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L'incident curieux du chien pendant la nuit.

par J.
"... L'incident curieux du chien pendant la nuit : Le chien n'a rien fait pendant la nuit. Ce qui constituait l'incident curieux," a dit Sherlock Holmes.

Dans l'article "une perspective particulière", l'auteur remarque qu'il n'y a aucun intérêt significatif du milieu universitaire pour le phénomène d'attraction sexuelle ressentie par certains hommes envers les amputées, mais ne parvient pas à expliquer pourquoi. Je crois qu'il y a deux raisons principales pour cela. D'abord, le phénomène est très rare et il est donc difficile de trouver des sujets en suffisance pour mener une analyse statistique des particularités qu'ils partagent, ensuite, et c'est plus important, je pense que la raison pour laquelle les étudiants des aspects peu communs de la sexualité l'aient ignoré jusqu'à récemment est que l'attraction n'était pas considérée comme une aberration.

Beaucoup d'oeuvres narratives ont eu plus ou moins directement affaire avec le rapport entre une personne saine et une autre handicapée, et en cela, elles ont eu affaire tout à fait innocemment avec le phénomène de fervention. Considérons trois exemples du cinéma : "Reach For The Sky", (réalisateur Lewis Gilbert), est un film biographique sur Douglas Bader, ici joué par Kenneth More, un aviateur de la RAF qui a perdu les deux jambes dans un accident d'avion, mais qui continua de voler pour devenir chef d'escadrille dans la RAF durant la Deuxième Guerre mondiale. Sa femme, jouée ici par Muriel Pavlow, est dépeinte sans aucune suggestion d'aberration sexuelle ou d'un caractère capricieux. Toutefois, son personnage représente plus que le stoïcisme et le support d'une bonne épouse, parce que dans le film et dans la vie réelle, pour autant que je sache, elle rencontre Bader après qu'il ait perdu ses jambes. De même, aucune suggestion de perversité n'est liée à la femme, jouée par Thérèse Wright, qui finalement épouse un blessé de guerre paraplégique, joué par Marlon Brando dans le film "The Men" (réalisateur Fred Zinneman). Plus récemment, Jane Fonda envoie balader ce bon vieux Bruce Dern, sain de corps si ce n'est d'esprit, en faveur du paraplégique Jon Voigt dans le film "Coming Home" (réalisateur Hal Ashby) (à propos, le film aurait été beaucoup plus impressionnant si la distribution des rôles avait été inversée, avec le costaud Jon Voight dans le rôle du militariste crétin et l'ambigu Bruce Dern dans le héros du paraplégique). Ce dernier film est particulièrement intéressant parce qu'il révèle explicitement le rapport sexuel entre un homme paraplégique et une femme saine.

Toutes ces manifestations de la culture populaire peuvent être interprétées à nouveau comme une sorte de polémique proto-feministe qui dit que les hommes peuvent être à peu près tolérables après qu'ils aient été fortement diminués; mais il y a une forte tendance, vraisemblablement culturellement déterminée, à idéaliser la nature apparemment pleine d'abnégation de ces rapports. Quand "Reach For The Sky" fut télévisé un dimanche après-midi, je n'étais pas vraiment intéressé par le film : je suis attiré par les femmes qui ont perdu des membres, et fort peu intéressé par un film dans lequel Kenneth More feint d'être un homme qui a perdu ses deux jambes. Au lieu de cela, j'ai observé l'auditoire et j'ai été stupéfié par l'avidité innocente et non dissimulée avec laquelle les femmes présentes dévoraient le film.

Le type de rapport qu'une femme pouvait s'attendre d'avoir avec un homme jusqu'aux années soixante était presque le même que celui dépeint dans les films. La seule différence est que le membre handicapé du couple était la femme. Jusqu'aux années soixante, presque chaque femme était systématiquement handicapée par la culture dans laquelle elle vivait, la privant de l'éducation qui l'aurait rendue financièrement indépendante et la privant aussi des occasions d'user de ses talents dans un monde dominé par les préjugés masculins. En plus d'être culturellement handicapées, les femmes l'étaient aussi physiquement, jusque récemment, étant forcées de porter des corsets serrés, et des chaussures à hauts talons et toutes sortes d'autres entraves.

Par conséquent, les hommes ont été culturellement encouragés à les soutenir. Pour sûr, les hommes ont une raison sexuelle d'avoir une partenaire permanente dépendant d'eux : c'est plus sûr que la prostitution, on peut lui donner un lustre culturellement acceptable et elle fournit un environnement minimalement incommode pour élever des enfants...

Il y a donc un fort précédent historique de gens sains (les hommes) ayant des rapports continus avec des personnes plus ou moins handicapés (les femmes). Dans un tel milieu social, je suggère que le choix par un homme d'une représentante du sexe opposé exceptionnellement et réellement handicapée, comme une femme amputée par exemple, ne soit pas perçu comme une aberration sexuelle, mais plutôt comme un extrême du mythe culturellement rependu du devoir qu'à l'homme de soutenir sa femme et que la composante érotique du rapport, le fait d'être spéciale, ne devrait pas être reconnu explicitement. En effet, il n'est pas possible de séparer le potentiel érotique du comportement culturellement acceptable, voir même excellent, d'accepter le devoir plus pénible que d'habitude de soutenir une personne invalide.

Une preuve que cette interprétation était la perception encore assez fréquente en 1946 est fournie par Louise Baker dans son autobiographie. Louise Baker a eu la jambe droite amputée dans son enfance. Elle écrivait qu'elle avait pris l'habitude de préférer utiliser des béquilles parce que la prothèse ne grandissait pas en même temps qu'elle (En ces temps sophistiqués, nous pourrions nous demander si c'était vraiment là toute l'histoire...). Elle écrivait que lors d'un trajet en autobus avec sa mère lorsqu'elle était adolescente, un homme, un homme très respectable, un banquier, un membre du Club de Harvard, se présenta à sa mère et expliqua qu'il était charmé par Louise et demanda la permission de pouvoir appeler et visiter la famille. Dans un des à-côté de son récit, Louise Baker ironise au sujet de son charme remarquant qu'elle était particulièrement 'sale gosse' à l'époque.

Que ferait une mère d'une telle approche aujourd'hui? Je pense qu'avec la sophistication moderne elle serait immédiatement consciente de la motivation sexuelle sous-jacente et la craindrait. La mère de Louise avait des doutes, mais en temps utiles, le banquier fourni des références de caractère et Louise trouva en lui un bon ami. La démarche de cet homme avait été faite en public et quoique inhabituelle, fut jugée, avec circonspection et avec les précautions d'usage, comme acceptable.

L'événement que j'ai décrit a dû avoir lieu dans les années trente et je suggère que ce fut probablement le point culminant à partir duquel les attitudes changèrent à celles, modernes, qui reconnaissent uniquement la composante sexuelle, et en est coupable. Il semble que la sophistication sexuelle loin de nettoyer nos esprits les a salies.

En Grande-Bretagne, le matériel disponible le plus largement publié écrit par des fervents eux-mêmes sont les lettres à Forum. Dans chaque cas que je me souviens, les lettres traitent du plus conventionnellement acceptable des désirs : celui de rapports d'amours tendrement romantiques à long terme avec les membres du sexe opposé. Évidemment, la véracité de quelques-unes des lettres à Forum est évidemment douteuse, mais les lettres des fervents me semblent sonner juste. Par les standards de comportement décrits dans beaucoup de la correspondance à Forum, incarné si non en réalité au moins en fantasme, les lettres des fervents sont plus qu'acceptables : elles représentent les aspirations que le plus conventionnel, voire même conservateur, des arbitres sociaux trouverait idéales.

Autant je trouve les femmes unijambistes très attirantes, autant je trouve les femmes aux cheveux roux également attirantes. Imaginez une grande belle femme unijambiste aux cheveux roux qui (incroyablement!) serait irrésistiblement attirée par les grands universitaires barbus d'un certain âge pratiquant le yoga et le karaté... Quel bonheur!

Aussitôt que la bonne vieille profession médicale qui a pour profession d'assister aura entendu cela, commencera-t-elle à fouiller dans ses stocks enterrés de racines grecques (l'endroit idéal pour chercher à décrire quelqu'un attiré par les bouts de carotte) et décidera que je ne suis pas seulement un acroto-quelque-chose mais un rhodotrichophile également. mon Dieu, çà sonne épouvantablement; rien ne vaut le grec pour vous faire rendre vraiment bizarre.

Ma conclusion est que la raison pour laquelle le phénomène du désir sexuel ressenti envers les amputées n'a pas été étudié par le passé par les psychologues intéressés par la sexualité aberrante est la même que celle pour laquelle ils n'ont pas étudié la rhodotrichophilie : ils n'y ont perçu aucune sexualité aberrante à étudier et nous devrions en faire de même.

L'incident curieux du chien pendant la nuit n'était pas un incident curieux : le chien n'a pas aboyé parce qu'il n'y avait rien après quoi aboyer.

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