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Le handicap comme symbole de l'autre ultime.

par Paul

Ce que je vais essayer de démontrer ici, c'est que le handicap en général, et l'amputation en particulier, est un symbole sexuel du sexe opposé qui trouve probablement ses racines loin dans le temps, lorsque nous n'étions alors que des animaux. La culture a construit ensuite des couches additionnelles de comportements qui rationalisent les comportements instinctifs de base. La démonstration n'est, je l'admets, que fort peu scientifique, mais je pense que chacun peut s'accorder sur les principes de base. Si ce n'est pas le cas, je vous en prie, "messieurs les Français (et les autres), tirez les premiers": j'adore débattre.

Les êtres humains sont comme tous les autres animaux, ils se doivent d'assurer la pérennité de l'espèce et pour ce faire ils doivent s'accoupler avec un membre du sexe opposé pour procréer. Afin d'identifier, parmi les partenaires potentiels, celui, ou celle, qui sera l'élu(e) unique, celui qui est à la recherche d'un partenaire se sert de certaines clefs. Ce processus fonctionne évidemment dans les deux sens : mâle - femelle, femelle - mâle. Pour vous épargner les lourdeurs d'écriture du genre "il/elle..." je me permettrai d'utiliser de tout mettre au masculin.

Le mâle utilise principalement les clefs visuelles externes pour identifier sa partenaire potentielle en vue de se reproduire, et une des conditions principales est évidemment que la partenaire soit une femelle. Ainsi, il cherche essentiellement les signes qui l'aideront à identifier la partenaire comme étant indéniablement femelle; des signes qui sont d'évidentes différences d'avec ceux qu'il manifeste lui-même en tant que mâle. Au début des temps, cela se limitait essentiellement à une plus petite stature, une pilosité moins abondante, une poitrine et un arrière-train plus large. La vision, de toute évidence, n'est pas le seul sens impliqué : l'odorat, le toucher, le gout et l'ouïe jouent tous un rôle important dans le processus.

De même, les femelles ont elles-mêmes leurs propres moyens pour signaler à un mâle en particulier qui présenterait des signes extérieurs spécifiques, comme une musculature bien construite, qu'il est suffisamment attirant que pour être un partenaire potentiel pour la reproduction et se comportent de telle sorte qu'il commence à s'intéresser à elles et qu'il s'enquière des potentialités.

Avec le temps, ce processus s'est un peu sophistiqué, enfin j'espère, mais il reste essentiellement le même : les hommes et les femmes recherchent dans l'autre sexe les symboles de cette altérité et ces symboles sont ceux des différences physiques évidentes entre les deux sexes. En bref : "tu l'as et je ne l'ai pas!".

Comme la ferveur semble être plus un truc de mec, encore que cela reste à confirmer, j'assumerai pour le moment le comportement de l'homme vis-à-vis de la femme, mais pour l'essentiel je pense que ce qui suit est commutatif.

Aucune femme ne ressemble à une autre, évidemment, et il y a une grande variété de tailles, de formes et de couleurs. Alors pourquoi l'homme en choisit-il une en particulier plutôt que celle juste à côté? Il se doit donc de faire un choix et il va affiner sa sélection en utilisant des schémas internes par lesquels il a été impressionné lors de sa prime enfance et qui lui ont permis de construire une image de ce à quoi une partenaire potentiellement apte à procréer est supposée ressembler. Ces schémas renforcent, en quelque sorte, la différence dans la différence. Et comme ces schémas peuvent largement varier d'un homme à un autre, il a une idée assez précise de ce que la partenaire la plus apte doit avoir l'air. Je pense toujours que l'on peut lire ce paragraphe en remplaçant "homme" par "femme" et "il" par "elle".

Au sujet de la théorie de l'impression initiale, voir "Epiphanies"

Une fois que le contact de première sélection a été établi, le processus du flirt qui s'ensuit est un mélange subtil d'identification et d'appariage physiologique, émotionnel et intellectuel de la part des deux parties. Parfois, et parce que nous sommes devenus des créatures assez élaborées, une attraction peut naitre de l'approfondissement de la connaissance que l'on a de quelqu'un d'autre, envers qui on ne se serait pas forcément senti attiré en se basant sur les clefs visuelles que notre animalité aurait recherchées initialement. Inversement, mieux connaître une personne qui présente les clefs visuelles idéales peut mener à la reconnaissance du fait que la partenaire n'est pas celle que l'on croyait, quelles qu'en soient les raisons. Mais il s'agit là de comportements sociaux plus élaborés, et qui sont les bienvenus, du reste.

Maintenant, il y a un signe extérieur qui différencie sans aucun doute le genre féminin du genre masculin et il s'agit de l'absence chez la femme de quelque chose qui dépasse là où l'homme a lui, eh bien, quelque chose qui dépasse : le pénis. Mon hypothèse est que les hommes fervents sont attirés par les femmes amputées parce que l'absence d'un ou plusieurs membres, en tout ou en partie, est un symbole de cette absence essentielle, même s'il est évident que cette absence est tout le contraire de rien. Ainsi, être une femme amputée serait un puissant symbole de féminité. De ce fait, mon opinion est que le fervent de femmes amputées n'est pas attiré par le moignon en particulier (ce qui serait du fétichisme et donc hors du présent propos) mais par le symbole de l'absence qu'il représente, renforçant les clefs de différentiation de l'homme et de la femme, cette femme unique qui est exactement celle que ses schémas ont défini comme étant la partenaire idéale.

En utilisant la même hypothèse, je soupçonne que les femmes attirées par les hommes amputés, ce qui semble moins fréquent, utilisent probablement le symbole phallique du moignon comme attracteur, encore que ceci reste à clarifier. En allant un pas plus loin, et à quelques exceptions près, la plupart des formes de handicaps présentent toutes des clefs visuelles externes qui renforcent les différences au sein de la différence. La différence comme symbole de la différence ultime : celle d'être une femme quand on est un homme, et vice versa.

Il est à noter qu'alors que la ferveur existe envers tous les types de handicaps, il semble être plus présent, ou plus puissant, devrais-je dire, envers ce handicap particulier qu'est l'amputation, et plus spécifiquement envers les femmes qui présentent une ou plusieurs amputations. Je crois que cela peut être le résultat du fait que, dans toutes les autres formes de handicaps, le corps est complet; pas forcément intact ou fonctionnel, mais apparemment complet et donc la différence est moins évidente. Mais si la différence est bien le coeur du débat, et je le pense, alors au plus la différence est visible dans le handicap, au plus la ferveur envers ce handicap sera-t-elle significatif (à vérifier, une fois de plus). Dans tous les cas, le symbole sexuel de l'absence est probablement une des clefs pour comprendre la remarquable intensité de la ferveur masculine envers les femmes amputées par rapport à l'admiration de celles présentant d'autres handicaps.

Un homme fervent pourrait donc avoir été impressionné par une combinaison de schémas qui, pour des raisons certainement complexes, a fait qu'une femme doit nécessairement présenter ces signes externes pour renforcer et confirmer qu'elle est bien femme, differente de lui, un homme. Le fait qu'il soit si fortement impressionné par la vision d'une femme amputée tient probablement à la rareté parmi les femmes en général de celles qui présentent cette caractéristique si particulière, et non seulement celle-là mais toutes les autres qu'il aurait normalement recherchées et qui doivent se combiner avec elle, réduisant d'autant le nombre de candidates potentielles. La probabilité de rencontrer celle, unique, qui correspondrait à la combinaison de ses schémas est tellement faible en fait que cela ira jusqu'à susciter un sentiment de panique à l'idée de laisser s'échapper "le sujet" sans essayer d'entrer en contact avec lui, et une fois le contact établi, essayer d'entretenir le lien à tout prix mène souvent à des comportements peu recommandables.

Personnellement, mais j'imagine que je ne suis pas le seul homme dans ce cas, j'ai toujours été fasciné par la féminité. La femme, pour l'homme, c'est l'inconnu ultime, quelque chose que ni moi ni mes mâles confrères ne pourrons jamais avoir ne serait-ce qu'une vague idée de ce que c'est d'être une femme, vraiment ÊTRE. Je suppose que le contraire est vrai mais j'ai cette intuition, vaguement machiste je l'admets, que les femmes en "savent" plus sur les hommes que l'inverse. Pour être politiquement correct, je dirais que les femmes ont une connaissance plus intuitive des hommes alors que les hommes tendent à être plus analytiques, ce qui expliquerait qu'il semble y avoir plus d'hommes fervents que de femmes ferventes. Mais une fois encore, dire que les hommes et les femmes sont absolument différents n'est pas un jugement de valeur qui dirait que l'un est supérieur à l'autre; c'est un simple fait. Le combat légitime des femmes pour l'égalité des sexes a, à mon avis, eu comme effet pervers d'introduire l'idée que nous étions non seulement égaux mais pareils.

Le mystère absolu, le mystère ultime avant Dieu oserais-je dire, que représente le sexe opposé peut se matérialiser de plusieurs manières, parfois par une peur de l'inconnu si forte qu'elle mène au rejet total, ce qui constituerait une possible explication de l'homosexualité. Mais, plus généralement, il se matérialise en une attraction irrépressible qui se focalise sur ces attributs qui font qu'une femme est indubitablement une femme. Pour les fervents, un de ces attributs est l'amputation, ou une autre forme de handicap. Et ici, je parle bien de ces attributs physiques que nous aimons tant toucher et caresser quand nous passons de tendres moments avec notre partenaire, ce qui inclurait, mais pas seulement, la ou les extrémités amputées ou davantage marquées par le handicap. Un plaisir qui, j'en suis convaincu, ne serait pas seulement ou pas nécessairement agréable que pour les fervents. Le moignon (Dieu que je déteste ce mot) n'est pas un attracteur en soi, c'est un symbole. Et jouer avec le symbole, celui-là et les autres, peut être assez satisfaisant pour les deux partenaires lorsque la tendresse est au programme.

Comme beaucoup de fervents, je suis également aspirant-amputé, encore que dans mon cas, cela ne soit pas très puissant. Cela s'expliquerait logiquement en se basant sur ce qui est dit plus haut. Si je suis, en tant qu'homme, si fasciné par la féminité, et que cette fascination mène inéluctablement au besoin pressant de savoir ce que c'est d'être une femme, devenir amputé moi-même (l'amputation étant pour moi un symbole de féminité) serait une tentative d'incorporer et de mieux comprendre ce que c'est d'être une femme. Bien évidemment, il ne s'agit là que d'un substitut puisque réellement devenir une femme n'est pas une option. De plus, je ne pense pas réellement vouloir être une femme, ce que je veux c'est comprendre ce que c'est d'être une femme. Et être amputé, ou handicapé en général, lorsqu'on ne l'est pas, est un mystère aussi puissant que d'être une femme lorsqu'on est un homme, et vice versa. Ce qui expliquerait la puissance de la fascination, renforcée dans le cas de l'amputation chez une femme par la référence directe à l'absence de pénis, ou au, contraire, chez un homme, à sa présence, par la forme que le moignon suggère.

Bien évidemment, il existe d'autres raisons, plus sophistiquées, pour lesquelles quelqu'un se trouverait attiré envers quelqu'un d'autre qui serait amputé ou handicapé d'une manière ou d'une autre. Mais ces raisons sont des rationalisations sociales et psychologiques élaborées de ce que je pense être quelque chose de profondément ancré dans notre animalité primale décrite ci-dessus. Toutefois, je crois que ces rationalisations sont valables, pour les deux parties: le fervent et la personne handicapée.

Voici un extrait d'un article publié sur Internet, originalement en anglais :

Attraits sexuels et handicaps physiques (Sexual Attractiveness and Physical Disabilities) par Ken Tittle

Ceci est extrait de la 4e partie :

Beaucoup de personnes handicapées ont du mal à croire ou à accepter que leur handicap puisse, de différentes manières, augmenter leur attrait. Certains rejettent même l'idée furieusement. Toutefois, malgré ce que certains d'entre vous ont toujours "su", et sans nier les problèmes et défis, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles votre handicap pourrait être un avantage, un de vos attributs attirants.

J'aurais volontiers signé cette partie de l'article, de toute évidence écrit par un fervent. Évidemment, certains pourront fort bien ne pas être d'accord parce qu'il y a dans ces affirmations un jeu subtil avec les stéréotypes. Il n'empêche, ces stéréotypes font partie intégrante de ce qui nous construit : notre culture. Nous pourrions aussi bien décider que les stéréotypes doivent être éradiqués, ou à tout le moins combattus et remis en question, mais je pense aussi que certains sont si profondément ancrés dans notre biologie que cela ne serait pas forcément toujours une bonne idée. Je veux dire de les éradiquer; les remettre en question restant un sain processus, quoi qu'il en soit.

Je crois également que notre biologie, les règles essentielles de notre fonctionnement, ont depuis longtemps été éclipsées par notre culture, et spécialement les religions, qui nous ont éduqués du fait que nous sommes des créatures divines, niant l'animal que nous sommes essentiellement. Ces dénégations ont créé des tabous, et les tabous mènent à des comportements anormaux, parfois même à l'extrême, parcequ'ils sont l'expression de conflits internes entre ce que la biologie dit et ce que la moralité (culture, religion,...) dit, un conflit qui peut s'exprimer d'une manière si chaotique qu'il en devient dangereux pour soi et la communauté.

Les fervents de personnes handicapées, et les aspirants à ce statut, font probablement partie d'une de ces zones d'ombre où, pour rendre les choses encore plus problématiques, se mêlent deux tabous puissants : la sexualité ET le handicap. Certains expriment ce conflit d'une manière raisonnable, gérable par les parties en présences, quelque chose qui peut même être bénéfique pour les deux partenaires, et d'autres parfois l'expriment par des comportements que nous ne pouvons accepter et que nous devons combattre. À l'extrême, les violeurs et les pédophiles, par exemple, sont victimes d'un conflit interne dévastateur et incontrôlable. Alors qu'il est nécessaire de protéger la communauté, et eux-mêmes, des dommages potentiels qu'ils pourraient infliger, il est à mon avis honteux de les traiter comme ils le sont généralement. Après tout, ce sont des victimes eux-aussi, mais s'engager dans la recherche d'un coupable consisterait à inculper toute la société. Peu probable, à mon avis. Il y a aussi des fervents et des aspirants qui présentent de tels comportements extrêmes et parfois dangereux, et c'est eux qui sont les plus visibles, attirant une attention imméritée et la désapprobation envers une communauté somme toute inoffensive.

Cela dit, je ne prétends pas que nous devrions retourner à l'animal que nous étions, mais je suggère que le nier n'est pas une très bonne idée non plus. Si nous étions à même de mieux comprendre notre animalité, à nous débarrasser des tabous, et à intégrer le résultat dans l'acquis sophistiqué de nos cultures, alors je pense que nous pourrions mieux vivre notre vie dans la communauté.

Le handicap est un symbole évident et puissant, quoique sophistiqué, du fait d'être différent, une différence qui aide à identifier l'autre comme étant un partenaire potentiel pour s'accoupler et se reproduire. Le handicap comme le symbole de l'autre ultime.


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