délimitée par la possession de stigmates d'un certain ordre. L'activité sexuelle est réciproque et dirigée envers et acceptée par un autre partenaire, et dans la mesure où un comportement autosexuel est provoqué, il l'est par des éléments qui sont interprétés comme étant des signaux sexués, mais qui sont non pertinents et même préjudiciables à sa convenance à être un partenaire sexuel. Un stigmate causé par un accident, tel que la perte d'un membre, n'a pas de conséquence sur la santé de l'enfant du porteur du stigmate, mise à part l'habilité limitée que le parent aura à veiller sur lui. D'autres stigmates comme le nanisme peuvent indiquer de sérieuses déficiences dans l'habilité physique à devenir un parent efficace, et aussi de la possibilité de malformations génétiques dans la descendance.

Maintenant qu'il a été démontré que le fétichisme et le ferventisme sont différents, la question suivante est : sont-ils significativement différents ou l'argument développé jusqu'à maintenant ne fait-il rien d'autre que de diviser arbitrairement un ensemble homogène de gens en deux sous-ensembles séparés? Si la division est arbitraire, dans ce cas, on pourrait s'attendre à ce que les causes du fétichisme et du ferventisme soient les mêmes. La causalité de ces phénomènes a de forte chance d'être complexe, contenant au moins deux phénomènes : les causes fondamentales, c'est-à-dire les causes qui prédisposent une personne à devenir un fétichiste ou un fervent; et les causes proches, c'est-à-dire le ou les événements qui provoquent leur manifestation d'une manière objective et détectable. Quatre interactions possibles peuvent être considérées : premièrement, que les causes fondamentales et proches du fétichisme et du ferventisme soient les mêmes, car si les causes doivent être les mêmes, les effets doivent être les mêmes également et le fétichisme serait ainsi identique au ferventisme. Deuxièmement, que les causes profondes des deux phénomènes soient les mêmes mais que les causes proches diffèrent. Troisièmement, que les causes profondes diffèrent mais que les causes proches soient les mêmes. Et enfin, quatrièmement, que les deux causes profondes et proches diffèrent. Pour que le ferventisme soit objectivement différent du fétichisme, la causalité doit appartenir à l'une des trois dernières classes d'interactions, soulevant alors la question: quelles observations empiriques peuvent être menées pour faire la distinction entre les causalités?

Si les fervents étaient un échantillon aléatoire d'une société, nous pourrions conclure que le ferventisme est entièrement provoqué par l'environnement. Comme il y a des preuves évidentes qu'ils ne le soient pas, nous devons conclure que différents types de personnes sont différemment affectées par l'environnement, et qu'il doit y avoir des causes profondes, peut-être sociales, physiques ou même héréditaires, qui prédisposent des gens à devenir fétichistes ou fervents. Il devrait donc être possible d'utiliser des inventaires de personnalité pour séparer les deux groupes de telle sorte que les membres d'un groupe soient plus similaires entre eux que d'avec n'importe quel autre membre de l'autre groupe. Gosselin a étudié les attributs de la personnalité des fétichistes de vêtements en caoutchouc, mais je n'ai pas connaissance d'une étude équivalente au sujet du ferventisme (peut-être est ce quelque chose que nous pouvons entreprendre pour nous-mêmes.) Des différences significatives entre les membres des deux groupes devraient suggérer que le ferventisme et le fétichisme sont bien différents. Il se peut que les causes profondes du fétichisme et du ferventisme soient les mêmes, mais les causes proches sont indubitablement différentes. Où trouve-t-on les jeunes fervents? La distribution d'âge des gens ayant répondu à l'enquête d'OverGround semble commencer à l'âge de quarante ans. Si les gens deviennent fervents seulement après avoir atteint l'âge de quarante ans, cette découverte pourrait être explicable; mais la plupart d'entre nous sommes devenus fervents bien avant la puberté. Quelque chose a changé dans les quarante dernières années qui a réduit la probabilité pour les gens de devenir fervents. Cela peut être dû à bien des causes, à une réduction dans la fréquence des événements liés aux causalités profondes ou de la réduction dans la fréquence des événements liés aux causalités proches, ou une réduction des deux.

Il y a certaines preuves que le fétichisme est associé à une épilepsie du lobe temporal, peut-être causée par une hypoxie ou une blessure au moment de la naissance. Une amélioration générale des soins apportés aux mères et à leur bébé aurait réduit l'incidence de ces accidents et donc de la proportion de la population prédisposée à devenir fétichiste. Il n'y a pas de raison de supposer que la probabilité d'exposition aux causes profondes du fétichisme ait décliné avec le passage du temps. Si ceci est vrai, la proportion des fétichistes d'un âge x dans la population devrait être une fonction linéaire de la proportion des bébés ayant souffert de dommages cérébraux à la naissance x années plus tôt. Ceux prédisposés à le devenir ne seraient jamais devenus fervents s'ils n'avaient pas été exposés à des gens portant des stigmates durant la période sensible de l'enfance. L'amélioration constante de la technologie des prothèses signifie que, de nos jours, la plupart des amputés ont des bras ou des jambes artificielles presque aussi vrais que nature, et en public, semble à peine plus différents que n'importe qui d'autres. Ainsi la proportion de la population susceptible d'avoir l'opportunité de voir quelqu'un à qui il manque de façon évidente un ou plusieurs membres, décrois avec le temps, et comme cette exposition semble être cruciale dans le déclenchement de la fervention, la proportion de la population devenant fervente diminuera consécutivement avec le temps: et ceci expliquerait pourquoi il y a si peu de jeunes fervents. Il se peut également que certains objets fétichistes soient moins souvent rencontrés qu'avant. On peut s'attendre à ce que la proportion des fétichistes de fourrures décroisse avec la réduction de l'usage de la fourrure dans l'habillement et la décoration; mais mon argument est que l'excitation fétichiste peut être provoquée par une variété de stimuli dans l'environnement, et qu'en l'absence d'une catégorie d'objets, une autre viendra la remplacer pour déclencher le sentiment d'adoration. Par contraste, la prédisposition à devenir un fervent est manifestée seulement en réponse à des causalités proches du fervent potentiel rencontrant une personne portant des stigmates.

Ainsi, par essence, la différence entre le fétichisme et le ferventisme est que le fétichiste associe un stimulus non pertinent à une excitation pré-existant de telle sorte que le stimulus provoque l'excitation; par contraste le fervent interprète à tort un stigmate comme étant une caractéristique définissant un partenaire sexuel approprié, et est excité sur le moment, et aussi par la suite, par des gens marqués par le stigmate. Un corollaire de cette vision est que la prédisposition à devenir un fétichiste précède une inévitable manifestation de fétichisme dirigée, si pas à l'encontre d'un stimulus sinon d'un autre, alors que le ferventisme se développe à partir d'accidents aléatoires qui arrivent occasionnellement à des gens impliqués dans le processus universel d'acquisition d'une image de recherche pour des gens appartenant à une catégorie de partenaires sexuels appropriés. La seule ébauche de preuve que je propose mettant en cause l'interprétation du ferventisme est le fait que les fervents ne sont pas un échantillon aléatoire de la population dans son ensemble. J'ai déjà proposé une explication de la possible troncature de la distribution d'âge, mais le fait que les fervents semblent mieux éduqués que la moyenne suggère qu'il puisse y avoir d'autres facteurs contributifs agissant ensemble pour faire en sorte que quelqu'un devienne fervent. Il se peut que les fervents soient bien un échantillon aléatoire de la population dans son ensemble, mais que le facteur éducation intervienne parce que les gens avec plus d'éducation sont probablement plus que les autres disposés à admettre qu'ils sont fervents. Les membres de la classe moyenne, le groupe le plus éduqué de notre société, ont tendance à être plus tolérants en matière de diversité sexuelle que les membres des hautes classes ou des classes laborieuses, et il se peut que la différence dans l'aspect éducationnel soit simplement due à des rapports partiels des fervents eux-mêmes. Une autre cause possible de cette partialité est le fait que les gens de la classe moyenne ont la possibilité de faire le meilleur usage des services de santé, et ils travaillent dans des professions moins physiquement dangereuses que les membres de la classe laborieuse. Cela pourrait signifier, en tirant un peu sur la corde, mais laissons nous aller un peu, que les gens de la classe laborieuse ont plus de chance de rencontrer des gens avec des stigmates suffisamment fréquemment que pour reconnaître inconsciemment que les deux sexes peuvent êtres marqués par des stigmates, et donc que la possession d'un stigmate n'est pas un signal d'un sexe en particulier. Si ceci est le cas, il serait tout à fait fortuit que les fervents soient bien éduqués, ils sont fervents parce qu'ils appartiennent à la classe moyenne et ont grandi dans un environnement qui minimise les risques physiques au point que les gens portant des stigmates soient très rares. Une dernière explication peut être offerte : peut-être que le succès dans l'éducation vient du fait d'une habilité innée à concevoir des modèles facilement, c'est-à-dire à généraliser à partir de petite quantité de preuves. Dans le cas du développement de la fervention, la généralisation à propos du genre de personne étant un partenaire sexuel approprié peut avoir été réalisée à partir d'un ensemble insuffisant de preuve, fourni par la rencontre d'un seul individu portant un stigmate.

Un dommage cérébral à la naissance est supposé réduire l'intelligence plutôt que de l'augmenter, et de ce fait, si le fétichisme est associé avec un dommage cérébral périnatal, l'intelligence des fétichistes devrait être inférieure à la moyenne, et donc, ils seraient moins capables d'exploiter des opportunités éducationnelles, en conséquence de quoi la population des fétichistes devraient être moins bien éduquée que la moyenne. Si cette spéculation est vraie, elle devrait fournir une preuve supplémentaire de la différence dans les causalités du fétichisme et du ferventisme. Que ces spéculations soient correctes ou pas, elles sont des indices empiriquement analysables sur la différence entre les fétichistes et les fervents. Je n'ai pas de doute que le fétichisme et le ferventisme soient deux phénomènes différents, et que les prédictions que j'ai faites peuvent être confirmées. Si j'ai raison cela signifie que vous êtes soit un fervent soit un fétichiste, vous ne pouvez être les deux. La fervention n'est donc pas un fétiche.


Remerciements:

Je souhaite remercier Margaret Child pour avoir lu et commenté une première version de cet article.

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